Musique

Scène locale : Projet : Orange

Malgré toutes les critiques formulées à l’endroit de L’Empire des Futures Stars, il reste que le jury du concours a couronné un groupe vraiment solide et rempli de promesses. Projet : Orange, de Québec, méritait amplement les honneurs qui lui ont été décernés: première place du concours, meilleure chanson avec Air malin et meilleur musicien en la personne de Steeve Nadeau. En fait, en discutant avec lui, le chanteur-guitariste Jean-Christophe Boies m’a aidé à élucider un mystère: c’est que Nadeau, lors des préliminaires et des demi-finales, était aussi guitariste avec une autre formation finaliste, Vénus III, également de Québec, et juste avant les finales, il a quitté Projet : Orange pour se concentrer sur Vénus III (une décision de cour, paraîtrait-il…). Et pour ajouter à cette histoire quasi incestueuse, les deux formations partageaient le même local de pratique! «Le départ de Steeve nous a un peu déstabilisés. Je ne croyais pas qu’on allait être prêts pour la finale. C’était une situation à la fois délicate et sympathique: car malgré des tensions très subtiles, comme on se connaissait tous, c’était comme être dans notre local à faire un party! Et de toute façon, juste le fait de se retrouver en finale, tout le monde était gagnant.»
Malgré la hype de L’Empire, c’est le 11 février, au Petit Campus, en compagnie de Catherine Durand, que Projet : Orange entamera «vraiment» sa carrière montréalaise. Et ça, Jean-Christophe en est très conscient: «Il n’y a rien d’acquis, tout reste à faire. On devient plus autonome, c’est à nous de défricher le terrain et de faire en sorte que les gens aient des oreilles pour Projet : Orange. Et je te dirais qu’à partir de maintenant, les gens vont vraiment connaître le vrai son du groupe; notre show est plus intense que ceux qu’on a faits pour L’Empire. Parce que c’est certain qu’on a adapté certaines chansons en fonction des besoins du concours… Là, on les a rhabillées dans leur forme originale. C’est plus texturé, et on prend plus notre temps pour installer les atmosphères. Parce que continuer à travailler nos pièces comme on l’a fait pour L’Empire, moi, ça ne me branche pas du tout…» Avec une attitude comme celle-là, ça promet…

Retour sur Les Francouvertes
Cette année, Les Francouvertes font résolument preuve d’une grande ouverture d’esprit musical. En fait, durant la dernière demi-finale, lundi dernier, au Zest, on avait l’impression d’assister à trois concours en même temps: on se serait cru au 2 Hot 2 Handle grâce à la formation hip-hop Apogée; à L’Empire, grâce au rock de Gwenwed; et au Polliwog, grâce à la mixture corrosive de Délirium Circus! Cette orgie de styles est peut-être stimulante, mais elle rend la décision du jury public et professionnel (dont je faisais partie) d’autant plus difficile. Finalement, après avoir vu les six groupes demi-finalistes, les notes furent compilées et les trois finalistes ont été annoncés par Richard Gauthier (ex-French B), président du jury professionnel. Le 8 février, c’est donc Apogée, Gwenwed et Le Quartier des papillons souterrains qui se disputeront l’impressionnante liste des prix. Je vous en reparle la semaine prochaine, mais je peux tout de suite vous dire que ça ne sera pas évident à départager. Heureusement que je ne suis pas sur le jury pour la finale…

Ca tape trô pour les faux
Une des différences entre le rap commercialisé et celui de l’underground, c’est que dans l’underground hip-hop, les choses se font simplement, par nécessité et souvent pour le seul plaisir de l’expérience. Mais il arrive parfois que des vocations naissent, et que l’expérience mène à une envie d’avancer toujours plus loin. Parlez-en à Malik, initiateur du projet Ça tape trô pour les faux, une cassette réunissant des gens comme Jayhar da big fella, Don Camillo de Royal Hill, R.D.P.izeur, Sans Pression, Traumaturge, Hôparleurs, O.s.i.r.i.s., South Squad et Fang sur les beats. «J’écoutais du rap montréalais chez nous, et j’aimais vraiment ça. Un matin je me suis levé et j’ai décidé d’y participer moi aussi. Avec mon frère et les amis autour pour m’aider, j’ai réussi à rassembler tous les artistes sur la cassette, et là on va faire un show avec.»

«Avec un ami, on avait cette expression-là pour niaiser du monde qui se pensait bon à notre école, lorsqu’ils ne pouvaient pas comprendre quelque chose parce que c’était trop fort pour eux mentalement. On leur disait: "Oublie ça, t’es trop fake, ça tape trop pour les faux." Cette cassette-là, c’est des moments de vie, des vibrations, une épopée…» Le 5 février, au Club Soda, l’épopée continue: D-Shade de Shades of Culture jouera les M.C. pour présenter les participants de cette cassette (qui sera en vente le soir du spectacle), plus quelques autres comme Apogée, Ravette, Caporal MC, Le Bloque, ainsi que plusieurs D.J. (Devious, Blast, Cykel, Snakeyes, Tidal, Nabe et Faba J) qui participeront à une compétition amicale. Pour les «vrais» seulement…

Eve Cournoyer
En voilà une qu’il faudra surveiller, si je me fie aux cinq petites pièces que j’ai écoutées sur le CD démo. De la chanson à géométrie variable, des textes sensibles chantés avec simplicité et fraîcheur, et un refus des conventions qui intrigue. Elle présentera un premier spectacle aux Folies Sarajevo (2074, rue Clark), le 10 février, avec son groupe formé de trois musiciens d’expérience: son complice Marc Gendron (ex-Bundock) à la guitare, Jean-François Houle (ex-Possession Simple) à la basse, et Michel Dufour (Les Colocs). Elle compte s’y installer pour quelque temps, question d’explorer différentes avenues. L’entrée est gratuite mais on y passera le chapeau en vous demandant en même temps de leur proposer un nom de groupe. Pour l’instant c’est Eve et son Marco Band. Vous voyez pourquoi elle a besoin de vos suggestions…

gazelle
L’ex-chanteuse du groupe anglophone Tulip, Cheryl Sim, et le guitariste Peter Soumalias arpentent les bars et les lounges de Montréal depuis trois ans. Ayant perdu leur batteur, et pris d’un spasme de modernité soudain, ils se sont procuré clavier et ordinateur et ont accouché de ce qu’ils appellent du «lounge électronique urbain» sous leur nouveau nom: gazelle. Un premier album intitulé In Flight sera lancé le 9 février, au Jaï Bar (3603, boulevard Saint-Laurent), avec un spectacle à 21 h pour célébrer le tout.

à souligner
– Cette semaine sur Scène Sonik (www.voir.ca), découvrez la formation Projet : Orange, les gagnants de la dernière édition de L’Empire des Futures Stars.

– Une petite visite au Club Soda, le 6 février, vous permettra d’apprécier la musique de Volume 10, Les Martiens et La Cage de bruits (de Danielle Richard), dans le cadre d’une autre soirée Sub Soda.

– La troisième édition du Montreal Hip Hop Lounge se déroulera à L’Air du temps (191, rue Saint-Paul Ouest) avec six groupes, rappeurs ou poètes en première partie, et la formation Organiks (fruit du mélange du jazz actuel de [iks] et du MC Dice B) en deuxième partie. Le 7 février, à 7 h, pour 7 $!

– L’auteur-compositeur-interprète Sylvain Lippé se pose la question: «Jusqu’où mène la chanson?», les 6 et 7 février, à La Petite Licorne.

– Du métal à L’X, le 6 février, avec Crisis, Aphasis et Nein Creed.