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Allez dire à Monsieur Gagnon que je ne suis pas chez-moi…!

C’est à Sainte-Foy que j’ai été accueilli, à mon arrivée au Québec il y a 35 ans. En ouvrant la porte de ma chambre, le patron du Motel Gagnon, n’a pas voulu me répondre combien cela allait me coûter, il a simplement dit « Rentre, tu es chez-toi ».

Cette phrase me revient chaque fois que le Québec est secoué par un discours haineux contre l’étranger. « Allez dire à Monsieur Gagnon que je ne suis pas chez-moi… ». J’ai souvent envie de réagir! Mais je ne réagis pas.

Je ne réagis jamais, parce qu’après la première heure de mon arrivée au Québec, je me suis senti chez-nous. Je me suis accroché à cette phrase chaleureuse pour me protéger de tous les froids et tous les rejets.

Leur haine de l’étranger ne me concerne pas. Seule la haine doit être considérée et traitée comme étrangère. J’en appelle à une déportation de la haine.

Avant d’être poignardé lâchement dans ce qu’il a de meilleur, son ouverture et son accueil, le Québec a subi une vague de replis et de crispations identitaires depuis des années. Les vents des extrêmes soufflent sur nous. Certains politiques ont instrumentalisé la peur à des fins bassement électoralistes dans une complicité parfois spectaculaire avec certains grands médias.

Un examen de conscience s’impose à eux pour revoir leurs choix de mots.  Aux mots qui tuent, mine de rien, je préfère les mots qui donnent envie de vivre.

« Rentre, tu es chez toi », il y a 35 ans, à Sainte-Foy, Monsieur Gagnon, patron du Motel Gagnon me l’a dit.  Depuis des siècles, cette phrase a fait le Québec de tous les québécois.

C’est donc en tant que citoyen québécois, de toutes les origines, de toutes les appartenances, de toutes les croyances et les non-croyances que je vais me rendre aujourd’hui à 18h à la Gare Jean-Talon pour une vigile à la mémoire des victimes de Sainte-Foy.