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Mohammed!

Né le 20 août 571 après JC. À sa mort en 632, Mohammed laisse derrière lui une civilisation naissante qui se nourrira de son message et s’étendra de l’Atlantique à l’Inde. 14 siècles plus tard, 1 milliard 400 millions de musulmans partagent tous le même sentiment d’appartenance au prophète Mohammed. Mais, de toute évidence, tous les musulmans ne font pas la même lecture du message de ce  prophète.

Qu’ils soient chiites ou sunnites, qu’ils soient pratiquants ou pas, croyants ou pas,  ils devraient pourtant tous reconnaître dans ces paroles son caractère humaniste.

Si Mohammed, prophète des musulmans, devait réapparaître aujourd’hui, juste le temps de se prononcer lui-même sur cette vague de violence entourant la diffusion d’un film qui insulte sa mémoire, il répéterait peut-être une de ses dernières paroles « Le ressentiment n’est point dans mon caractère ». 

Même s’ils ne représentent qu’une infime minorité parmi tous les musulmans de la terre, ceux qui ont réagi avec violence contre la publication du film islamophobe, ainsi que leurs porte-paroles, devraient se rappeler que de son vivant, le prophète Mohammed avait été  durement insulté par des non musulmans.  Il n’est écrit nulle part qu’il réagissait avec violence aux insultes et aux moqueries.

S’il devait réapparaître aujourd’hui, Mohammed aurait répété à ces hommes en colère ce qu’il a dit à Anas Ibn Malik : « Mon petit, si tu es capable, du matin au soir, de garder ton cœur pur de toute rancœur, alors fais-le ».

J’ose imaginer des millions de musulmans qui aiment trop leur prophète pour tomber dans le piège de la rancœur. Cette majorité silencieuse parmi laquelle il y a beaucoup de soufis,  des mystiques dont les rituels de contemplation ne laissent pas trop de place à la haine.

Comme tous les musulmans, les soufis ne sont certainement pas insensibles aux insultes et aux caricatures dont leur prophète a fait l’objet. Mais ils ont atteint un tel niveau de noblesse de caractère que certains réagissent à ces insultes et à ces caricatures, tout au plus avec un sourire.  Apparemment, la douceur et la sagesse des soufis n’est pas à la portée de tous.

S’il devait réapparaître aujourd’hui, Mohammed aurait peut-être répété à ces manifestants que «Dieu est doux et aime la douceur. Il récompense la douceur et non la violence».  Il les aurait exhorté, comme il l’a fait auprès de ses compagnons, à adopter la douceur en toutes circonstances : «Dieu récompense la douceur et non la violence et Dieu accorde la douceur à ceux qu’Il aime. Quiconque est privé de douceur est privé du bien».  C’est Aicha, épouse de Mohammed qui a rapporté ce hadith: «autant la douceur rend toute chose belle, autant la violence l’enlaidit».

Nul besoin d’être musulman ou croyant pour reconnaître l’humanisme de ces paroles comme on peut le reconnaître dans les paroles d’autres prophètes.  Mais aussi sages et aussi douces soit-elles, ces paroles perdent  leur écho lorsque la politique s’en mêle.  Lorsque la détresse et la misère deviennent des terrains fertiles pour cultiver la haine de l’autre. Lorsque la soif de dignité est détournée du chemin de la paix à celui du Jihad.

Si Mohammed devait réapparaître aujourd’hui, il aurait invité ces manifestants à puiser en eux-mêmes la force nécessaire pour reconnaître les vrais combats à mener pour leur développement et leur épanouissement.  N’est-ce pas c’est lui qui a dit : « Le meilleur jihad est celui que l’on mène contre soi-même ».

Si Mohammed devait réapparaître aujourd’hui, il aurait soulevé l’énorme paradoxe qui caractérise ces manifestations. Il se demanderait comment peut-on appeler à la violence et à la vengeance pour rétablir l’honneur d’un prophète de la paix ?

Mohammed a beau être prophète, il se considérait lui-même comme le plus modeste parmi  les hommes.  D’ailleurs, pour affirmer l’humanité de Mohammed, le jour de son décès, lorsqu’on est venu pleurer sa mort, Abou Bakr, premier Khalife de l’Islam, s’est adressé à la foule avec ses mots :  « O Croyants, si vous adoriez Mohammed, apprenez que Mohammed est mort, mais si vous adoriez Allah, alors sachez qu’Allah est Le Vivant » 

Dans les circonstances, les paroles d’Abou Bakr méritent d’être méditées.

Il y a 30 ans, un peintre arabo-musulman a eu l’audace d’exposer un portrait de Mohammed illustrant le premier appel que le prophète a reçu de l’ange Gabriel. Des milliers de musulmans se sont arrêtés devant cette fresque durant de longs moments. Aucune indication sur le tableau ne précisait de qui il s’agissait. Mais les gens reconnaissaient vite le personnage par son visage illuminé. Ses regards effrayés par le premier appel. Ils étaient tellement admiratifs devant la beauté du tableau qu’ils oubliaient que dans la tradition musulmane la reproduction de l’image du prophète est interdite.

Aujourd’hui, dans ce même pays arabo-musulman, cette exposition n’aurait pas eu lieu. Le regard a changé parce que le monde a changé…

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Par ailleurs,

Si l’appel au calme envers les manifestants en colère est une urgence, il est tout aussi urgent de s’attaquer aux conditions sociales et politiques qui ont donné lieu à l’intégrisme religieux dans les pays musulmans.

La violence des manifestations en réaction au film islamophobe est à mon avis le signe que le printemps arabe avait été détourné de son objectif par l’islamisation de plusieurs régimes arabes comme si le rendez-vous avec la démocratie devait être encore une fois saboté.

Le sabotage dure depuis l’avènement des indépendances..

J’y reviendrai.