Jazz Live : Festival International de Jazz de Montréal 2000FIJM, la suite…Jimmy Cliff
Musique

Jazz Live : Festival International de Jazz de Montréal 2000FIJM, la suite…Jimmy Cliff

Festival International de Jazz de Montréal 2000
Dernières notes

Laissons là les considérations sur l’avenir du jazz et entrons dans le vif du sujet: les shows. On retiendra le charme, la chaleur et la simplicité d’un Marcio Faraco, qui pourrait bien se tailler au Québec une petite place équivalente à celles de Gianmaria Testa ou de Giorgio Conte. Également lumineux: le guitariste Marc Ribot (mention spéciale à son génial organiste, Anthony Coleman), qui nous a livré son Cuba imaginaire aux accents underground new-yorkais. Lorsqu’on l’a vu monter sur scène le même soir, en deuxième moitié du mémorable concert de Medeski, Martin & Wood, c’était carrément l’extase. C’est avec des shows comme celui-là que le Festival peut espérer rejoindre un public plus jeune. Idem pour John Zorn, accueilli comme une véritable rock star par une foule bigarrée comme on en voit rarement à la PdA. Pour une fois, Zorn a joué pour le public, présentant le répertoire de Masada, défunt groupe qu’il ressuscite à l’occasion, beaucoup plus accessible que ses envolées free. Souriant, entouré de l’un des groupes les plus électrisants de tout le Festival (on a d’ailleurs retrouvé le fabuleux Joey Baron à la batterie, ainsi que l’étonnant trompettiste Dave Douglas quelques minutes plus tard, lors du concert du sextette de Douglas), Zorn a tapé dans le mille. On ne l’avait pas vu aussi efficace depuis Naked City…
Pour les jeunes et les moins jeunes, la série plus avant-gardiste du Gesù proposait de belles découvertes, mais j’ai raté les meilleures: après avoir manqué l’Italian Instabile Orchestra et le Sex Mob de Steven Bernstein, je me suis au moins rabattu sur l’introspection et le calme tout scandinaves du pianiste Bobo Stenson, Un baume pour les oreilles fatiguées du festivalier.
La série D.J., maintenant: même si Fantastic Plastic Machine aurait intérêt à revamper son répertoire, son set très disco-kitsch a fait bouger le Club Soda; mais le vra party, c’est Smith and Mighty qui nous l’ont offert avec leur implacable assaut rythmique. La plus grosse déception? Bossatrès…jazz, qui, malgré le présence live de Tom et Joyce, est loin d’être aussi convaincant que sur disque.
On a beaucoup parlé de l’arrivée de notre vieil ami Laurent Saulnier à la programmation extérieure comme d’une bouffée d’air frais, et on a pu le vérifier lors de la nouvelle série ska, qui a fait danser un public normalement étranger au FIJM. Si les performances furent inégales, cette série a sa place au sein du Festival. Toujours à l’extérieur, on a vécu quelques déceptions: P18 n’a pas donné le spectacle que l’on espérait (à leur décharge, le premier show a terriblement souffert d’une sono déficiente). Les choristes-danseuses avaient beau se démener comme des démons de la Santeria, elles n’ont pas réussi à entraîner une foule restée plutôt passive. Bref, quelque chose qui n’a pas pris dans la sauce «électropicale». De Timbalada, stars du Grand Événement, on attendait un mur de percussions tribales, mais le bloco brésilien a offert une salade de genres, passant de la pop au ska et au reggae. Je ne suis pas sûr que Carlinhos Brown aurait approuvé le choix du répertoire, mais la fête était si réussie et l’ambiance était si électrisante, qu’on n’allait pas faire les fines bouches. Si seulement la foule (record) avait été moins imposante, on aurait peut-être pu danser.
En fin de parcours, on a aperçu Bebel Gilberto, promue sur la scène GM, visiblement trop grande pour ses petits souliers et ses musiques légères. On l’aurait préférée en salle. Deux mots sur le show de Stéphane Moraille: une voix puissante mais un groupe qui manque de direction, et trop de choristes pour rien. En effet, Madame Moraille danse et chante mieux et plus fort que les quatre réunies. La recette n’est pas encore au point, mais on sent que quelque chose de gros se prépare avec cette mixture soul-funk-r’n’b-world. À suivre… C’est sous un ciel gris qu’on est rentrés à la mison, épuisés mais satisfaits. Que le Festival ait été une telle réussite, malgré le temps le moins clément de son histoire, en dit long sur la qualité de sa programmation. (Nicolas Tittley)

