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Il était une fois, Jooneed Khan!

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J’ai connu Jooneed Khan à la fin des années 80.  La première fois c’était à l’occasion d’une émission spéciale que j’avais réalisée et animée sur la première Intifada.  Déjà à la veille de la première invasion d’Irak par les américains en janvier 1991, nous étions sur les ondes de Radio Centre-ville pour l’envisager et appréhender ses conséquences! Depuis, notre collaboration n’a pas cessé.  Je ne compte plus ses récidives chez les Souverains pour faire un bilan sur les affaires du monde.

Journaliste chevronné, il analyse la scène politique internationale depuis 40 ans. Au journal la Presse durant 35 ans. Avec sa formation en histoire, avec sa grande culture littéraire, avec sa soif de poésie, avec les multiples langues qu’il maitrise brillamment, avec ses reportages envoyés de presque partout  dans le monde, Jooneed a acquis l’expérience du sage.  

Je ne connais personne au Québec parler mieux que lui des affaires du monde.  Avec finesse, avec intelligence  avec intégrité et toujours avec coeur.  Pour moi, il fait partie du patrimoine québécois.   

Le voici, pour une nième fois chez les Souverains anonymes, détenus de la prison de Bordeaux à Montréal. Cette fois, les mots de Jooneed sont empreints de poésie, de cuisine, d’humour et d’émotion.  Il révèle aux Souverains, comment, malgré les horreurs dont il a été témoin, il a su maintenir son regard humain sur l’humanité!  Il est accompagné de Nedjim Bouizzoul et de Kattam qui ont livré une musique de circonstance. 

Ceci est le descriptif de cet échange entre Joneed Khan et les Souverains que vous pouvez aussi voir et entendre à ce lien: http://youtu.be/CWfEEAIlsb4

Jooneed:  Il était une fois à Montréal, un château appelé Bordeaux, il était grand et pas loin d’une rivière..  Plusieurs Souverains y habitaient.  Ils y habitaient, mais pas pour toujours.. Ils n’y étaient que de passage.  Le temps de réfléchir sur leur passé et leur présent, pour mieux affronter l’avenir.  Mais le monde tel qu’il est aujourd’hui, avec ses guerres et ses horreurs, avec ses turpitudes et ses mystères, les interpelle.. Parfois, ils ne savent plus de quel pied l’aborder, de quel oeil le voir et le regarder..  Aujourd’hui, les Souverains me font l’honneur de poser ces questions et me donner la chance d’y répondre. Je m’appelle Jooneed Khan.

Paul: Jooneed, dans ta vie, tu as beaucoup voyagé, tu as été partout ou presque, tu es un témoin privilégié de notre temps. Tu es né à Maurice, tu as choisi le Canada pour vivre et pratiquer ton métier de journaliste.  C’est à partir du Québec que tu as plongé ton regard sur les affaires du monde.  Cela dure depuis 40 ans.  Tu n’es pas avec les Souverains pour la première fois. Ça ne sera pas la dernière, mais aujourd’hui, une question fondamentale que nous nous posons tous en tant que Souverains.. Mais que faut-il manger pour se sentir pleinement membre à part entière de la famille humaine ?

Jooneed: Avant de te donner ma réponse mon cher Paul, j’aimerais entendre vos réponses de Souverains:

Emmanuel: Moi, Emmanuel, il m’arrive souvent de mélanger mon pâté-chinois avec mon gruau haïtien, j’avoue que ça me donne des envies de voyage.  Cette recette me donne envie de faire d’autres recettes, d’autres mélanges..  J’ai envie de manger le pâté chinois en Haïti,  et le griot en Chine.

Jooneed: Souverain Emmanuel …Dans ce petit château de Bordeaux, tu n’es que de passage. L’avenir t’attend à la porte. Le monde se rétrécit. Il devient chaque jour plus petit. Que quand je le sillonnais. D’autres contrées t’appellent. D’autres climats t’attendent. Tu es l’Invictus de William Ernest HenleyPoète anglais du 19e siècle. C’est-à-dire l’Inconquis, l’Invaincu. Tu es Souverain, et tu le seras toujours. Tu es maître de ton destin. Tu es le capitaine de ton âme. Alors Haïti t’attend avec ton pâté chinois. Et la Chine t’attend avec ton gruau haïtien. Et la planète entière avec ses millions de recettes, à l’image de notre belle et grande humanité…

Raphaël: Moi, je n’ai pas encore mélangé mon pandu congolais avec du pouding québécois, mais si ça peu ramener la paix à mon pays le Congo, si ça peut arrêter les meurtres, les vols et viols, si ça peut faire cesser le génocide dans mon pays, je suis prêt à manger le pandu assorti de hamburgers, de fromage et d’autres recettes du monde.. Six millions de morts dans mon pays, c’est plus que trop!

Jooneed: Souverain Raphaël…Six millions de morts au Congo, tu dis.. C’est au moins le double, à la vérité. Dans ce pays grand comme l’Europe. Vraiment le Brésil de l’Afrique, martyrise, pillé, génocidé depuis plus d’un siècle. Pour rendre la paix à ce pays qui peut électrifier et nourrir l’Afrique entière, pour la noble et urgente cause qui t’anime, je te souhaite au plus vite, de manger ton pandu avec du pouding québécois. Et même avec du pad thaï, du poulet tandoori ou du paella espagnol. Accompagnant ton pandu, d’un mwambe à la viande, de fufu, de mulenda et de foin-foin…Des plats que j’ai eu le bonheur de déguster à Mbandaka, Goma et Bukavu !

