

Compay Segundo : Cuba libre
Lelièvre Denys
Le jazz américain de la fin des années 40 nous avait déjà initiés aux rythmes afro-cubains. Depuis peu, c’est la musique cubaine que nous découvrons dans toutes ses couleurs: son histoire, ses styles variés, ses grands créateurs. Toute la planète vibre désormais pour une musique née pour l’essentiel à Santiago de Cuba. Cet engouement a atteint son sommet avec la parution de Buena Vista Social Club. Compay Segundo était l’une des voix majeures de ce projet, sa venue à Québec constitue un événement.
Francisco Repilado, de son nom véritable, porte le surnom de Compay Segundo depuis les années 40 alors qu’il formait, avec Lorenzo Hierrezuela, le duo Los Compadres. «Compay» signifie «camarade» et «Segundo» réfère au fait que Repilado tenait la «voix seconde», celle de l’harmonie.
Oublié du continent durant des décennies, sa renaissance est antérieure au succès de Buena Vista Social Club. Dès 1991, la musicologue Danilo Orozco conduit Repilado à l’Institut Smithsonian de Washington. Il s’y produit au Festival des cultures traditionnelles américaines. En 1994, il participe, à Séville, à la première Rencontre du son et du flamenco. Genre musical originel, le «son» semble avoir suivi un trajet analogue à celui du jazz: forme primitive très folk, libération progressive de l’harmonie, influences parfois du gospel, du blues, du ragtime. En 1998, avec Buena Vista Social Club, c’est la consécration.
Sur un disque enregistré en Espagne et paru chez Warner en 1998, Lo Mejor de la Vida, Segundo poursuit le travail de propagation amorcé sur Buena Vista Social Club. Il tente de faire redécouvrir le «son», ce style fondateur dont dériveront tous les autres à partir des années 20. Par des hommages fréquents à des artistes qui ont marqué l’histoire de la musique cubaine _ Benny Moré par exemple _, Segundo maintient vivace une mémoire collective.
Des séjours récents en Espagne ont amené Segundo à constater de façon plus précise l’influence de la musique hispanique dans l’élaboration du «son». Sur Cuba y Espana, rencontre entre la musique cubaine et la musique espagnole, il reprend humblement son rôle de voix d’accompagnement afin de se livrer à des échanges émouvants avec plusieurs des grandes voix de la musique espagnole actuelle tel Martirio qui interprète un flamenco des années 50. «Si je me perds, que l’on me cherche en Andalousie ou à Cuba» disait Federico Garcia Lorca Compay; Segundo effectue à rebours le trajet parcouru par le poète. Il lui rend d’ailleurs hommage en mettant en musique un extrait de Negros en Cuba.
Au tour de Québec d’accueillir cette légende vivante qui jusqu’à tout récemment, se produisait sous le nom de Compay Segundo y sus Muchadis, une formation d’au moins quatre musiciens. En première partie, Robert Michaels, guitariste canadien jouant du flamenco-jazz, et que l’on dit très prometteur.
Le 1er avril
Au Théâtre Capitole
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