Musique

Perceval, de La Nef : Au pays de Graal

Inspiré d’un texte de l’auteur médiéval Chrétien de Troyes sur la quête du Graal, Perceval marque le retour attendu de La Nef. Une création d’envergure, dans un registre plus festif que les autres spectacles de la compagnie de musique médiévale. Son directeur musical, SYLVAIN BERGERON, nous en dévoile la longue  genèse.

La Nef s’est beaucoup fait désirer depuis son dernier spectacle d’envergure à Montréal: Montségur, la tragédie cathare nous avait laissé un souvenir impérissable. Heureusement, la compagnie musicale revient à la fin septembre, dans le cadre des Radio-Concerts du Centre Pierre-Péladeau, avec un tout nouveau spectacle inspiré d’un texte du XIIe siècle, Perceval ou le Conte du Graal, de Chrétien de Troyes. «La genèse de Perceval a été longue, confie Sylvain Bergeron, son concepteur et directeur musical. L’idée de base était de faire une connexion avec les cathares, une sorte de suite à Montségur. Je me suis intéressé aux Templiers, mais on parlait beaucoup, à ce moment-là, de l’Ordre du Temple Solaire. Ç’aurait pu créer de la confusion. Finalement, tout ça m’a amené à la dimension de l’origine mythique du Graal, et à Chrétien de Troyes. A cause des nombreuses interprétations qui en sont faites, tout le mystère des cathares converge à un moment donné vers le Graal.»

En écrivant son Perceval, Chrétien de Troyes, poète et conteur français, s’est attaqué à la légende arthurienne. Cette rencontre a fasciné Sylvain Bergeron. «Ce qui est merveilleux avec Troyes, c’est qu’il nous propose l’approche du poète français qui s’approprie une légende celtique, en la transposant dans son propre langage. Nous, on a retransposé son texte dans le monde celte, grâce à la musique. Un élément intéressant dans le texte, poursuit Bergeron, c’est qu’il nous emmène carrément ailleurs en Europe. Ça faisait quelques shows qu’on avait chaud! On était en Méditerranée, dans le sud de la France, en Espagne. C’est intéressant pour les couleurs à exploiter, mais, à un moment donné, on a eu envie de changer pour un langage plus harmonique.»

Puisant ses matériaux d’origine dans la tradition orale, le directeur musical de La Nef avait surtout travaillé jusqu’ici les aspects mélodique et rythmique. En utilisant le répertoire traditionnel du pays de Galles, de la Cornouailles, de l’Irlande et de l’Écosse, il a découvert qu’il pouvait en tirer une dimension polyphonique. «C’est plus qu’une harmonisation, c’est un traitement qui s’apparente un peu à la polyphonie de la Renaissance», souligne Bergeron, qui avoue avoir toujours eu une affection particulière pour le répertoire des îles Britanniques.

Musicalement, le Perceval de La Nef est en quelque sorte une création. Plus de la moitié des pièces au programme – au total, environ une vingtaine, divisées en sept tableaux – sont dérivées d’une mélodie originale. L’autre moitié, elle, est complètement originale. Le musicien se méfie cependant du terme «création». «Nous sommes créateurs dans le sens où l’on triture beaucoup la musique, on se l’approprie et on la développe d’une manière personnelle. C’est vrai aussi pour l’ensemble des choix qu’on a à faire relativement à un texte, et comment on met tout ça en scène. Mais nos moyens sont limités; on joue sur des instruments anciens, on ne fait pas du multimédia!» Perceval sera présenté sous forme de récital avec narration, les adaptations des textes chantés et lus ayant été faites par un autre membre fondateur de La Nef, la musicienne et comédienne Claire Gignac. Un travail monstre de sélection, sur un texte comprenant près de 6 000 vers! D’autre part, un concept d’éclairage très élaboré constituera l’aspect visuel du spectacle.

Changement de cap
L’aventure de Perceval vit une progression perceptible au sein de la conception de Sylvain Bergeron. En premier lieu, Perceval apprend des choses, découvre la vie. «C’est une partie assez naïve, jolie, avec des clichés. Mais c’est agréable, c’est tellement rare qu’on fait dans ce style-là!» En deuxième lieu, après la découverte par Perceval du château du Graal, tout change. «Il se passe des choses étranges…», commente le concepteur. Les sept tableaux s’intitulent Dans la forêt perdue, Au château d’Arthur, Au château de Blanchefleur à Beaurepaire, Le Château du Graal, La Jeune Fille et son mort, Perceval à la cour d’Arthur et Le Vendredi saint chez L’Ermite. «En surface, le texte a l’air simple, les personnages sont unidimensionnels. Mais il faut voir, à partir de cette prémisse-là, ce qu’on veut en faire. Nous voulons jouer sur cette équivoque.»

Puisque le thème de la quête du Graal est facilement transposable à toutes les époques, à quel moment se passe celle de La Nef, qui nous transporte habituellement au Moyen Age? «Le parti que nous avons pris est de se dire qu’il s’agit d’un mythe universel et intemporel. Notre premier spectacle, Jeanne la Folle, était plus historique; Montségur se déroulait à une époque précise. C’est tout à fait autre chose ici, parce que c’est complètement ouvert.» Sylvain Bergeron souhaite que le public de La Nef trouve dans son Perceval matière à intérêt, à réflexion, même si le propos paraît léger. «Jusqu’ici, on a voulu toucher les gens en jouant plutôt la carte dramatique que la carte festive, ce qui est plus rare en musique médiévale. Et ç’a marché. Cette fois-ci, on veut toucher aussi, mais d’une autre manière. C’est léger, mais ça pose beaucoup de questions. Il y a deux pôles en quelque sorte. Le texte peut être interprété de tellement de façons!»

Le personnage de Perceval sera chanté par nul autre que l’alto masculin Daniel Taylor, interprète prédestiné pour ce rôle. Claire Gignac, narratrice, flûtiste et chanteuse, interprétera la Veuve dame et la Damoiselle hideuse. Blanchefleur sera chantée par Viviane LeBlanc, qui jouera du psaltérion à archet; et la jeune fille, par Catherine Herrmann, également au dulcimer. Rafik Samman interprétera Arthur et le Roi-Pêcheur, en plus de jouer des percussions. Casey Prescott incarnera le Chevalier Vermeil. Les instrumentistes seront Betsy MacMillan à la basse de viole et au dessus de viole, Robin Grenon à la harpe celtique, Éric Mercier au chalémie, au thin whistle et à la cornemuse; ainsi que Sylvain Bergeron à la guitare ancienne. L’éclairage sera assuré par Sonoyo Nishikawa.

Un premier volume du Perceval de La Nef sera enregistré par la compagnie de disques américaine Dorian, pour parution au printemps 99. Toutefois, il faudra attendre un peu plus longtemps avant la sortie du deuxième volume; le spectacle ayant une durée de près de deux heures, il était impossible de le faire entrer sur un seul CD. Si vous voulez en savoir plus sur La Nef, la compagnie lance son site Internet dès la fin septembre, à l’adresse suivante: http://www.lanef.com Bon voyage!

Le 28 septembre
A la salle Pierre-Mercure
Et en direct sur les ondes de la Chaîne culturelle de Radio-Canada (FM 100,7).

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