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« Le Maroc est mon nouveau chez-moi » Ali!

« Le Maroc est mon nouveau chez-moi » Ali.

(Vidéo ci-bas: 18mn 23sec)

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Depuis mon arrivée à Rabat, je passe les voir chaque jour. Six hommes venus du Sénégal tenter leur chance au Maroc. Ils s’appellent Youssef, Moussa, Mohamed, Samba, Khadim Arrassoul et Ali. 

Ils ont pour principe de répondre à la violence par le sourire. Lorsqu’un passant a lancé son verre de café sur un des vendeurs, le traitant de 3Azzi (nègre), les autres se sont retournés vers lui pour le neutraliser avec une avalanche de sourires et quelques mots bienveillants. En un rien de temps, ils ont réduit à néant l’agressivité de l’agresseur. Il ne restait qu’une seule option à ce dernier, disparaître. Seul les traces de son café par terre pouvait témoigner que quelque chose de méchant venait de passer par là..

Au sourire, Ali joint la parole, en français, en arabe et en chant..

Quand je l’ai croisé la première fois, il adressait sa parole comme on le faisait autrefois devant une foule. Sa prestation a le panache des discours historiques. Sa gestuelle laissait entendre que « Le mur est derrière vous et l’ennemi est devant vous ». Seule la patience et le sourire pouvaient le garder vivant.

En donnant le dos au mur millénaire de la médina, Ali regarde droit devant. Pour chaque passant qui s’arrête à ses objets, sa parole est celle d’un guide spirituel soufi. Un mouridi. Peu lui importe de vendre, c’est transmettre qu’il désire plus que tout. Il a trouvé dans ces actes ouvertement racistes, que lui et ses frères subissent quotidiennement, une occasion pour accomplir sa mission: Guider, indiquer le droit chemin, répandre la bonne parole.. Mais son sourire, son humour et sa joie de vivre parle mieux pour lui.

Et chaque fois qu’il chante le Coran pour appuyer son discours, les gens s’arrêtent, surpris de l’entendre parler l’arabe avec une telle élégance. Quand Ali passe de l’arabe classique au dialecte marocain, il devient soudain un enfant du pays..

Il y a deux ans, Ali a interrompu ses études universitaires en littérature française à Dakar pour venir vendre des portables sur un grand trottoir à Rabat.. Il semble plus heureux ainsi. L’insulter, le traiter de nègre ou de criquet noir, ne le rend que plus fort.

Comme ses autres frères, il garde la tête haute, c’est un mouridi et fier de l’être..

Comme ses frères, il réclame la libération de son ami Babacar qui a été arrêté et jugé suite à une interaction avec la police. Parfois le sourire ne suffit pas pour répondre à une violence physique. Pour lui et ses amis, Babacar n’a fait que se défendre. 

Ils lancent leur appel directement au Roi Mohammed VI afin que Babacar soit libéré.

Musique: Ismael Lo.

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