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Souverains anonymes a 25 ans! Pourquoi en parler ?

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La photo du 20ième

Ce programme aura 25 ans le 11 décembre 2014.  Au moins deux raisons pour souligner cet anniversaire:

1- Parce que la réinsertion sociale des personnes incarcérées est une cause aussi noble que n’importe quelle autre cause. On en parlera jamais assez. 

Déjà en 1998, j’avais publié dans les pages du Voir, section Grandes gueules, un texte intitulé « Cause toujours » que j’ai introduis ainsi: « Empêcher un petit criminel d’en devenir un grand par la réinsertion sociale n’est pas une mince tâche. C’est toute une cause. La plus impopulaire, mais peut-être la plus noble. Impopulaire, parce qu’il s’agit de criminels. Noble, parce qu’elle permet à des hommes et à des femmes de retrouver une certaine dignité ».

https://voir.ca/chroniques/grandes-gueules/1998/06/03/cause-toujours/ ..

16 ans plus tard, je cause toujours..  La réinsertion sociale des personnes incarcérées ne figurera peut-être jamais dans la liste des causes vedettes, mais elle ne mérite pas moins d’être soulignée de temps en temps.

Si le 25 me de Souverains anonymes devrait servir à quelque chose, c’est de rappeler qu’au Québec, en matière de réhabilitation des personnes incarcérées, même s’il reste beaucoup à faire, nous faisons mieux qu’ailleurs. Mieux que dans le reste du Canada, mieux qu’au États-Unis et beaucoup mieux qu’en France.  Par contre, nous n’avons pas encore atteint le niveau de La Suède, la Norvège et surtout l’Allemagne dont les politiques en matière correctionelle ont fait reculer d’une façon spectaculaire le taux de récidive des détenus.

Avec le vent de droitisation qui souffle sur plusieurs sociétés occidentales, menace certaines valeurs de progrès, acquises après à de longues luttes.

Au Québec, la réhabilitation des personnes incarcérées c’est une valeur qui fait partie intégrante du modèle québécois. C’est un bien commun, fruit de profondes réflexions sur la finalité d’une institution carcérale.  Au Québec, les longues luttes pour la justice sociale ont intégré la réhabilitation des détenus parce qu’ils sont pour la plus part eux-mêmes issus des inégalités. Tous les services et organismes en lien avec les Services Correctionnelles du Québec favorisent la réinsertion sociale des personnes incarcérées.

Plusieurs résolutions de l’Assemblée Nationale votées à l’unanimité (Dont la dernière remonte à mai 2010) demandent au gouvernement fédéral de préserver la philosophie québécoise en matière de justice pénale. La loi fédérale C-10, adoptée par les conservateurs en 2012, a été grandement contesté par le gouvernement québécois à cause de ses conséquences sur l’augmentation de la population carcérale. Une loi complètement injustifiée puisque le taux de criminalité au Québec est toujours en déclin.

Ceci dit, dans l’état actuel des choses, vu le nombre des détenus, il y a de la place à beaucoup plus de programmes dans les centres de détentions du Québec. Mais soyons constructifs, ce qui existe déjà, mérite beaucoup d’être souligné et encouragé. Tous les québécois ne sont pas assez bien informés sur un aspect important de l’univers carcéral.

Le processus judiciaire implique un procès. Si la personne accusée est jugée coupable, une sentence est prononcée. Le système correctionnel chargé d’appliquer la sentence a pour mission de protéger la communauté tout en offrant des programmes de réhabilitation aux personnes incarcérées.  Nous avons au Québec  l’Association des Services de Réhabilitation Sociale qui regroupe tous les organismes qui oeuvrent pour la réinsertion des personnes incarcérées.  J’ose croire que ce partenariat entre l’action communautaire et les Services Correctionnels reflète un consensus dans l’opinion publique québécois.  Une fois qu’une personne incarcérée a payé sa dette à la société, on souhaite qu’il  puisse y retrouver sa place de citoyen responsable.

Les formations scolaires, les formations professionnelles, les activités socio-culturelles et occupationnelles comme le travail ont pour but d’initier la personne incarcérée à une plus grande autonomie. Elles ont pour but également de combattre cette chose mauvaise qui rode dans toutes les prisons du monde, l’oisiveté.  Pour un détenu, ne rien faire de bon et de constructif de son temps, cela a nécessairement des conséquences néfastes sur son parcours. Le petit criminel risque d’en devenir grand et ses récidives en sont le signe.

Occuper les détenus à étudier, à travailler, à créer, à mieux se connaître et même à se surprendre dans des programmes appropriés, cela demeure le meilleur moyen pour combattre la récidive. Le meilleur moyen pour prévenir le danger de l’institutionnalisation qui guettent les plus vulnérables.

Les différents programmes à la disposition des détenus permettent présentement à des centaines d’hommes et de femmes de reprendre leurs vies en société.  La sécurité, celle qu’une certaine opinion publique réclame, passe par les programmes. Pas autrement.  En quoi la prison aura été utile  à la sécurité publique si une personne incarcérée en sort plus dangereuse qu’à son arrivée ? Cette question se pose et s’impose à toutes les sociétés qui ont fait le choix de la modernité.

À noter que les efforts de réinsertion des détenus dans le cadre des programmes est sérieusement considérée au moment de décider d’une libération conditionnelle.  Selon la Commission des Libérations Conditionnelles du Québec, « plus de 98% des personnes ayant bénéficié d’une libération conditionnelle n’ont pas récidivé pendant la durée de la mesure ».

À rappeler aussi, parce que les médias n’en parlent jamais,  que les citoyens ignorent l’existence d’un Fonds de soutien à la réinsertion sociale des personnes incarcérées dans tous les centres de détention du Québec. Un concept révolutionnaire né au début des années 80.  Cela consiste simplement à faire travailler les détenus et une partie de leur salaire est remise dans un fonds.  Cela permet de financer une partie des activités de réinsertion sociale.  Et pour gérer ce fonds, l’argent des détenus permet de créer des emplois. Au Québec, les détenus, par leur propre travail, financent une partie de leur réinsertion. On l’a jamais dit. On ne le dira jamais assez.

Évidement, dans un monde idéal, une prison idéale ne porterait plus son nom.  Elle offrirait des programmes de réhabilitation à tous les détenus selon leurs besoins.  Une sorte d’école de réforme. Nous en sommes pas encore là, mais quand j’observe l’évolution du système carcéral au Québec, surtout depuis la construction de Bordeaux en 1912, j’ai de l’espoir qu’on y arrivera un jour.

Cette évolution est bien racontée dans « Bordeaux, histoire d’une prison » de Chantal Bouchard et Sébastien Bossé.   La construction de la première prison moderne au Québec, il y a un siècle,  marquait une rupture nette avec des méthodes carcérales qui relevaient parfois du moyen âge. Ce livre que je recommande vivement, est aussi l’histoire d’une société québécoise en marche. https://voir.ca/mohammed-lotfi/2013/11/23/il-y-a-beaucoup-de-nous-autres-la-dedans/

En 1998, sur la réinsertion sociale, j’écrivais aussi qu’il était temps d’en faire une priorité parce que « La réinsertion sociale est la solution la plus économique pour obtenir une véritable sécurité publique ». Aujourd’hui l’Allemagne nous donne un bon exemple à suivre.  Vous apprendrez dans ce reportage  http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/elections-en-allemagne/video-allemagne-plusieurs-prisons-ferment-faute-de-detenus_756363.html que de plus en plus, des prisons allemandes ferment leurs portes pour être transformées en hôtels.  Des bonnes conditions de vie ainsi que des programmes appropriés offerts aux détenus allemands expliquent leur bas taux de récidive. Aussi, les juges avant d’envoyer les gens en prison, ils favorisent d’autres alternatives comme les travaux dans la communauté.  Le nombre de détenus en Allemagne a baissé de 30% ce dernières années.

Puis-je rappeler aussi, à l’occasion du 25me de SA, que la réinsertion sociale des personnes incarcérées, ce n’est pas une question de charité, encore moins une affaire de bons sentiments. C’est un choix de société. Une personne incarcérée réhabilitée, c’est une famille réconciliée, des enfants protégés, un travail et une dignité retrouvés.  Au risque de me répéter, une personne réhabilitée, c’est toute la société qui en profite.

Dans l’actualité judiciaire, les grands médias n’accordent presque aucune place à ce qui advient à un homme ou une femme, une fois condamné(e) par la justice.

Jamais encore un grand média n’a fait sa manchette avec la nouvelle d’un détenu qui quitte la prison avec un secondaire cinq en main. Pourtant cela n’est pas un évènement banale parce qu’il illustre un effort colossale dans la vie d’une personne qui souvent revient de très loin. Cela illustre aussi le travail d’éducateurs, de thérapeutes qui oeuvrent à remettre de l’ordre dans une vie.

