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Rachida M'Faddel réinvente le vivre ensemble!
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Rachida M’Faddel réinvente le vivre ensemble!

Écrire sur les livres, ce n’est pas mon truc. Encore moins sur les livres que j’aime.

Depuis quelques jours, je cherche les mots pour vous dire combien j’ai aimé le sixième livre de Rachida M’Faddel.  Vous savez, ce genre de mots qui donnent envie d’aller courir à la librairie la plus proche de chez-vous.

Résidence Séquoia m’a accompagné jusqu’à la mer.  À la plage d’Old Orchard où j’ai passé quelques jours, entre marée haute et marée basse, l’action du roman se confondait au bruit des vagues.  Ce livre n’est pas une enquête plate sur les conditions de vie dans un CHSLD, c’est un grand roman qui parle de nous, du Québec d’aujourd’hui.

Le grand talent de Rachida M’Faddel est d’avoir réussi par la littérature là où des commissions parlementaires ont échoué.  Réinventer un vivre ensemble.

Au-delà de leurs différences, culturelles, religieuses et sexuelles, les personnages de Résidence Séquoia sont habités par la même soif, celle de se dire, de se raconter. Chacun à son tour devient objet de curiosité de l’autre.  Mais écouter l’autre, le découvrir dans son humanité propre, c’est aussi prendre le risque par moment d’être choqué.  Dans cette Résidence se sont les chocs qui  attisent davantage les curiosités et alimentent les rapports.

Les chocs dans ce roman deviennent objets de débats, de dialogues, parfois houleux, parfois doux, souvent drôles, mais toujours dans la franchise et l’ouverture. Avec humour et lucidité, l’auteure fait le tour des sujets du vivre ensemble qui secouent le Québec depuis une quinzaine d’années.  Dans une résidence multiculturelle, l’autre devient par la force des choses membre d’une nouvelle famille composée.  La proximité devient une occasion pour lui ou pour elle de rattraper un peu des temps perdus d’où ce sentiment d’urgence de se dire qui domine les 277 pages du livre.

Cela fait dire à Paula, un des personnages les plus attachants du roman, en s’adressant à Shiraz qui vient tout juste de rejoindre la résidence et qui voulait s’isoler dans sa chambre pour se reposer « Ma fille, tu vas avoir le temps de te reposer quand tu vas être morte. Profite donc des jours qui te restent avec nous ».

Profiter du temps qui reste pour remonter le temps, le raconter, le partager et peut-être ainsi faire la paix avec certains passés.  Aucun personnage n’échappe à cet exercice parfois joyeux, parfois douloureux, mais qui s’avère pour chacun hautement libérateur.  À chaque résident, l’auteure redonne une jeunesse, une vie.

À l’occasion du 100ème anniversaire de Marguerite, née en 1913 au Liban, son fils lui rend hommage en racontant la partie glorieuse de la vie de sa mère.  Esther, elle, connaît la partie moins brillante que Marguerite lui avait confiée un jour et n’hésite pas à la raconter dans les détails à ses copines autour de la table.  À la Résidence Séquoia, on ne cache rien de sa vie, ni celle de l’autre, même ce qu’on n’a jamais osé dévoiler à ses propres enfants.

Résidence Séquoia lève le voile sur d’autres tranches de vie aussi passionnantes, celles de Lucie, Rajesh, Shiraz, Esther, Patricio, Isline, Enzo, Chang, Da-Xia et l’incontournable Paula.

Tellement attachante cette Paula que j’ai l’impression de l’avoir déjà croisée en personne quelque part au quartier Villeray ou sur scène.  Ce moulin à paroles me rappelle un personnage de Michel Tremblay. À elle seule, Paula est une pièce de théâtre dans le roman.  Son monologue est savoureux, drôle et parfois décapant.  On dirait un personnage écrit spécialement pour la grande Louise Latraverse. D’ailleurs, à mon avis, une version théâtrale de Résidence Séquoia, ne serait pas une mauvaise idée.

Il y a dans ce roman de Rachida M’Faddel, fruit de six ans de recherche et d’écriture, une matière dramatique assez riche pour produire une adaptation télévisuelle ou cinématographique.

En attendant que le roman soit porté sur scène ou sur écran, faîtes-vous plaisir. Lisez-le et si vous aimez, faites comme moi. Partagez!

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Cliquez pour entendre l’entrevue de Rachida M’Faddel accordée à Radio Canada International 

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