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Porter assistance aux femmes en danger au Maroc!

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Nul besoin d’installer des caméras partout pour savoir qu’au Maroc, des femmes sont frappées et violées chaque jour!

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Cela s’est passé le 28 avril dernier, à Rabat, en plein après-midi, au milieu du boulevard Moulay Ismaïl.

Il faisait particulièrement beau, l’occasion de faire sortir mon ami l’artiste-peintre Hamid Kiran au soleil.  À peine nous avons quitté le trottoir pour attraper un taxi, j’aperçus à ma gauche une voiture stationnée en deuxième position.  Comme moi, Hamid était intrigué par ce qui se passait à l’intérieur de la voiture.

Cela indiquait, visiblement, qu’une femme était en train de subir en silence la colère d’un homme.

Ce dernier commença d’abord par crier, ensuite il cracha et comme si ce n’était pas déjà trop violent, il lui infligea un coup de poing en plein visage.  Terrorisée de voir le sang couler de son nez, la femme ne se défendait pas, elle se protégeait en couvrant le visage des deux mains.

J’avais sur moi une caméra. Je ne filmai rien.  Avant que cette femme ne reçoive d’autres coups, moi et mon ami Hamid, nous avons plutôt fait ce qu’il fallait faire.

Quand l’homme baissa la vitre de sa voiture, Hamid lui cria « Vous n’avez pas honte de frapper une femme sans défense? ».  Ce dernier, répondit avec l’arrogance de celui qui croit tout se permettre « Premièrement, c’est ma femme ». Il voulait dire, plutôt, sa chose!

Il n’en fallait pas plus pour déclencher toute ma colère.  Pour quelques instants, je devins un monstre.  Même Hamid ne me reconnaissait plus. De l’intérieur de sa caisse, je pris l’agresseur par la chaîne en or qui entourait son cou et de toutes mes tripes je hurlais « Quelle soit ta femme, est-ce que ça te donne le droit de la frapper ? Connard ».  On pouvait entendre ma voix de très loin!

Les hommes attablés dans le café à côté se sont rués pour assister à la scène.  En voyant la femme avec du sang sur le visage, ils ont compris.  L’agresseur, lui, comprit vite que ma colère risque d’attirer d’autres colères.  D’arrogant il devint soudain peureux et lâche.  Avant que d’autres colères et d’autres mains ne s’abattirent sur lui, il pesa de toutes ses forces sur l’accelérateur.  Je lâchai sa chaîne en criant à tout le monde de noter le numéro de matricule.

Arrivé au café, je composai le 190 pour alerter la police.  Je racontai tout en prenant soin de donner les détails sur la couleur de la voiture, sa marque, l’âge approximatif de l’agresseur et celui de l’agressée « Une femme est en danger, je compte sur vous pour la protéger ».

Aussitôt après mon appel à la police, un homme assis à la table derrière moi me lança « La police ne fera rien! Chaque jour, elle reçoit des tonnes d’appels de ce genre.  S’il fallait donner suite à tous les appels sur les agressions subies par les femmes, ça nous prendrait beaucoup plus de juges, plus de tribunaux, plus de police. Nous sommes au Maroc, à votre place je n’aurais pas appelé la police, je ne serais même pas mêlé de cette histoire. Comme on dit chez-nous ma dir kheir ma tl9a bass (Tu ne fais pas de bien, tu ne reçois pas de mal) ».

Cette fois, c’est Hamid qui leva le ton. Il n’en revenait pas du fatalisme de cet homme qui nous reprochait d’accomplir un devoir citoyen « Monsieur, c’est à cause de votre discours et votre mentalité que la justice au Maroc ne s’améliore pas. En fermant les yeux sur cette agression, vous en devenez complice ».

L’homme ajouta qu’il était un militaire à la retraite, qu’il savait de quoi il parlait et qu’il ne portait désormais plus aucun espoir sur l’avenir de son pays.  Et Hamid de répliquer « Laissez le pays tranquille, c’est vous qui êtes sans espoir ».  Le militaire se tourna ver moi souhaitant entendre des paroles moins sévères que celles  de Hamid « Vous êtes militaire. Si vous n’êtes pas prêt à protéger une citoyenne sans défense, comment pourriez-vous prétendre protéger un pays ? », lui ai-je dis!

En adressant ma dernière parole à cet ancien militaire, je constatai que la terrasse du café était  exclusivement occupée par des hommes.  J’appela au secours Majida, la femme de Hamid. 10 minutes plus tard, elle était là, mais le retraité militaire était déjà parti.

J’aurais aimé dire à cet homme sans espoir que tant que des femmes osent s’asseoir aux terrasses des cafés dominés par les hommes, tous les espoirs sont permis dans ce pays.


Une grande indignation secoue le Maroc suite à la publication de cette vidéo où on voit des mineurs dans une tentative de viole contre une jeune femme dans un bus.  Faut-il attendre que le viol d’une femme au Maroc soit diffusé sur Internet pour prendre conscience de la violence quotidienne subie par des femmes ?

Qu’est-ce qui nous indigne le plus dans cette affaire ?

Le fait que le viol soit banalisé au point que des mineurs de 16 et 17 ans, n’aient aucune conscience de la gravité de leur crime ? Le fait que cela se sache dans le monde et porte atteinte à l’image du pays ? Ou alors, le fait que l’échec de ces jeunes désoeuvrés soit finalement l’échec de toute une société ?

On peut arrêter les violeurs et leur faire subir les pires châtiments. On peut même augmenter le budget du ministère de la justice et former des juges pour faire face à l’ampleur du phénomène, on peut aussi constituer des milices civiles pour intervenir en portant assistance à des femmes en danger, mais cela ne sera nullement suffisant si on ne procède pas à une réforme profonde du système scolaire publique. Ce même système qui a contribué à la formation des esprits faibles!

Mon espoir, parce que j’en garde malgré tout, est que cette indignation généralisée se traduise en action pour redonner à l’éducation nationale les plumes qu’elle a perdues dans les 35 dernières années.  La culture du viol est aussi étroitement liée à celle du fatalisme qui a rongé les esprits jusqu’à dans les classes.

Ce scandale n’aura servi à rien si nous nous contentons de nous scandaliser en attendant que les images d’un autre viol soit rendues publiques.

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