Dans les centres de détentions du Québec, certains programmes sont audacieux. Dans les dernières années, on a introduit des programmes de musicothérapie, de zoothérapie, de nouveaux programmes de formation professionnelle comme la construction.. etc!

Il m’arrive régulièrement de croiser d’anciens détenus. Je transmet leurs salutations à mes Souverains ainsi que leur message « Je m’en suis sorti, tu peux t’en sortir ».  Celui qui me répète souvent cette phrase, avec ses 40 récidives, moi-même je ne croyais plus à sa réhabilitation. Depuis 19 ans, il n’a plus remis les pieds en dedans.  Devenu agent de voyage, ses valeurs n’ont pas changé, il aime toujours l’argent.  Pour lui, s’en sortir ne veut pas dire devenir un ange ou reprendre le droit chemin.. Ça veut dire, faire de son mieux pour se re-approprier sa vie!

Depuis 25 ans, j’ai vu beaucoup d’éducateurs aider les gars à s’approprier leur vie. On ne le dira jamais assez que grâce à ces éducateurs et leurs programmes, des hommes et des femmes ont repris leurs vies en main.

Il existe à la prison de Bordeaux deux éducateurs que j’admire particulièrement pour la qualité de leur travail et la longévité de leur mission auprès des détenus:

Charles Overy, qui parallèlement à son travail de professeur de musique à l’Université de Montréal, il accompagne depuis 33 ans, les détenus de Bordeaux dans leur désir de s’émanciper par la musique.  Danielle Parent, comme professeur d’art plastique depuis 32 ans, elle a fait faire aux détenus des oeuvres dont certaines n’ont rien à envier aux grandes oeuvres.  (Les masques qu’on voit dans les vidéos de Souverains anonymes proviennent de ses ateliers).  C’est un honneur pour moi d’être leur collègue.

Si le 25me anniversaire devait servir à quelque chose, c’est de rappeler qu’il existe des hommes et des femmes qui oeuvrent, dans tous les centres de détentions du Québec, dans l’anonymat total, à reconstruire des vies.

On ne leur dira jamais assez MERCI!

2- Parce que Souverains anonymes, c’est encore un truc unique au monde.

« Permettez-moi de vous contredire! Nous aussi, nous avons de la radio dans certaines prisons en France ».  Une radio que les français peuvent entendre chez-eux ? « Comment ça chez-eux ? je parle de Radio intra-muro », mais moi je vous parle d’une émission qui enregistre et diffuse la parole des détenus sur les ondes de plusieurs radios extra-muros..!

De la réaction de l’écrivain Frédérique Beigbeder, que j’ai croisé un jour  au Salon du livre de Montréal, j’ai compris que sur ce point, la France n’ose pas encore aller aussi loin.

La France n’est pas le seul pays qui n’ose pas encore mettre la radio au service de l’ouverture des personnes incarcérées à la communauté. Nul part au monde, il n’existe encore un programme audiovisuel qui permet à la parole des détenus de franchir les murs de la prison.

Plus osé encore que la radio, depuis deux ans, avec le projet «La vie devant soi », le public peut voir et entendre (sur youtube) des détenus de la prison de Bordeaux envisager leurs projets d’avenir devant différents invités.

J’estime que cela est tout à l’honneur du Québec. Un Québec audacieux. Un Québec cool comme dirait un de mes Souverains (d’origine française!).  Malgré le durcissement de l’opinion publique, depuis quelques années, suite à certaines affaires judiciaires, je n’ai jamais lu ou entendu la moindre critique qui remet en question cette initiative dont le grand mérite revient aux Services Correctionnels du Québec et en particulier à trois personnes qui ont rendu Souverains anonymes possible.

Au delà de leurs statuts d’administrateurs de l’Établissement de Détention de Montréal (Bordeaux) et du Fonds de soutien à la réinsertion sociale des personnes incarcérées, Nicole Quesnel, Arthur Fauteur et Euclide Laliberté, ce sont pour moi, des humanistes et des visionnaires.

Ils ont accepté de me recevoir un jour d’automne 1989 dans le cadre d’un conseil d’administration.  Monsieur Fauteux, le directeur, m’avait fixé cinq minutes pour vendre ma salade. Madame Quesnel, directrice des Services proffessionnels, était vendue d’avance à mon projet. J’ai eu le temps de le faire au téléphone et c’est elle qui a organisé la rencontre. Quand à Monsieur La liberté, vice-président du Fonds des détenus, dès mes premiers mots, il affichait son enthouisiame.

