Musique

Cake : Tour de magie

En apparence, rien ne destinait Cake au succès: qui s’arrêterait à un groupe utilisant la trompette comme instrument principal et dont le chanteur, grand adepte de chapeaux de pêche, possède le sex-appeal d’un employé des postes? Ça n’a pourtant pas empêché la formation californienne de s’insinuer dans les chaumières avec son deuxième album, Fashion Nugget, propulsé par le hit The Distance, et une excellente reprise du classique disco de Gloria Gaynor, I Will Survive.

Les gars de Cake allaient-ils pouvoir nous refaire le coup? Après quelques changements de personnel marquants (disparition du bassiste et du guitariste), Cake est de retour, avec Prolonging the Magic, un nouvel album qui a failli ne jamais voir le jour, selon le chanteur John McCrea. «Lorsque notre guitariste est parti, juste avant l’enregistrement, j’étais un peu désemparé; mais, finalement, c’est l’événement qui nous permis de faire de Prolonging the Magic un album différent du précédent. J’ai construit l’album à partir de lignes de basse et de batterie, et la guitare est venue ensuite, seulement si l’on en avait besoin. C’était la première fois de ma vie où je ne me sentais pas obligé d’en mettre simplement parce qu’il y avait un guitariste dans le groupe.»

Le paradoxe, c’est que l’on retrouve pas moins de huit guitaristes (et un joueur de scie musicale) sur Prolonging the Magic. «Ce qui compte, c’est le rapport à l’instrument: je ne crois pas à la prédominance de cet instrument dans la musique, et c’est aussi vrai pour la trompette, qu’on associe immédiatement à notre groupe, explique John. Cake est un mélange d’éléments simples qui créent un tout plus complexe; on essaie de réduire l’individualité au profit du groupe.» Autre paradoxe intéressant: Prolonging the Magic est l’album le plus fortement influencé par la musique country, dont l’instrument de prédilection est. la guitare. «Mais pas la guitare rock; dans la musique country, on voit rarement les gens se prosterner devant l’autel de la guitare, c’est un outil utile, sans plus, et c’est comme ça qu’on devrait traiter tous les instruments.»

Si la guitare est un élément fondamental de la culture populaire américaine, que dire de l’automobile? McCrea ne semble pas insensible au pouvoir évocateur de la bagnole puisque depuis les débuts de Cake, l’homme utilise abondamment les métaphores motorisées. De leur premier album, intitulé Motorcade of Generosity à leur grand succès, The Distance, qui racontait l’histoire d’un pilote de course, jusqu’à la première chanson du nouvel album, Satan is My Motor: il y a toujours un char quelque part. «Je n’aime pas vraiment les bagnoles, mais quand tu habites en Amérique du Nord, tu comprends vite que l’adoration de l’automobile a remplacé la religion, explique McCrea. Je trouve ça fascinant de voir qu’on a transformé un simple moyen de transport en symbole de puissance et d’indépendance et, en même temps, que ce soit l’un des facteurs qui contribuent à notre destruction. Lorsqu’on habite, comme moi, une vallée californienne où s’accumulent les gaz d’échappement, on ne peut s’empêcher d’être frappé par cette ironie.» Au fait, John, quel type d’auto conduis-tu? «Je ne suis pas un tripeux de chars, je te l’ai dit. Je suis plutôt du genre pratique: j’ai une Station Wagon Subaru.»

Le 8 novembre
Au Spectrum