Fantômas : Patton et son fantôme
Musique

Fantômas : Patton et son fantôme

Les habitués de Victoriaville ont appris à se méfier de Mike Patton, à la suite de performances qui auraient pu nous faire douter de la pertinence de réinviter ce rocker reconverti en "actualiste". Mais cette fois-ci, on a de quoi saliver puisque, avec son groupe Fantômas, Patton se retrouve dans son élément: le rock.

"Oh oui, tout va très bien… à l’exception de ce tuyau qui vient d’éclater dans ma salle de bains, pas de problèmes." Pour un type en train d’essuyer (pardonnez le jeu de mots) un véritable désastre aquatique, Mike Patton a le ton plutôt enjoué. "T’inquiète, man, j’ai su contenir les dégâts. Et puis c’est rien par comparaison avec la fois où ma toilette a explosé! J’avais littéralement dû vivre dans la merde pendant des jours! Tu sais, tant que je peux sauver mes enregistrements, mon équipement de musique et mes échantillonnages, le reste – les livres, les souvenirs, etc. – est accessoire."

Ces jours-ci, on ne serait pas étonné de voir Patton trouver dans cette catastrophe plombière quelque matière à inspiration (tiens, pourquoi pas un disque voix et plomberie intitulé The Great Toilet Disaster?). En fait, depuis la dissolution de son groupe Faith No More et l’abandon du grunge, le chanteur s’est jeté tête première dans l’expérimentation musicale tous azimuts. Protégé de John Zorn, qui a lancé deux de ses albums sur son label Tzadik, Patton suit aujourd’hui une démarche très "actuelle", qui lui a valu de jouer à Victo à quelques reprises. "En fait, je ne sais pas pourquoi le Festival continue de m’inviter, parce que chaque fois que j’y suis allé, mes projets ont été plutôt mal accueillis, voire carrément conspués", lance Patton dans un grand éclat de rire sonore.

Même si Patton s’en fout royalement ("Fuck l’avant-garde, fuck l’arrière-garde, moi je fais mon truc", résume-t-il en substance, avec cette verve qui fait tout son charme), on avait de bonnes raisons d’être critique à son égard. Les habitués de Victo se rappelleront, de triste mémoire, son soporifique solo pour voix et amplificateurs, son échange décalé avec les D.J. des Executioners, ainsi que sa participation brouillonne à un trio d’impro complété par Ikue Mori et John Zorn. Autant de performances qui auraient pu nous faire douter de la pertinence de réinviter ce rocker converti en "actualiste". Mais cette fois-ci, on a de quoi saliver puisque, avec son groupe Fantômas, Patton se retrouve dans son élément: le rock. "J’aime Fantômas, parce que ça me permet de revenir à une forme de musique plus structurée, explique-t-il. Je dis souvent que ce groupe est une sorte de collage métal-hardcore, mais il n’y a pas d’impro du tout. En fait, malgré les apparences, c’est une musique très complexe, hyper rapide et, surtout, extrêmement intense."

Intense? Dire que Fantômas est un groupe brutal relève de l’euphémisme. Lorsqu’on est entouré de Dave Lombardo (Slayer) à la batterie, de Buzz Osbourne (Melvins) à la guitare, et de Trevor Dunn (le compagnon de route au sein des hallucinants Mister Bungle) à la basse difficile de faire dans la dentelle. "C’est vraiment un groupe hallucinant, concède Patton. Au départ, je croyais que le projet pourrait exister peu importe qui y serait, mais je me suis vite rendu compte que personne ne pouvait remplacer ces gars-là." Au sein de cette bande d’orfèvres des décibels, Patton, lui, joue le rôle du screamer en chef (jamais de paroles chez Fantômas, mais beaucoup de cris et de borborygmes), un rôle qui lui va à ravir, lui qui explore les limites de la voix humaine depuis quelques années déjà. On n’aura malheureusement pas pu entendre le plus récent projet de Fantômas, consacré aux musiques de film (on tremble à l’idée du traitement qu’ont pu recevoir Bernard Hermann et Ennio Morricone); mais de toute façon, après le concert de Victo, on risque de ne plus entendre du tout.

Le 20 mai
Au Colisée des Bois-Francs
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