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Né pour partir!

Ramadan 2015. Rupture du jeûne!

Jour 11.

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Hicham est né pour partir, ailleurs. À deux reprises, il a posé les pieds sur la terre d’Espagne. À chaque fois, juste avant de planter son drapeau, les forces espagnoles se sont emparées de lui et aussitôt arrivé, aussitôt expulsé « Ma conquête n’a pas commencé qu’elle avait déjà terminé, mais j’ai pas dis mon dernier mot » me dit-il en riant.

Il reste encore 20 minutes avant la rupture du jeûne. Avec son oeil de pirate, il se sent aujourd’hui d’attaque pour une petite séance de shooting.

Je marchais vers la mer pour observer le coucher de soleil et me voilà en train de prendre en photos Hicham assis, Hicham debout, Hicham couché, Hicham de dos, Hicham de profil, Hicham qui salue un ami, Hicham qui chante, Hicham qui crie son discours de victoire à la terre entière « Braves gens, l’ennemi est devant vous » Et en montant le volume de sa voix dix fois plus fort « il est aussi derrière.. ». Des rires éclatent. La mer, le coucher de soleil, ça sera pour une autre fois.

Dans ce petit bout du Mellah, quartier réservé autrefois aux marocains de confession juive, Hicham est chez-lui. Tout le monde le connaît et tout le monde apprécie sa bonne humeur, sa jovialité, sa joie de vivre et sa disponibilité à aider son prochain.

Mais Hicham rêve encore de partir « La troisième sera la bonne » Mais tu n’es plus seul Hicham, tu es marié maintenant et père d’une petite fille. « Et alors, Tarik Inbou Ziad était aussi marié et avait des enfants, cela ne l’a pas empêché de brûler.. Ma femme, ma fille me rejoindront aussitôt que j’aurais reconquis l’Andalousie. Si les espagnoles se sentent chez-eux à Ceuta et Melilia, j’ai le droit de me sentir chez-moi à Grenade ou à Sévilles ».

Jusqu’à l’an dernier Hicham était coursier mais sans carroussa. Je l’ai souvent vu porter sur le dos des tables, des lits, des matelas. Aujourd’hui, il est fier de posséder sa carroussa ce qui améliore beaucoup ses conditions de travail. Mais pas assez pour laisser tomber l’idée de brûler de nouveau les frontières..

Qu’est-ce que tu auras là-bas que tu n’as pas ici ? « C‘est toi qui me demande ça? » Oui je te le demande parce que tu ne parles aucune langue européenne. Tu n’as aucun diplôme, aucune formation professionnelle.. Pourquoi ils t’ouvriront leur porte. Sa réponse attendait ma question « Quand les européens entraient chez-nous, ils n’avaient pas besoin de visa. Chez-nous, ils se sentaient et se sentent toujours chez-eux. Ils ne parlaient et ne parlent toujours pas notre langue. Beaucoup de marocains sans diplômes, sans formation et sans langues ont fait leur vie. Moi j’ai mieux que les diplômes, j’ai mes muscles. L’Europe en a encore besoin ».

Sur ces mots, Hicham me fait signe de le suivre. Dans quelques minutes, c’est la rupture du jeûne. Des hommes sortent leurs repas. Hicham passe d’une table à l’autre en me présentant à ses amis coursiers et puis il m’amène à un autre décor.

À l’entrée de la grande ruelle du Mellah, une table nous attendait. Nous sommes chaleureusement invités à partager le repas. Achraf me présente le couscous de sa mère. Je ne résiste pas. Ça goûte très bon. J’en perds les mots. J’arrête de prendre des photos.

Hicham me présente à chacun en précisant que je suis le fils de… Au bout de quelques présentations, j’avais l’impression d’être dans une soirée hommage à mon père. Chacun avait une anecdote à raconter sur lui. Et chacun priait le Seigneur de l’honorer de sa bénédiction. Pour mettre un frein à cette émotion inattendue, j’ai prié à mon tour le Seigneur « Que Dieu bénisse les parents de celle qui a fait ce couscous ».

Autrefois, un roi du Maroc a voulu protéger la population juive de certains mouvements fanatiques. Il leur a réservé un espace à côté de son palais, à Fès. Dans cet endroit on conservait des produits avec le sel, d’où le mot « Mellah ». Une traduction en arabe et en hébreu du mot « sel ».

Depuis au moins 50 ans, après les départs massifs des juifs du Maroc, les populations musulmanes ont pris place dans tous les Mellah du Maroc. Celui de Rabat abrite une population qui a développé une grande appartenance au quartier. Quand on vient du Mellah, on vient pas d’ailleurs.

Mais le Mellah est aussi le quartier ou la densité de population est une des plus importante au Maroc. Pour Hicham, c’est aussi une des raison qui le pousse à partir. Partir loin.

«Le Mellah, c’est mon quartier, c’est ma famille, c’est ma vie, mais pas toute ma vie».

Après une dernière photo prise dans la ruelle de son enfance, j’ai quitté Hicham. Aussitôt, la chanson de Michel Sardou s’est imposée à moi.. Comme dans le générique d’un film..

« Mes chers parents, Je pars. Je vous aime, mais je pars… »

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PS: Pour mieux apprécier les images, il suffit de cliquer sur la photo pour la voir en plus grande taille.