

RudeLuck : Funky Family
Claude Côté
«C’est certain que Pour le meilleur et pour le pire, notre plus récent disque, même s’il est sorti il y a presque un an, on l’assume encore, on le vit encore. On reste toujours fidèle à notre mandat, celui de faire du groove.» Rudy Toussaint n’avait pas besoin de nous rassurer ainsi. RudeLuck, rappelons-le une autre fois, gagnant de L’Empire des Futures Stars en 1993, est complètement imprégné de ce groove qui atteint là où ça fait du bien.
Si Pour le meilleur… a toutes les qualités de sophistication dans sa facture, il a toutefois perdu un epu de sa hargne. Un album en anglais (Two) sert de lien entre le premier et celui-ci, tandis que Luck Mervil s’est permis, de son côté, l’aventure d’un disque solo. Cette fois, Mervil a laissé couler les mots de Serge Fiori (Un musicien parmi tant d’autres) dans Solitude dans la foule. De Bob Marley (Get Up, Stand Up) dans Révolution. De MC Solaar dans une autre. S’il a débusqué tout ça, c’est pour faire passer ses messages dans une poésie urbaine pas comme les autres. Une poésie d’urgence. Avec le poids de ses mots.
On pourrait penser que Rudy Toussaint se morfond en attendant que Mervil en finisse avec la galère à Plamondon afin de réintégrer le véhicule funk-hip-hop-reggae-ra-ra – et quoi encore! – qui l’a propulsé. Que les doigts sur son clavier lui démangent. Oh, que non! Toussaint est le chef d’orchestre de l’émission Les Choix de Sophie à Télé-Québec. Il est, inévitablement, dans la business de l’éphémère. Deux mondes, entre la création dans son studio chez lui et la rigueur quotidienne du talk-show.
«On n’avait pas fait de show depuis cet été jusqu’à il y a trois semaines, alors que Luck est sorti de Paris pour nous rejoindre à Chamonix, où nous avons fait équipe avec Les Funkaphones qui nous accompagnaient. C’était tout simplement délirant. On était, Luck et moi, comme deux bêtes de scène! C’est ben l’fun, Notre-Dame de Paris, mais on sentait que Luck avait hâte de jouer du RudeLuck. On se sentait dans nos bons vieux souliers», de confier Rudy, également sonorisateur occasionnel des Mercredis blues au Café Campus. «Et les Français, de poursuivre Toussaint, connaissent les paroles de Pour le meilleur… par cour! Pourtant, l’album sort là-bas seulement dans quelques jours.»
«Nos influences, on ne va pas les chercher consciemment. C’est plutôt en écoutant, par exemple, Busta Ryhme dans un bar que je vais allumer et me dire: "C’est quoi ce beat-là?" Maintenant, il y a toutes sortes de façons de groover. J’aime beaucoup le nouveau Usher et ça pourrait même un jour influencer RudeLuck.»
Questionné sur le phénomène hip-hop en ce moment au Québec: «Je ne suis pas sociologue, mais j’ai une petite théorie là-dessus: les parents ont tous écouté du rock. Il faut que leurs enfants trouvent une autre musique pour les faire chier! Ça se résume à ça…»
Le 4 mars
Au Spectrum