Catherine Dallaire et l'OSQ : Musiques enracinées
Musique

Catherine Dallaire et l’OSQ : Musiques enracinées

Dans son originale série de concerts thématiques "Découverte du classique", présentée à la salle Albert-Rousseau, l’Orchestre symphonique de Québec nous convie le 20 mars prochain à une "slavissante" soirée! Un terme d’une invention pittoresque qui veut désigner à sa façon l’enracinement culturel des compositions qui seront  offertes.

Dirigé par son chef attitré Yoav Talmi, l’OSQ jouera en début de concert la pétillante suite orchestrale Pulcinella d’Igor Stravinski (1882-1971). Utilisant des thèmes mélodiques du compositeur italien Pergolèse, cette oeuvre provient d’une demande du célèbre chorégraphe Serge Diaghilev, qui désirait un ballet moderne, basé sur des musiques anciennes. Le résultat final ne plut pas tellement à Diaghilev, ce qui valut à son ami Stravinski une boutade ineffable: "Je ne t’avais pas demandé d’ajouter des moustaches à la Joconde!" Imperturbable, Stravinsky demeura fidèle à sa création, qu’il adapta par la suite sous plusieurs formes: suite italienne pour piano avec violon ou violoncelle, poème orchestral avec solistes vocaux, sérénade instrumentale pour orchestre.

Continuant d’illustrer cet enracinement dans la culture populaire, l’OSQ offrira ensuite des danses pour orchestre du compositeur tchèque Antonin Dvorak (1841-1904) et du compositeur québécois Claude Champagne (1891-1965). Même si cela peut surprendre à première vue, il existe une affinité culturelle entre les Danses slaves de Dvorak et la Danse villageoise de Champagne. Dans les deux cas, l’influence de la musique folklorique a guidé l’inspiration des compositeurs. Les célèbres danses de Dvorak chantent les espaces tchèques et s’enracinent dans ce mélange de joie et de mélancolie de leur musique populaire. Pour sa part, la Danse villageoise de Claude Champagne est très proche du traditionnel rigodon québécois, dans le même esprit que ses deux oeuvres célèbres: Suite canadienne et Symphonie gaspésienne. Notre éminent compositeur et pédagogue accordait sûrement de l’importance à sa Danse villageoise, puisqu’il en fit trois adaptations différentes: pièce orchestrale, quatuor à cordes, danse pour violon et piano.

Ce programme déjà riche atteindra sûrement son point culminant avec le Concerto pour violon et orchestre en la mineur, opus 82, d’Alexander Glazounov (1865-1936). La brillante et exigeante partie soliste sera jouée par Catherine Dallaire, violon solo associé de l’OSQ.

Le violon du coeur
Même si sa carrière est encore jeune, cette violoniste présente déjà un parcours artistique impressionnant. Née à Chicoutimi, elle est fascinée par le violon dès sa petite enfance et en commence l’étude dès quatre ans. Six ans plus tard, elle fait régulièrement le voyage à Québec pour se perfectionner auprès de pédagogues expérimentés. En 1986, elle se rend aux États-Unis, au renommé Curtis Institute, où ne sont admis que les élèves avancés et très doués. Elle a alors le privilège d’étudier avec Aaron Rosand, l’un des plus grands violonistes de notre époque, réputé non seulement comme professeur, mais aussi pour sa carrière internationale et ses nombreux enregistrements.

De retour parmi nous, Catherine Dallaire est choisie en 1987 comme violon solo de l’Orchestre des jeunes du Québec. À la même époque, elle devient aussi violon solo des Jeunes virtuoses de Montréal. Enfin, en 1988, elle est admise dans l’OSQ comme violon solo associé, un rôle qu’elle assume depuis avec grande compétence. En plus de ces diverses fonctions, Catherine Dallaire a interprété en soliste plusieurs oeuvres majeures du répertoire du violon, qu’il s’agisse de musique de chambre ou de concertos (Prokofiev, Mendelssohn, Bruch, etc.).

Concerto de louanges
Le concerto de violon de Glazounov est offert moins souvent que les "chevaux de bataille" de ce répertoire: Mendelssohn, Bruch, Sibelius, Brahms, Beethoven, Tchaïkovsky. C’est précisément ce caractère d’une certaine marginalité qui lui confère un charme particulier: une oeuvre à la fois chantante et virtuose, jouée sans pause entre les trois mouvements. Fondé lui aussi sur des thèmes populaires et bien enracinés, il est certainement un concerto très valable puisqu’il a été honoré, depuis sa création, par les plus grands maîtres de l’archet. Composé en 1904, il a été dédié à Leopold Auer, le pédagogue des plus célèbres violonistes des débuts du XXe siècle. En 1905, il a été créé à Londres par Misha Elman. En 1915, il a été interprété à Saint-Petersbourg, sous la direction même de Glazounov, par un Nathan Milstein qui n’avait alors que 11 ans! Devenu ensuite violoniste légendaire, Milstein l’a enregistré à trois reprises et l’a souvent joué sur scène jusqu’à un âge avancé. Comme éloge encore plus probant, ajoutons que Jascha Heifetz et David Oistrakh ont beaucoup aimé ce concerto, qu’ils ont offert à leurs auditoires et enregistré chacun à deux reprises. Tout un palmarès!

Questionnée sur ce redoutable cortège d’interprétations célèbres, Catherine Dallaire admet qu’elle les apprécie à leur juste valeur et les admire fortement. Mais comme tout artiste doit posséder sa propre voix, elle ajoute avec calme et un sourire serein qui en dit long: "Je ne veux pas être influencée par ces versions de légende. Je préfère trouver mon propre cheminement, selon ma compréhension personnelle de l’oeuvre, pour l’exécuter comme je la ressens!" Évidemment, elle aime beaucoup ce concerto qu’elle a choisi de nous offrir avec l’OSQ. Concernant cet accompagnement orchestral, elle fait remarquer très judicieusement: "On imagine mal ce concerto en version récital de chambre, avec violon et piano… C’est une oeuvre qui appelle vraiment l’orchestre, avec toutes ses couleurs instrumentales…"

Et elle a parfaitement raison. Composition chantante et très romantique, le concerto de Glazounov n’en demeure pas moins une pièce de haute virtuosité, qui exige une continuelle complicité entre la soliste et les autres musiciens. Après le thème mélancolique du moderato initial, l’andante du second mouvement est une cantilène élégiaque d’un vrai charme slave, qui se termine par une cadence virtuose au violon seul. Appelé par une glorieuse fanfare des cuivres, l’allegro final est un véritable feu d’artifice, par les traits pyrotechniques du violon et par la vigueur de l’accompagnement orchestral.

Un concerto idéal pour une artiste sensible et déterminée!

Le 20 mars
À la salle Albert-Rousseau
Voir calendrier Classique