Rhythm Activism : La vie en rose
Musique

Rhythm Activism : La vie en rose

La pochette montre un Christ souriant, sur fond rose, et porte un titre en forme de slogan potache: Jesus Was Gay, le plus récent disque de Rhythm Activism, a de quoi faire sourire, mais peut-il vraiment choquer? Apparemment, oui, si l’on en croit Norman Nawrocki, chanteur et violoniste du sympathique collectif d’anarchistes musicaux montréalais. «On pensait avoir de la bonne publicité en ayant Jésus de notre bord, mais ça n’a pas été facile jusqu’à présent, confie-t-il. Notre compagnie de disques (G7 Welcoming Committee, basée à Winnipeg) a eu toutes les misères du monde à trouver un imprimeur qui accepterait de s’occuper de la pochette. Pourtant, on avait téléphoné à Dieu, et on lui avait demandé s’il avait une bonne image de son fils. Il a réussi à dénicher cette rare photo où Jésus était dans un bon mood. Il était ben d’accord avec ça, parce que ça va bien avec son message d’amour, de joie et de tolérance. On a oublié la vraie histoire de Jésus: les chrétiens ont toujours été trop portés sur la souffrance et la peur, et ils ont fini par oublier le plus important.»

A entendre la pièce-titre, Norman et ses amis n’ont aucun problème à concilier plaisir et contenu. Sur un fond de country endiablé (qui se transforme vite en jam jazz avant de laisser la place à deux chanteuses gospel), le chanteur raconte l’histoire d’un Jésus moderne qui arbore un tatouage où l’on peut lire «Aimez votre frère, amen», et qui décide d’ouvrir un bar gai en plein cour de l’Alberta. Un peu facile, il faut le dire, mais diablement efficace. «Je ne pense pas que ce soit un geste inutile, lance Norman. T’as lu l’article de Luc Boulanger sur l’affaire Matthew Sheppard? Le monde est encore plein d’hypocrisie et de préjugés qui se transforment trop souvent en haine et en violence. Nous, on veut briser le silence et répondre à l’intolérance par l’humour et l’amour; c’est ça, l’esprit du disque.»
Depuis treize ans, Rhythm Activism a produit une quantité impressionnante de disques et de cassettes de styles musicaux variés, allant du punk à la musique traditionnelle d’Europe de l’Est, et a abordé des sujets divers, du bien-être social à révolution zapatiste. Connus des réseaux underground à travers le monde, ils demeurent malheureusement méconnus dans leur ville natale. Dans les milieux populaires, par contre, ils font figure de héros: leur dernier spectacle, Le Cirque en ca$h, était un mélange de cirque et de cabaret absurde sur le thème de la pauvreté, qui fut présenté gratuitement dans les quartiers les plus pauvres de Montréal avec un succès retentissant. Avec Jesus Was Gay, Nawrocki et ses complices (Sylvain Côté aux guitares et à l’accordéon, Luc Bonin à la basse et Wilf Plum à la batterie) poursuivent l’idée de l’art comme agent du changement social. Nawrocki se fait sombre et introspectif sur In the Darkest Hour, drôle et grinçant sur Ronald Fucking McDonald, et carrément inspirant avec Helen Armstrong, un morceau écrit en hommage à cette héroïne de la grève générale de Winnipeg en juin 1919. Mais ce qui distingue Rhythm Activism des autres musiciens engagés (qu’on pense à Consolidated ou à Propaghandi, par exemple), c’est qu’ils soient aussi divertissants qu’efficaces. «On veut la liberté et la justice, mais on veut aussi fêter et danser, lance Norman. On vit une époque difficile où il est de plus en plus ardu d’avoir du plaisir; et en intégrant notre message politique à notre musique et à nos performances, on essaie d’injecter un peu d’espoir. Bien sûr, il faut descendre dans la rue et changer le monde, mais il faut le faire avec le sourire. Quoi de plus plate que de crier "so-so-so-solidarité"? Nous, on veut danser vers la grande révolution sociale.»

Le 4 décembre
Au Petit Campus

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