Pierre Calvé : Sortir du cadre
Musique

Pierre Calvé : Sortir du cadre

Le chansonnier des mers du globe et des plages ensoleillées revient d’une tournée estivale qui l’a mené aux Iles-de-la-Madeleine, en Gaspésie, à Rimouski, à Québec, des lieux qu’il a cent fois arpentés depuis 1961. L’auteur-compositeur, qui aura bientôt soixante ans, clame ni haut ni fort mais avec modestie: «Depuis deux ans, je n’ai jamais autant eu envie de chanter.»

Ohé! là-bas! Les bateaux sont de retour.

Surgi au tout début de l’époque héroïque des boîtes à chanson, Pierre Calvé a déposé dans notre mémoire collective quelque cent cinquante chansons, dont Le Vent de l’hiver, portée aux nues par Monique Leyrac; Vivre en ce pays, sur laquelle a brillé Charlebois, et, bien sûr, Quand les bateaux s’en vont, coécrite avec Vigneault. L’homme aux yeux doux et aux manières simples est un symbole d’humilité depuis qu’il a débuté aux côtés de Claude Gauthier et de Marthe Choquette à La Piouke, en Gaspésie: «J’ai jamais voulu être le meilleur, le plus fin, le plus grand. En autant que je chante et que des gens viennent me voir, je suis content.»

C’est sa deuxième présence au Studio-théâtre du Maurier de la Place des Arts. «J’ai cru que ça ne reviendrait plus jamais, un public qui s’assoit dans une petite salle pour écouter des chansons, comme dans les années 60. Quand mon album est sorti (douze pièces rééditées dans la collection Les Refrains d’abord), j’ai vu que les gens ne m’avaient pas oublié.»

Pendant vingt ans, on l’avait pourtant perdu de vue. Des problèmes de santé avaient presque eu raison de lui, en 1974, puis l’indifférence à l’égard de la chanson à texte l’avait confiné dans son petit commerce d’encadrement. Mais le succès de l’émission Les Refrains d’abord, à Radio-Canada, et de l’événement La Mémoire des boîtes à chanson, ont ramené le grand navire à la surface.

Engagé à dix-sept ans dans la marine marchande, piqué par le démon de l’aventure, Calvé a parcouru moult contrées et ramené dans ses bagages d’innombrables souvenirs de voyages, qu’il a partagés. Si Brassens a été son dieu – «Mais je ne me suis jamais inspiré de lui pour écrire», se défend-il -, Calvé partage avec Brel l’amour du soleil, des voiliers et de la mer (Vera Cruz et J’irai au Pérou).

Amarré au même port (Saint-Lambert) et au même cour (sa femme, Louise) depuis plus de trente ans, Calvé sait qu’on ne vit pas uniquement de nostalgie. «Je suis revenu sur la mappe mais, pour perpétuer l’intérêt, je dois lancer un nouveau disque. Je compte y arriver d’ici décembre. Sur le plan du style, des thèmes, je poursuis la même ligne qu’en 1961. Je n’ai pas changé ma façon d’aimer la vie, même s’il y a plein de merde autour. (rires)»

Son spectacle puisera dans ses souvenirs de marin, dans ses promenades en scooter au Mexique et en Europe. On y entendra aussi de nouveaux refrains. «J’ai beaucoup de rythmes latins. Ce n’est pas un spectacle triste, ni rétro, même si je chante de vieilles chansons. A l’époque, il y avait souvent un seul extrait par microsillon qui tournait à la radio. Les gens ne connaissent pas tout mon répertoire.»

Son frère Jacques, qui lui a appris à gratter sa six-cordes sur les bateaux, l’accompagnera à la guitare et à l’accordéon; et son neveu, Nicolas, officiera à la basse. «Je me vois avec des cheveux blancs finir ma vie en chantant», annonçait-il en 1967 dans Un pas en Eldorado:

«Oui, c’est encore vrai, mais je ne suis pas sûr qu’il m’en restera encore d’ici là», résume-t-il en me montrant son crâne un peu dégarni…

Les 15, 18 et 19 septembre
Au Studio-théâtre de la PdA
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