Concerto barocco
JOËL THIFFAULT dirige l’Orchestre baroque de Montréal pour Alcina, une ouvre de Haendel. Un tournant pour la formation qui fête ses dix ans et qui s’ouvre à l’opéra et au répertoire vocal.
L’opéra baroque étant une chose rarissime chez nous, la présentation d’Alcina de Haendel par l’Orchestre baroque de Montréal risque de bousculer un peu les habitudes du public. C’est que le directeur artistique de l’OBM, Joël Thiffault, est un musicien exigeant, toujours en quête d’authenticité et d’expressivité dans son répertoire de prédilection. D’autre part, Alcina, que nous entendrons en version concert, souligne les dix ans de l’OBM, qui s’était jusque-là concentré sur le répertoire instrumental.
Plein chant
Mais est-ce qu’Alcina est vraiment présenté comme un événement 10e anniversaire? «Oui et non, répond Joël Thiffault. C’était dans la suite normale des choses. Nous avons fait plus de cinquante symphonies de Haydn, pas mal de symphonies de Mozart, nous avons même commencé à faire des symphonies romantiques et, bien sûr, une grande partie du répertoire instrumental baroque. Nous nous sommes peu occupés de la musique vocale mais j’aimerais que nous en fassions de plus en plus.» Thiffault est attiré par la richesse incroyable du répertoire vocal baroque, ainsi que par sa théâtralité, une notion qui a toujours été chère au directeur artistique. «Je m’entends comme larrons en foire avec les chanteurs. Ce sont des gens avec lesquels c’est tout de suite très facile. Ce sont des natures généreuses, qui ont le sens du théâtre.»
Le chef d’orchestre et claveciniste se dit très satisfait de la distribution d’Alcina, et son enthousiasme est apparent. On retrouve la soprano Monique Pagé dans le rôle-titre, la mezzo-soprano Paula Rockwell dans celui de Ruggiero, la soprano Hélène Fortin en Morgana; la mezzo-soprano Renée Lapointe incarnera Bradamante, le ténor Hugues Saint-Gelais sera Oronto, la basse Simon Fournier chantera Melisso, et la soprano Chantal Lambert, Oberto. «Je suis sensible à leur ferveur, ils sont tellement présents», témoigne encore Thiffault. Depuis un moment, les chanteurs travaillent l’ouvre en détail avec le chef, afin d’être prêts lorsque les répétitions avec orchestre commenceront.
Art lyrique
Il faut dire qu’Alcina est aujourd’hui un des opéras les plus appréciés de Haendel, même s’il a connu une très longue période d’oubli. Son intrigue, complexe et pleine de rebondissements, et surtout sa richesse musicale le rendent admirable aux yeux des amateurs d’opéra baroque. «C’est La Mecque, pour les chanteurs! s’exclame Joël Thiffault. Je n’ai pas de mérite à être enthousiaste. S’il y a une musique passionnée, c’est bien celle-là. Haendel a été le premier à écrire à ce point pour de grandes voix. Le concept même de mettre les voix en valeur, c’est chez Haendel qu’on le retrouve d’abord. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’est pas écrit d’ouvres vocales extraordinaires avant, bien sûr.»
Outre l’expressivité, essentielle dans ce type de répertoire, Joël Thiffault recherche également l’équilibre. «C’est toujours une question de dosage, et en musique baroque, le dosage est presque une notion antinomique, puisque les passions y sont exacerbées. C’est la boursouflure de tout un monde émotionnel qui va finir par éclater. Et à l’opéra, c’est d’autant plus fort. Alors la question de l’équilibre est très importante.» Une fois l’expérience d’Alcina terminée, Joël Thiffault se plongera dans d’autres partitions dont le public montréalais pourra bénéficier la saison prochaine. Déjà, La Clémence de Titus de Mozart est au programme de la saison 1999-2000 de l’OBM, et d’autres projets lyriques sont en marche.
Le directeur artistique est-il satisfait des progrès de son orchestre? «Ce qui me satisfait, c’est la musique que je fais», déclare Thiffault sans détour. Après dix ans à la tête de l’Orchestre baroque de Montréal, il n’exprime qu’un constat: «C’est ma nourriture!»
La version concert d’Alcina de Haendel, sur instruments d’époque, prendra l’affiche les 6 et 7 mai prochain à la salle Pierre-Mercure, à 19 h 30. Joël Thiffault dirigera le chour et l’Orchestre baroque de Montréal.
Le pianiste et compositeur André Ristic
en spectacle au Théâtre La Chapelle
Le pianiste et compositeur québécois André Ristic est bourré de talent, débordant d’imagination, plein d’humour. À 26 ans, il amorce une carrière prometteuse sous plusieurs aspects. «Un de mes buts dans la vie, annonce Ristic, c’est de faire beaucoup de choses. Le meilleur moyen d’y arriver, c’est de faire les choses petit à petit, en se reposant souvent.» Pas d’humour ici de la part du musicien. En fait, il est déjà conscient de la nécessité de prendre le temps d’assimiler les choses, de se détendre. Toutefois, les journées d’André Ristic sont bien remplies. Son travail musical ne l’empêche pas d’étudier à temps partiel en mathématiques et en physique. Récemment, il fondait, avec deux autres musiciens, le Trio Fibonacci, qui se consacre au répertoire contemporain.
Son prochain concert à Montréal, au Théâtre La Chapelle, est une sorte d’expérimentation sur les claviers, d’après une idée du compositeur Sean Pepperall. Intitulé ristic claviers, claviers ristic, le concert met en scène deux autres instrumentistes, Karoline Leblanc et Jacynthe Riverin, qui toucheront tour à tour le piano, le clavecin et le synthétiseur. Ce «laboratoire de recherche musicale d’avant-garde autour des claviers» nous fera entendre une grande quantité d’ouvres, puisque l’événement est échelonné sur trois concerts, chacun présentant un programme en partie différent. «Ça fait pas mal de notes!» s’exclame Ristic, qui s’en amuse. Le clavecin seul, le piano seul, le piano quatre mains et la combinaison piano, clavecin et synthétiseur sont utilisés. Onze créateurs sont au programme, soit André Ristic lui-même, Paul Frehner, Serge Provost, Sean Pepperall, André Villeneuve, Jean Lesage, Alain Beauchesne, Marc Hyland, Francis Ubertelli, Silvio Palmieri et Dominique Lupien. «C’est un programme très varié, et je dirais que chaque concert a sa caractéristique, sa couleur.» Une règle y prévaut: les ouvres en création seront jouées dans le cadre des trois concerts.
Bien qu’André Ristic soit d’abord connu comme pianiste, les ouvres de son cru que nous entendrons au Théâtre La Chapelle sont écrites pour clavecin, un instrument qu’il chérit particulièrement, et qu’il a étudié avec Mireille Lagacé. «Mes premières pièces, je les ai écrites pour clavecin. Je suis très proche de cet instrument, je trouve qu’il a une sonorité très moderne.» Comme compositeur, Ristic a une personnalité très affirmée, qui se veut un savant mélange d’humour, d’optimisme et de réalisme. Ses influences sont nombreuses et, surtout, variées… «La dernière année où j’ai étudié au Conservatoire, j’ai commencé à m’intéresser à la musique populaire. Je l’ai fait à titre d’analyste, en me disant que si tant de gens se reconnaissaient là-dedans, c’est qu’il devait y avoir quelque chose d’intéressant. J’ai commencé à isoler ça, et à travailler là-dessus en composition. Dans mes pièces, il y a souvent des références. J’ai une position assez cynique par rapport à ce qu’on appelle la musique d’ascenseur, mais, en même temps, ça m’intrigue. En fait, je fais ça avec beaucoup d’humour!»
L’esprit d’André Ristic est tout entier dans ce commentaire curieux; les oreilles ouvertes, avide de comprendre son environnement sonore, le musicien se considère toutefois plutôt comme un interprète qui compose que comme un compositeur qui joue. «Ça pourrait changer, j’imagine», déclare-t-il. Ces temps-ci, en plus de la préparation de cet événement considérable, Ristic se consacre beaucoup au Trio Fibonacci. En tournée en Angleterre avec l’ensemble, ces jours-ci, le pianiste devait avoir terminé la mise sur pied de l’événement ristic claviers, claviers ristic avant son départ. Ce qui correspond assez bien à sa manière de travailler. «J’ai besoin de beaucoup de temps pour apprendre les choses, et je suis très patient. Je m’astreins aussi à ne pas m’acharner sur les pièces difficiles. Je préfère prendre le temps de m’arrêter et de me reposer, d’aller prendre une marche, de faire du ski sur la Montagne. J’ai vraiment l’impression que pour faire ce métier, il faut être très décontracté.» Petit train va loin.
Les 7 et 8 mai à 20 h
Le 9 mai à 15 h
Au Théâtre La Chapelle
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