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Musique

Caféïne/Bionic : French kiss

Les formations montréalaises BIONIC et CAFÉINE partageront la scène du Cabaret, le 19 février. L’occasion était trop belle de réunir les deux leaders, histoire qu’ils fassent connaissance, et que l’on puisse discuter des caractéristiques des scènes anglophone et francophone, qui ne se croisent que trop rarement.

Le rendez-vous était à 13 h. Jonathan Cummins, de Bionic, arrive à 13 h 15; Xavier de Caféïne à… 14 h 20! Ah les rock stars… Ça commence bien… Séance de photo devant les locaux de Voir, rue Saint-Denis; le premier contact est établi.
De retour à l’intérieur, on commence par écouter une chanson de Caféïne: «Ça me fait penser à Paper Route, commente Jonathan. Tu les connais?»

«Non.»

«C’est un peu comme du Stiff Little Fingers mais en plus pop, genre The Cars, Elvis Costello ou The Buzzcocks… J’aime bien…»
Bon, c’est maintenant au tour d’une pièce de Bionic: «J’ai déjà entendu cette chanson à CISM, dit à son tour Xavier. C’est un son vraiment puissant. Où avez-vous enregistré?»

«On a gagné le concours de CHOM L’Esprit, répond Cummins, alors on a eu du temps de studio à Morin Heights. Mais je trouve le son trop compressé, on n’a eu que quatre jours pour enregistrer… Mais c’est correct comme ça.»

«Nous également on a fait notre disque après un concours; on avait gagné quarante heures d’enregistrement, mais on n’a pas pu choisir notre studio… Sinon, j’aurais bien aimé sonner comme ça…»

J’ai oublié de vous dire que l’entrevue se faisait en anglais puisque Jonathan ne parle ni ne comprend le français… Same old story…

– Quand on vous dit groupe anglophone ou francophone, qu’est-ce qui vous vient en tête spontanément?

«Quand je pense au groupe francophone montréalais typique, commence Jonathan, j’imagine des chansons de dix minutes, qui baignent dans le progressif avec un petit bout rappé et des guitares métal. Rien qui ressemble à Caféïne en tout cas…»

«Moi, quand je pense au groupe anglophone typique, continue Xavier, je vois une gang d’indie nerds au Croissant royal, sur Saint-Laurent, qui discutent du dernier Sebadoh ou de Dinosaur Jr…»

– Avez-vous un public exclusivement anglophone ou francophone?

«De notre côté, répond Cummins, on a toujours eu une très bonne couverture de la part des médias francophones; mais du côté anglophone, bizarrement, ce n’est pas aussi évident; Hour a toujours été très correct avec nous, mais au Mirror, comme je suis journaliste là (sous le nom de plume de Johnson Cummins), ils n’ont jamais vraiment voulu nous appuyer… Ils nous ont gratifiés de notre pire critique de l’album, alors… Et quant à la radio, il a toujours fallu appeler une station anglophone comme CKUT pour avoir une entrevue, alors que CISM nous sollicite pour en obtenir… Alors il y a quand même pas mal de francophones à nos spectacles.»

«En ce qui nous concerne, il y a très peu d’anglophones à nos spectacles, continue Xavier. Il y a peut-être cinq ou six anglos qui reviennent à chaque fois, mais c’est tout… D’ailleurs, on n’a jamais aucun support de la part des médias anglophones comme le Mirror ou Hour. On a envoyé notre disque et nos communiqués de spectacles: pas une seule ligne n’a été écrite! On n’exige pas qu’ils disent qu’on est des dieux, mais simplement qu’on existe… Ceci dit, s’il ne veulent pas, on leur dit fuck you, c’est tout!»
«Il y a comme une réticence automatique de la part des anglophones lorsqu’il s’agit d’aller voir des groupes francophones, renchérit Jonathan. Dès qu’ils savent que c’est un groupe qui chante en français, ils n’en n’ont rien à foutre. Il faut presque obligatoirement qu’ils y soient amenés par des amis, sinon ils sont sûrs que ça va être plate. Ils s’arrêtent à la langue et ne font même pas la différence entre les styles de musique. Ils croient qu’Overbass et Les Secrétaires volantes c’est du pareil au même.»

– Est-ce que la langue est un facteur déterminant dans l’évolution d’un groupe?
«Ne serait-ce qu’à cause de la langue, répond Jonathan, l’évolution de la scène francophone est restreinte par nature. Une fois qu’un groupe est assez fort au Québec, il va aller faire une dizaine de spectacles en France, et après… Nous, on a pu jouer un peu partout, notre album devrait même être distribué au Japon! Alors on n’en a rien à foutre de la scène locale. On n’a pas envie de devenir les rois de la scène locale, on a joué plus souvent à Toronto qu’à Montréal. Si on était un band francophone, ça me ferait freaker, j’aurais peur de plafonner trop rapidement.»

«Je suis très conscient de ce problème, rétorque Xavier; mais de toute façon on a aussi quelques chansons en anglais. J’écrivais en anglais avant d’écrire en français, les deux me sont naturel. Parce que j’ai aussi envie d’aller en Europe, ou à New York, et à Chicago… C’est aussi pour ça qu’on monte un groupe: pour voyager. Je crois que le truc pour un groupe francophone qui veut jouer sur le marché américain, c’est qu’il soit encore plus arrogant, conscient de son potentiel et qu’il le laisse paraître; ils aiment ça.»

«De plus, il y a un courant de sympathie en ce moment pour la pop française aux États-Unis. Ils trouvent ça exotique…», ajoute Cummins.

– Mais il y a tout de même des désavantages à chanter en anglais au Québec. Des événements majeurs comme les FrancoFolies ou le Festival d’été de Québec ne seront jamais pour vous.

«C’est certain, répond Jonathan. De plus, si on chantait en français, je peux t’assurer qu’on aurait un clip depuis longtemps… On a fait plein de demandes de subventions et on a toujours été refusé. Le réalisateur Bruce McDonald avait même accepté de le réaliser! Le problème, c’est qu’on est un groupe rock anglophone; si on faisait du hip-hop en français, tu peux être sûr qu’on aurait trente mille dollars sur la table. Mais, d’un autre côté, un groupe francophone n’aurait jamais pu faire la première partie de Kiss comme on l’a fait au Centre Molson. Parce que, dans la logique de DKD, même si un groupe francophone avait eu plus de fans que nous, ils ne l’auraient pas engagé. Parce qu’ils n’ont pas l’habitude de mélanger les deux langues dans une même soirée.»

– Que peut-on faire pour contrer le clivage des deux scènes?

«La première chose qui attirera les anglophones aux shows francophones, c’est que le groupe ne donne pas dans le progressif… répond Jonathan en riant. Sinon, le fait de mélanger les deux publics en ayant des groupes des deux langues, comme notre soirée au Cabaret, le 19 février, ça ne peut que montrer aux deux publics qu’on n’est pas des indie nerds, et que Caféïne n’est pas un groupe de métal-progressif!»

Le 19 février
Au Cabaret
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