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Musique

Normand Guilbeault : Métis sage

Au mois de mai dernier, à l’occasion du Festival international de musique actuelle de Victoriaville, nous vous parlions de Riel, la plus récente création du jazzman montréalais Normand Guilbeault. Cette semaine au Lion d’or, Guilbeault et ses musiciens reprendront cette ouvre ambitieuse qui mêle musique écrite et improvisation, chansons traditionnelles et envolées oratoires, politique et poésie en un vibrant hommage au leader politique et spirituel de la nation métisse. «C’est une sorte d’opéra dans lequel le lead ne chanterait pas!» rigole Guilbeault, faisant allusion au rôle de premier plan joué par le délirant François Gourd, chargé de réciter et d’interpréter les nombreux textes qui servent de trame aux vingt tableaux que compte l’ouvre.

A l’origine, Riel aurait dû être une pièce entièrement musicale, jouée par l’ensemble habituel de Guilbeault; mais plus ce dernier avançait dans son travail, plus il était clair que le sextette ne suffirait pas à la tâche. Le nombre de musiciens invités (Jean Derome, Pierre Tanguay, Tom Walsh, Lou Babin, et autres) croissait au même rythme que la masse d’informations qu’il accumulait sur son sujet. «Quand j’ai découvert la quantité d’écrits que Riel a laissés derrière lui, le texte s’est vite imposé, et il est carrément devenu le moteur de la pièce», explique Guilbeault, attablé devant une tasse de café que son discours continu l’empêchera de vider.
Bien que l’intention de l’auteur soit clairement annoncée par le sous-titre (Plaidoyer musical pour la réhabilitation d’un juste), Guilbeault tenait avant tout à remettre quelques pendules à l’heure en donnant un portrait honnête du héros métis. «Le problème avec l’histoire de Riel, c’est que les créateurs qui s’y sont intéressés l’ont toujours abordée de façon romantique, en oubliant certains des passages les plus significatifs. On le présente toujours comme une espèce de mystique un peu détaché de l’Histoire, et ça m’a toujours frustré, parce que j’avais l’impression qu’il manquait des morceaux. C’est pour ça que j’ai fait autant de recherches: je voulais des faits, présentés avec une chronologie claire et précise, pour que les gens puissent se faire une meilleure idée du personnage.» Lors de la première, Guilbeault avait laissé à ses deux orateurs principaux, François Gourd et Bob Olivier, le soin d’improviser certaines parties de leur texte. Depuis, il a rectifié le tir et retravaillé les textes, laissant aux seuls musiciens le loisir d’improviser à l’intérieur de quelques tableaux.

Présenté en grande première au dernier FIMAV, Riel n’a malheureusement été jouée qu’une autre fois depuis (à Halifax), en raison des problèmes logistiques inhérents à la présentation d’un tel projet. «Avec quatorze personnes sur scène, sans compter les techniciens et le projectionniste Benoît Fauteux, c’est plutôt difficile de trouver le bon moment pour réunir tout le monde.» Il faut dire que Riel est une ouvre taillée sur mesure pour ses interprètes, et que Guilbeault n’envisage pas de la confier à qui que ce soit d’autre. «J’ai pensé à ces gens-là dès l’étape de l’écriture. Ils sont tous d’incroyables créateurs. La plupart sont des improvisateurs expérimentés qui n’ont pas besoin de dessin pour comprendre où je veux en venir; et ils apportent beaucoup d’eux-mêmes à la musique.» 

En effet, ces musiciens, pour la plupart issus des milieux du jazz et de la musique actuelle, semblent tout à fait à l’aise dans ce condensé d’airs d’époque (marches militaires, tambours et chants autochtones, reels et gigues) qui est à Guilbeault ce que Trésor de la langue fut à René Lussier. A défaut de pouvoir présenter son opus magna aux quatre coins du pays, le compositeur profitera du concert de cette semaine pour le coucher sur disque. Mais il lui reste encore un rêve: «J’aimerais bien aller présenter Riel au Manitoba et un peu partout à travers le Canada, mais les obstacles sont nombreux car, étrangement, c’est encore un sujet délicat. J’ai confiance, cependant, qu’un jour, Riel sera enfin réhabilité et reconnu pour ce qu’il est vraiment: un grand démocrate et un juste.»

Les 20 et 21 février
Au Lion d’or