Un transport en commun digne de ce nom, c'est pour quand Monsieur le Calife ?
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Un transport en commun digne de ce nom, c’est pour quand Monsieur le Calife ?

Chaque jour, des carcasses de ferraille déguisées en autobus, s’alignent le long de la rue en deuxième position. Ils peuvent rester ainsi durant des heures. Des heures à troubler la circulation. Des heures à cracher leurs fumées au grand désespoir des habitants.  Ces derniers ne cessent de se plaindre. Les automobilistes aussi.

J’ai assisté à une scène d’une grande violence verbale entre un automobiliste et un chauffeur de bus « Pourquoi tu me parles comme ça, tu me prends pour ton esclave, fils de… ». Ce dernier ne pouvait pas quitter sa deuxième position bloquant la voiture stationnée en première. Appeler la police pour signaler la faute du chauffeur ne sert apparemment à rien. Le transport en commun relève du ministère de l’intérieur. La police aussi!

Faute de s’en prendre aux responsables, les gens s’attaquent aux chauffeurs qui se trouvent dans une situation intenable « Regardez de vos yeux mes conditions de travail. C’est inhumain? » C’est le moins qu’on puisse dire. Les chauffeurs de bus sur Abdelmoumene ont la responsabilité de garder fonctionnel des bus qui devraient être tous jetés à la ferraille depuis longtemps.  Le manque de place les oblige à les stationner le long d’une rue, déjà trop chargée de voitures.

D’ailleurs, dans cette même rue, j’ai été témoin d’un accident entre deux voitures parce que les bus, dans leurs deuxièmes positions, réduisent le champ de vision des automobilistes..

Et pour ajouter à l’ironie de cette affaire, à quelques mètres de là, on se croirait passer à un autre pays. Un tramway ultra-moderne fait son va et vient en toute discrétion, faisant sonner sa clochette électrique pour annoncer son passage.

Cette situation surréaliste se passe à Rabat, capitale du Maroc, quartier Hassan, rue Abdelmoumene, et ce depuis plus d’un un an.

Les chauffeurs, les contrôleurs, les usagers, les habitants, les automobilistes, tous se plaignent de la situation et apparemment rien ne change.  Mais il existe bien quelqu’un à qui s’adresser, à qui se plaindre ? « Oui, le ministère de l’intérieur » me dit un chauffeur.  Mais encore, à qui peut-on adresser une requête, une plainte ?  Stareo est la compagnie propriétaire des bus. Mais le nom qui revient toujours. L’élu de la Commune à Tabrikt, « El Moâtassim » qui serait responsable du transport en commun entre Rabat et Salé.

D’après un contrôleur, ce grand responsable, dont le nom sonne comme celui du Calife abbasside, serait bien au courant de la situation. « J’imagine qu’il ne prend jamais le bus, lui, pour aller au travail » Rétorque un usager.  À ce concert d’avis des usager sur la situation, une vieille dame a ajouté « Si le roi pouvait passer par cette rue… ».

Au Maroc, c’est connu, quand le roi passe quelque part, il laisse derrière lui des miracles.  Des rues propres, des façades peinturées, des immeubles rénovés et éventuellement des bus remplacés.

« Mais Madame, le roi ce n’est pas Dieu. Il ne peut être partout. Si chaque responsable s’acquittait bien de ses tâches, pas besoin des passages du roi pour accomplir ce qui doit être accompli! » À mon petit commentaire, la vieille dame répliqua « Le roi est le remplaçant de Dieu sur terre. C’est lui le Calife, ce n’est pas El Moâtassim ».

Avant de quitter les lieux pour faire mes recherches sur le Calife de Tabrikt, un monsieur me fait signe d’approcher.  Tout indique par son uniforme, qu’il est mécanicien. Il procédait au changement de la batterie d’un bus tombé en panne.  « Je t’annonce une bonne nouvelle. Bientôt toute cette ferraille sera remplacée par des bus électriques. Déjà à Marrakech une flotte d’une dizaine de bus sont entièrement électriques. Rabat, Casablanca suivront. Un peu de patience ».

C’est sûr que Rabat, capitale du Royaume, finira par avoir ses bus électriques. Son beau tramway est déjà électrique. La question n’est pas là. La question c’est pour quand ?

Des centaines de personnes souffrent de cette situation, notamment Fattah, un  habitant de la rue Abdelmoumene qui a subit plusieurs chimiothérapies dans les dernières années.  Il lutte contre la rémission du cancer en essayant de se donner un mode de vie saint.

Devant la fumée qui monte directement à sa fenêtre, il a pris un jour son courage à deux mains pour s’adresser poliment au chauffeur « Que Dieu vous protège, veuillez SVP arrêtez le moteur, ça fait des heures que je reçois votre fumée jusqu’à ma cuisine ». Le chauffeur a réagit froidement avec la même réponse qu’il donne à d’autres plaignants « Si j’arrête le moteur, je risque de ne plus bouger d’ici.  Allez vous plaindre aux responsables pour qu’ils changent de bus ».  Encore une fois, le nom du même responsable a été murmuré par le chauffeur. Le Calife!

Les habitants d’Abdelmoumene seraient-ils pris en otage dans cette affaire qui oppose les chauffeurs de bus et leurs patrons ? Tout indique que c’est le cas et cela est franchement inadmissible.

Après le tramway, c’est pour quand Monsieur Jamâa El Moâtassim, Président de la Commune de Tabriquet, un transport en commun digne de ce nom dans la capitale du Royaume ?

PS: Dans le vidéo ci-bas, on peut voir et entendre Monsieur Jamâa El Moâtassim se vanter d’avoir modernisé le service public de sa ville.  Un service réservé aux plaintes de citoyens a été établit.  D’après le sérieux des réalisations de la Commune de Salé, tous les espoirs sont permis pour améliorer les Transports en commun entre Rabat et Salé. Mais pour quand ?

Tramway à quelques mètres de la rue Abdelmoumene. Rabat.

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Bus électriques à Marrakech.

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