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Waseskun, un chef-d’œuvre d’humanité!

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Waseskun de Steve Patry, est un chef-d’oeuvre d’humanité. Ce documentaire réussit l’exploit de faire parler des hommes que rien ne destinait à la parole.

Les dernières statistiques nous informent que les détenus autochtones représentent 26 % des admissions dans les prisons alors qu’ils constituent seulement 3 % de la population canadienne.  Devant la gravité du phénomène, Service Correctionnel Canada a mis sur pied, huit centres destinés à la réhabilitation des détenus issus des communautés autochtones.

Le documentariste Steve Patry a choisi de nous révéler celui des Laurentides, au milieu de la forêt. Lieu idéal pour ces hommes de reprendre contact avec des rituels et une spiritualité qu’ils avaient complètement abandonnés.

Après un an de tournage, le réalisateur a réussit ce qui fait la grandeur du film de 85 mn, établir un lien de grande confiance avec ces hommes. Comme si la présence d’une caméra  faisait partie du processus de leur guérison.

Et pourtant cette caméra se distingue par sa grande discrétion. Comme si elle était là par hasard. Elle ne se place jamais face aux hommes pour ne pas gêner leurs paroles. Pour ne pas leur voler une intimité.. Avec Waseskun, on est loin, très loin de la télé-réalité.

La vedette de ce film est une parole impeccable. La parole de ces hommes qu’on écoute avec le plus grand intérêt. Elle raconte la souffrance, les détresses, les trahisons, les enfances bafouées, les abus de toutes sortes, mais aussi l’espoir, beaucoup d’espoir. Elle raconte la volonté et la détermination de chaque homme de reprendre son destin en main.

Loin des bruits des portes de fer, les hommes ici apprennent à marcher sur leurs amertumes, leurs regrets,  ils apprennent à se pardonner pour se soulager du poids des culpabilités.

Un des hommes raconte que son père lui interdisait de pleurer. Il le battaitt à la moindre larme versée. Il a arrêté de pleurer pendant 40 ans. Une vie sans jamais pouvoir pleurer, quelle vie.  Il a réappris à pleurer. À retrouver ses larmes.

« Ils ont blessé parce qu’ils ont été blessés », c’est la phrase clef du film, dite par une femme intervenante dont le regard bienveillant déborde l’écran. Les intervenants du centre ne jouent pas aux psy. Ils se contentent d’écouter la souffrance des hommes, mais aussi leurs joies et leurs projets. Parfois, les intervenants posent des questions. Ils laissent les hommes trouver en eux les réponses.

Waseskun devrait passer à la télévision à l’heure de grande écoute, et idéalement faire le tour des prisons. Il y a dans ce film des paroles tellement inspirantes qu’il serait fou de ne pas les partager avec d’autres hommes en processus de réhabilitation.

Waseskun, est un film à voir et faire voir parce qu’il nous fait découvrir une prison alternative au Canada. Très peu de canadiens savent qu’au Canada, il existe une prison du futur.

Le 10 mars dernier, les Souverains anonymes (détenus de la prison de Bordeaux), avec l’accord de L’ONF, producteur de Waseskun, ont pu visionner ce magnifique documentaire en présence du réalisateur.

Voici leurs commentaires: