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Musique

2 Hot 2 Handle : Buffet show

Muzion, Dubmatique et Sans Pression y ont fait leurs premiers pas. Chaque année, pour une quinzaine de jeunes formations hip-hop, c’est l’occasion unique de se démarquer du lot; pour les spectateurs, c’est le moment de prendre le pouls de l’underground. Rencontre avec la cuvée 2000.

Faites bouillir une poignée de baby-boomers dans un grand bol sociétaire. Bien faire fondre le gras, les tailleurs et les noeuds de cravates, jusqu’à obtention d’une crème lisse et onctueuse. Laissez mijoter le tout quelques minutes dans un soupçon d’Oil of Olay. Faites revenir sur le doux feu de la Chambre des communes. Résultat: vous obtenez une vingtaine de jeunes contribuables majoritairement issus des communautés culturelles, qui dénoncent, qui rappent.
Assis autour d’une table, ces jeunes discourent sur la musique, sur leurs valeurs communes (les vrais choses, quoi). Un véritable think tank dans lequel se brassaient, mercredi dernier au skate park du Taz, toutes sortes d’idées, dans un langage propre à la culture hip-hop. Ils partagent différentes opinions, une même vision. Assurément, une seule chose les réunit: leur participation à la quatrième édition du spectacle-concept 2 HOT 2 HANDLE.
Depuis sa fondation, à l’été 1996 (par Cédric Morgan et Vladimir Bazile), l’événement 2 HOT 2 HANDLE a grandement contribué au développement de la scène hip-hop montréalaise.
«Depuis longtemps, c’est le 2 HOT qui fait bouger la scène ici, amorce Sense de la formation ALS. C’est souvent la seule occasion qu’ont les artistes de se faire connaître, de suivre le mouvement hip-hop d’ici. Il y a des groupes whacks comme La Gamic qui ont front (dénigré) sur ce show, disant que c’était juste un petit show à petit budget, alors que dans le fond, ça aide beaucoup de monde à monter sur les planches.»
«C’est l’union de plusieurs personnes qui poursuivent un même but, renchérit Frisson du groupe Le Fléo. À Montréal, il y a beaucoup d’histoires de gang. Pour une fois qu’on peut se retrouver quelque part sans guerre, sans rien.» En plus de rallier les principaux intervenants et quelques médias privilégiés du mouvement, l’affaire 2 HOT 2 HANDLE demeure une institution qui a servi de tremplin aux formations à succès. Dubmatique, Sans Pression et Muzion, pour n’en nommer qe quelques-unes. «C’est comme un baromètre qui donne l’état de santé de la scène montréalaise, appuie Vulguerre. Ça permet de savoir qu’est-ce qui va se passer dans les prochains mois, quel groupe va se démarquer des autres.» «C’est aussi le show le plus démocratique. Ce ne sont pas seulement les compagnies qui pimp des artistes qui sont représentées, mais un peu tout le monde», souligne S’katriçe.
Qu’on parle d’initiation ou de simple rendez-vous, ces militants s’obstinent à vouloir fourbir leurs meilleures armes. Ils visent le dépassement. «On doit quelque chose à un public qui n’écoute pas n’importe quoi, ajoute Frisson. Il faut leur donner le meilleur de notre performance.»
Monté de toutes pièces par et pour les heads de l’underground, l’événement 2 HOT 2 HANDLE se traduit surtout en un moment ultime où chaque M.C. démontrera ses habiletés. «Premièrement, tu dois te prouver quelque chose à toi-même, de dire Kasheem. On sort tous d’endroits différents, on a tous struggle. On doit se prouver qu’on est capables de faire avancer les choses. Il faut que tu parles de ce que tu feel, de ce que tu vois. Ce que tu as dans le coeur, ce qui te donne la chair de poule, ce qui fait que c’est phat. Tu ne peux pas écrire juste pour le plaisir de le faire.» «Le rap, c’est aussi une façon de dénoncer ce qui ne va pas», souligne l’autre membre de la formation Le Fléo. Number Jack, beatmaker de la brigade ALS, ajoute: «Aux États-Unis et en France, ça fait longtemps que ça roule. Il est temps que l’on donne du produit qui représente Montréal.»
Même s’ils réalisent que la plupart des adolescents s’identifient aux artistes, ces jeunes rappers s’abstiennent de porter le poids de la responsabilité. «Le M.C. est un émetteur de la société. T’écoutes ce qu’il a à dire, mais t’es pas obligé d’être d’accord avec lui», affirme Vulguerre. «Je pense que les jeunes qui sortent de chez eux voient la même chose que moi, enchaîne Kasheem. Je dis ce que j’ai à dire. Le jeune, lui, l’analyse et ‘il est smart, il va comprendre et même grandir à travers ça.»
Et que dire de ceux qui optent pour un langage plus ou moins vulgaire? «Le peuple ne veut pas accepter ce qu’il entend, explique Frisson. On n’a rien inventé. On ne s’exprime pas toujours bien.» «C’est vrai, ils aiment mieux entendre les fucks des États-Unis que les "estis" d’ici! de conclure 01 Étranjj. Ça passe toujours mieux quand ça vient d’ailleurs.»
À défaut d’être dûment représentés au Sommet de la jeunesse, ces jeunes Québécois auront là l’occasion de s’exprimer le 28 février, au 2 HOT 2 HANDLE. Et le chaud débat se poursuit en rimes et en musique au coin des rues Saint-Laurent et Prince-Arthur. Prêts pour le grand test? C’est un rendez-vous.

Le 28 février
Au Café Campus
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