Dès mes premiers mots, j’ai évoqué des noms d’artistes, des vedettes et je demandais aux membres du Conseil d’imaginer ces personnalités publiques réunies avec des détenus autour d’un micro.  Je présentais cela comme une autre manière de donner sens à l’ouverture des personnes incarcérées à la communauté.

Monsieur Fauteux, criminologue de formation, qui avait beaucoup travaillé à la socialisation des personnes incarcérées ne pouvait rester insensible à un mon concept. Finalement, j’ai parlé beaucoup plus que cinq minutes.  Nous étions à quelques semaines avant la chute du mur de Berlin.   Comme chantait un des Souverains:

Après le mur de Berlin

Ce fut le mur de Bordeaux

Ami, est-ce que tu t’souviens

Ce 11 décembre 89

J’ai libéré ma parole

À la radio des Souverains.

Une heure plus tard, alors que je quittais la salle du Conseil, j’entendais derrière moi la voix du directeur conclure que la décision était prise à l’unanimité. On me donnait 6 mois pour faire un essai de ce nouveau programme. Dans le bus du retour à la maison, je n’en revenais toujours pas que j’allais faire des émissions radio en prison.

25 ans plus tard, quand je vois que la radio en prison, c’est encore un truc unique au monde, et je n’en reviens toujours pas..

Depuis mon arrivée au Québec huit ans auparavant,  ce jour d’automne, je me suis senti pour la première fois réellement accueilli. Je venais d’obtenir plus qu’un travail, je réalisais un rêve.

Un rêve né, dix ans auparavant, dans le troisième sous-sol d’un commissariat au Maroc ou j’avais été incarcéré pendant 36 heures. Devant les autres personnes qui, comme moi, ne savaient pas ce qu’ils foutaient là, j’ai osé leur faire un peu de théâtre et quelques pas de danse, pour passer le temps.. Je suis sorti de ce trou avec un le rêve d’y revenir un jour avec un projet.. Je rêvais!

Mon rêve à 18 ans au Maroc, a pris la forme d’un projet à 30 ans au Québec. Au printemps 1989, j’avais tendu le micro aux sans-abris de «Dernier recours« . Plus qu’une expérience radiophonique magistrale (diffusé en direct durant une nuit entière sur plusieurs radios communautaires) cette aventure humaine m’a introduit dans l’univers carcéral.  Sans transition, je suis passé avec mon micro de complètement dehors à complètement dedans.  Le Roi des sans-abris, André Gauthier, m’a appris un jour que son ami, Chita Larrivée, se trouvait à Bordeaux. L’idée de la radio en prison est née dans ma tête à cet instant.

L’idée de la radio en prison n’est pas originale en soi.  Ailleurs dans le monde, d’autres y ont pensé.. Au Salvador, dans les années 90, un groupe de femmes détenues, quittaient la prison une fois par semaine pour se rendre à une radio communautaire. Leurs propos se limitaient à réclamer de meilleures conditions de vie.  Aujourd’hui, plus aucune trace de ce projet sur internet.

Il y a 12 ans, à la prison de Marseille on a mis sur pied Radio Beaumettes.  Diffusée sur un canal interne, cette radio permet aux détenus de s’adresser aux détenus. Parfois, des personnalités publiques sont autorisées à les rencontrer.  Les thèmes sont limités par un comité de censure.  Mais la parole des détenus ne franchis toujours pas les murs en France.  Au Québec, cela est possible.

Diffusée sur les ondes de Radio Basse-ville et après sur CKRL, l’émission Souverains d’Orsainville a duré une dizaine d’années au profit des détenus du Centre de Détention de Québec. J’ai eu le plaisir de la réaliser pour les trois premières années avant de laisser d’autres prendre la relève.

Le Maroc aussi est sur la bonne voie pour rendre possible mon vieux rêve. À deux reprises, on m’a ouvert la porte d’une prison marocaine. J’ai eu l’occasion de tendre le micro aux femmes de la prison Oukacha à Casablanca. http://www.souverains.qc.ca/aroukacha2.html

Pour ceux qui ont l’occasion de côtoyer ce programme de près, ils savent que Souverains anonymes ne se contente pas de tendre le micro à des personnes qu’on entend très rarement.   Avant de passer au micro et devant la caméra, les Souverains travaillent beaucoup leur parole pour la rendre impeccable. Responsable.  Depuis 25 ans, je me fais plaisir à les aider dans la recherche des mots justes.   Les mots qui leur ressemblent.  « … des mots explosent en vers et en prose, frappent, assiègent, dérapent, étonnent, détonent, des mots écrits et criés, confiés, des mots colère, des mots repentir, des mots qui font du bien, des mots qui ne demandent qu’à être entendus… ». (Grandes gueules 2003).