FIJM, la suite…
La pluie nous a privés de quelques bonnes prestations durant ce Festival. On parle des scènes extérieures. C’est bien dommage, mais il y avait tout de même cette année un bel équilibre entre la vraie découverte et la valeur sûre. Heureux celui, ou celle, qui a vu la mouture ethno-techno d’Ex-Centric Sound System, le jazz indien de Mukta, le Miles français Erik Truffaz, qu’on ne reverra plus à l’extérieur, les Franco-Cubains de P-18 (malgré la sono anémique du premier soir), l’ange Kelly Joe Phelps et sa voix bienfaisante, le Louisianais Geno Delafose et son accordéon en feu, etc. On pourrait ajouter la prestation, dont je n’ai attrapé que les vingt premières minutes, de Joy Anandasivam, autre amalgame branché de sitar indienne et de groove.
Un autre ti-cul de chez nous, Jonas Tomalty, de Jonas and the Bluesblooded, a prouvé qu’il était une bête de scène. Il paraît que les sous-vêtements féminins arrivaient de tous bords. Pas pour être chauvin, mais depuis le temps qu’on vous parle de lui dans ce journal… Timbalada, maintenant. Juste pour l’idée d’avoir pensé au Brésil, le Festival mérite tous nos éloges. Les conditions gagnantes étaient là: l’esprit de carnaval, le party inévitable, etc. Et party, il y eut. Fallait voir tous ces bras en l’air, ces ballons qui volaient comme du pop-corn, les tours à relais qui ont rejoint deux centaines de milliers de gens… Timbalada n’a peut-être pas offert une grande rencontre musicale, mais les spectateurs n’y ont vu que du "feu"… Les deux séries blues, c’est triste à dire, ont été laissées à elles-mêmes. On sent que le blues n’est pas la première priorité au festival. Quand on programme Too Blues et Little Jo, on doit être vraiment mal pris. Idem pour les tristes Casey Jones et AC. Reed. L série acoustique, elle, était nickel; pas un mot à redire. En salle, Medeski, Martin &Wood ont fait exactement ce qu’on attendait d’eux: un mélange hétéroclite de musique tripative, de groove (quel solo de Marc Ribot!) et de jazz exploratoire. Qu’on nous les ramène! Globalement, l’édition 2000, autant en salle qu’à l’extérieur, fut vraiment excellente. Une belle équipe: avec Johanne Bougie, Laurent Saulnier et Dan Berhman, la nouvelle ère est commencée. (Claude Côté)

Jimmy Cliff
Au Métropolis, le 6 juillet
Depuis le «fiasco» Bunny Wailer, on ne s’attendait évidemment plus à beaucoup d’efforts de la part des programmateurs du FIJM pour y incorporer des artistes jamaïcains, et pour cause… Louable initiative, donc, que d’avoir misé sur Jimmy Cliff, un artiste aux multiples facettes, connu d’un très large public. Malheureusement, le spectacle n’a jamais vraiment levé. Quand un géant de son acabit n’a rien fait paraître de remarquable depuis un quart de siècle (à l’exception d’Akuna Matata, sur la bande sonore du Roi Lion, qui lui assurera sûrement une petite retraite dorée), il fallait donc s’attendre strictement à un retour nostalgique sur les grands succès, ce qui fut entrepris dès la première partie du spectacle. Sitting in Limbo, Many Rivers to Cross, You Can Get It if You Really Want, Wonderful World, Wild World, The Harder They Come. Du gros stock, comme on dit, mais mal rendu par une mauvaise sono (difficile de comprendre pourquoi, à moins d’un retard à la balance de son…), et un chanteur qui, bien qu’il s’accompagne maintenant à la guitare, ne semblait pas autant dedans que ses fans. Bien plaisant quand même, qu’on présente un peu de reggae au FIJM. Et Dieu merci, il s’est pointé, lui… (Richard Lafrance)