Walid: Jooneed, je ne crois pas, je sais que ma recette a déjà fait son effet sur mon pays la Tunisie.  Tu manges ce que tu veux, à condition de mettre de lahrissa dedans, c’est le seul moyen pour mettre un peu de piquant dans la sauce humaine.Les tunisiens ont trouvé leur bonne recette:  Larissa avec démocratie, Larissa avec liberté, Larissa avec justice, Larissa avec égalité, Larissa avec fraternité..La Tunisie a réussi à se libérer de son dictateur, il lui reste encore beaucoup à faire pour qu’il ne soit pas remplacé par une autre dictature..  Il y a beaucoup encore à gagner, parce qu’il a eu beaucoup de perdu..   Vive la Tunisie, vive Lahrissa.

Jooneed: Souverain Walid …Avec toi je dis, Vive la Révolution tunisienne. Et je dis aussi qu’elle a besoin cette Révolution d’une triple, d’une quadruple, dose d’Harissa pour atteindre son accomplissement. La Contre-Révolution est en marche. Elle triomphe même avec le retour de sbires de la Dictature honnie, valets des oligarques, du pays et d’ailleurs, résolus à priver le peuple tunisien de l’harissa libératrice. Et à étouffer son humanité.  Pour qu’elle rime vraiment avec démocratie, justice et liberté, il nous faut libérer l’harissa avant qu’on puisse libérer la Tunisie. « Vive l’Harissa.. libre! ».

Laamri:  Y’a pas mieux que le Couscous royal du Maroc. Pour rendre notre Couscous encore plus magique, il suffit d’y mettre tous les légumes et toutes les semoules, mais aucune viande. J’aimerais servir mon couscous végétarien à tous les membres des Nations unis..  J’imagine déjà Netanyahu changer ses armes pour des feuilles d’olivier. J’imagine déjà Yasser Arafat sortir de sa tombe pour goûter à mon Couscous.. J’imagine la Paix au Moyen-Orient. J’imagine la Paix dans le monde.   J’imagine! J’imagine… Tajine…  J’imagine…  Tajine…

Jooneed: Souverain Laamri …Le couscous végétarien de tes désirs, tu peux bien le servir à tous les membres de l’ONU. Mais dis-toi bien qu’ils n’apprécieront pas tous. Beaucoup sont non seulement carnivores, mais cannibales aussi. A en juger par les massacres et génocides qui jalonnent notre petite planète, au Moyen-Orient et en Afrique surtout.. Netanyahu, tu le sais bien, préfère la feuille de vigne à la branche d’olivier.  Arafat, oui, ressusciterait pour la branche d’olivier, symbole éternel de la Palestine résistante. Mais les Empires et leurs supplétifs locaux, ne carburent ces jours-ci que par le pétrole et par le sang humain, tout en restant cachés derrière les feuilles de vigne, de démocratie, de droits et libertés. Ton couscous végétarien, le monde l’appréciera quand nous aurons reconquis la paix.

Ayo: (Il chante et pose sa question): Joneed, et le Liban, quel est la recette magique pour le Liban ?

Jooneed: (Voir le lien : http://youtu.be/CWfEEAIlsb4 )

Paul: Jooneed Khan, tu as fait le tour de la terre, tu as côtoyé les guerres et les paix. Tu as écrit sur les génocides, sur le Vietnam, sur l’Afrique du sud, sur la Palestine, sur le Congo et sur Haïti.. Tu as écrit sur Mandela, sur Arafat et sur Sankara.  Tu as été témoin de la rapacité de l’homme et cela aurait pu te nourrir de desespoir et d’amertume.  Dis-nous STP quel est cette recette magique qui continue à te donner, malgré tout, un regard humain sur l’humanité..?

Jooneed: Souverain Paul …Ma recette est toute simple et vieille comme le monde. Comme l’Univers tout entier. Elle s’appelle Amour. Amour de la vie, Amour des siens, Amour des Autres. Le soufisme postule que toute création est un acte d’Amour, à commencer par la création de l’Univers. Le soufisme postule aussi que la soif de justice est intarissable dans le cœur humain. Je dis soufisme parce que mon père était imam, que toute ma culture familiale est soufie et le nom que je porte, Jooneed, est celui d’un grand soufi de Bagdad. Et le soufisme se reconnaît dans tous les peuples, dans toutes les cultures et religions. J’ai rencontré cet Amour universel depuis mon enfance mauricienne. Autour d’une mine frite chez des amis chinois, ou autour d’un repas végétarien avec des amis hindous. Adulte, parcourant le monde, je l’ai retrouvé partout, et sans faute, autour d’un cabri en sauce en Haïti en crise. Autour d’un mwambe et fufu au Congo martyr. Autour d’un thé sucré sous les bombes à Bagdad. Autour d’un chivo en coco dans Caracas coupé en deux. Oui, la soif de justice est intarrisable dans le cœur humain. Et l’Amour est plus fort que tout.  Voilà ma recette !

Cliquez pour voir et entendre cette cette rencontre riche musique

avec Nedjim Bouizzoul et Kattam

http://youtu.be/CWfEEAIlsb4

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