Avoir un meilleur contrôle sur les mots, c’est avoir un meilleur contrôle sur sa vie.

La prison ? Pour punir ou pour guérir ?  https://voir.ca/societe/2003/02/06/grandes-gueules-la-prison-existe-soudain/

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À sa première visite à Souverains anonymes en 1995, Serge Ménard, alors ministre de la Sécurité Publique, a dis à propos de ce programme « Souverains anonymes est un projet fou, insensé, mais absolument nécessaire ».  Depuis 25 ans, des politiciens de différentes allégeances ont porté leur soutien à Souverains anonymes souvent en acceptant d’en être les invités.

En 2003 et 2004, à l’invitation de plusieurs députés de l’opposition péquiste, 13 ministres du gouvernement libéral ont permis à Souverains anonymes de survivre..  L’appui politique a toujours été unanime.

Mais 25 ans de Souverains anonymes n’aurait pas été possible sans d’abord les Souverains eux-mêmes, sans leur confiance et leur volonté profonde de mettre leur instincts de survie au service de leur instincts de vie.

C’est en leurs noms que j’aimerais dire MERCI aux centaines d’invités, de bénévoles et d’auditeurs d’avoir accordé à la parole des Souverains une oreille attentive. Depuis deux ans, avec le projet audiovisuel « La vie devant soi », c’est un regard attentif et bienveillant qu’on porte maintenant sur les Souverains de Bordeaux.

Réaliser ce rêve était impossible sans l’existence de toutes ces radios communautaires du Québec qui se sont montrées toutes disposées à diffuser la parole anonyme.  Pendant une quinzaine d’années, il ne passait pas un jour sans que cette parole ne soit libérée par les ondes d’une radio communautaire, quelque part au Québec, ailleurs au Canada et dans certaines villes en France.

Merci également à tous les employés de l’Établissement de Détention de Montréal qui, de près ou de loin, permettent le bon fonctionnement de ce programme et de tous les programmes.  Un Merci particulier à Steve Roy, mon fidèle et indispensable collaborateur depuis 20 ans.   Son soutien n’est pas que technique..!

Mon dernier Merci va à tous les patrons des Services correctionnels du Québec, en particulier à l’actuel directeur de Bordeaux, Monsieur François Landreville, qui me soutient depuis le début de cette aventure.  Il était alors gardien quand il se faisait un grand plaisir  d’accueillir et escorter certains invités-vedettes de Souverains anonymes.

Ariane Emond, sur les pages du devoir, écrivait en 1992 « Souverains anonymes, c’est la Culture qui entre en dedans ». C’est aussi la culture qui sort dehors à travers un patrimoine audiovisuel www.souverains.qc.ca/listdesr.html . Quelques 20 000 détenus y ont contribué.

Comme il m’arrive de répéter souvent à mes Souverains, si j’étais indépendant de fortune, je payerais pour faire ce que je fais! 

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Nicodème est un ancien de Bordeaux. Depuis 20 ans, il n’a pas remis les pieds en dedans. Aujourd’hui, c’est un poète accompli. Voici son dernier:

Ça fait 25 ans que j’ai Bordeaux dans le dos
25 ans que je mets de la distance
Entre moi et la résistance, l’indifférence
Je suis à 25 lieux d’une vieille connaissance

Un ami d’enfance, un lieu de renaissance
Ça fait 25 ans que j’ai des ailes derrières, des lumières devant
Des semelles d’air, une nouvelle route
25 sources qui entendent et écoutent

Des bruissement de plumes, des tatoueurs de brumes
Des murmures de runes encrées dans le temps
Ça fait 25 ans que j’ai Bordeaux dans le dos
Un programme de survie en-dedans

Un compas qui pointe vers la vie et le vent
Des oiseaux migrateurs, des soleils levant

Des poèmes derrières, des souverains devant

Nicodème Camarda

30/11/2014

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https://www.youtube.com/watch?v=6CKcz2oN7fs&feature=share

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PS: Les différents projets de Souverains anonymes sont décrits sur la page wikipédia consacré au programme: http://fr.wikipedia.org/wiki/Souverains_anonymes

Radio Beaumettes: https://www.youtube.com/watch?v=pfBhHsCtjqw#t=94