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Riad Al’Bahja!

Ramadan 2015. Rupture du jeûne!
Jour 18.

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Al’Bahja n’aime pas son quartier, il ne l’a jamais aimé « Quand je suis dans ma pricha, j’ouvre la télé, je regarde une série turque et j’oublie que je suis entouré par un tas de fumier ».

Aussitôt après m’avoir invité à entrer, il a disparu. Il lui restait 15 minutes pour préparer son repas de rupture du jeûne. Physiquement, sa chambre est aussi petite qu’une cellule de prison. Mais avec sa touche personnelle, il en a fait un jardin. Il me confiera plus tard qu’ils sont très rares les gens qui mettent les pieds dans sa pricha « Bienvenue dans mon riad ». Riad Al’Bahja.

Dans son quartier, tout le monde l’appelle ainsi, mais dans la rue où il pratique sa vocation de g’naoui, c’est le G’naoui.

Depuis le début des années 70, il parcours le Maroc avec son tambour. Sa scène c’est la rue. Son public n’a pas d’âge. Bien avant la marche verte, il avait déjà mis les pieds dans les villes du sahara « J’ai pas attendu l’appel de Hassan II pour faire ma marche ».

En 1990, il s’est trouvé un pied-à-terre à Rabat, dans le quartier le plus pauvre de la médina. Il payait alors 15 dirhams par jour. Aujourd’hui, ça lui coûte 20 (eau et électricité inclus) « La seule raison qui me retient dans ce quartier c’est le bas prix du loyer ».

Dans l’imaginaire collectif des r’batis de la médina, Bab Rahba est synonyme de grande pauvreté, pour ne pas dire de misère. Et pourtant, c’est dans cet espace de la vieille ville qu’anciennement on approvisionnait toute la ville de blé et de farine. C’était un lieu de commerce assez prospère. Le commerce aujourd’hui à Bab Rahba permet à des hommes de survivre.

Bab Rahba contient trois sortes d’auberges, cinq étoiles sous le zéro, 9a3at Bargach, 9a3at Al Mistiri et 9a3at Essmen. C’est à l’entrée de ce dernier que se situe la pricha de mon ami le G’naoui.

Al Bahja a six enfants et plusieurs petits enfants « Grâce à mon métier, il n’ont jamais rien manqué ». Ils habitent tous Marrakech. Il y retourne régulièrement. Il a pour Marrakech, sa ville natale, une affection sans fin « C’est la plus belle du Maroc. Je la quitte, mais elle ne me quitte jamais. Quand j’y retourne c’est la fête.. ».

Après avoir quitté la pricha de Al’Bahja, j’ai pris plusieurs photos de son environnement. Pour chaque prise, un sentiment de malaise me saisissait. Normalement, je ne devrais pas prendre ces photos puisque la disparition de ce quartier est un projet annoncé depuis longtemps dans le cadre de l’aménagement de la vallée de Bouregreg. D’après Al Bahja, les rumeurs laissent entendre que cela se fera bientôt « Supposons,que Bab Rahba disparaisse, où habiteras-tu? Et à quel prix? ».

« Moi, ce n’est pas un problème, je reviendrai à Marrakech où j’ai déjà ma maison. À 62 ans, je suis dû pour une retraite. Je pense plutôt à ces milliers de pauvres gens qui ne pourront jamais supporter des loyers trop chers. Faire disparaître un quartier misérable c’est facile. Faire disparaître la pauvreté, c’est une autre affaire ».

J’ai effacé devant lui, chacune des photos que je venais de prendre, en lui disant que je reviendrai quand le décor sera plus beau à voir.

Il m’a quitté avec un sourire et une dernière phrase « C’est l’heure de la prière, tu entends l’appel ».

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PS: Pour mieux apprécier les images, il suffit de cliquer sur la photo pour la voir en plus grande taille.