

Mogwai : Touche écossaise
Si l’on en juge par la récente production discographique émanant de Glasgow (d’Arab Strap aux Delgados, en passant par Belle and Sebastian), la vie n’est pas rose dans la métropole écossaise. Mais parlez-en aux membres de Mogwai, certainement les artisans les plus visibles de cette scène en pleine ébullition, et vous verrez qu’il ne faut pas se fier aux apparences.
Nicolas Tittley
Si l’on en juge par la récente production discographique émanant de Glasgow (d’Arab Strap aux Delgados, en passant par Belle and Sebastian), la vie n’est pas rose dans la métropole écossaise. Mais parlez-en aux membres de Mogwai, certainement les artisans les plus visibles de cette scène en pleine ébullition, et vous verrez qu’il ne faut pas se fier aux apparences. "Il faudrait vraiment demander à un anthropologue de se pencher sur la question, lance le guitariste Barry Burns, rigolant de bon coeur en roulant furieusement ses "r". J’hésite à tracer un parallèle direct entre le climat, l’environnement et l’humeur des gens, mais il est évident que Glasgow est un endroit assez terne, socialement et météorologiquement parlant, qui ne nous donne pas envie de composer des trucs légers. On a droit à quelques jours de soleil en mai et quelques jours en août, c’est tout. L’été écossais, ça n’existe pas."
Si leur musique, largement instrumentale, dense et introspective, leur a valu une place de choix au rayon des post-rockers dépressifs, les gars de Mogwai, eux, sont de jeunes épicuriens spécialistes de l’éclusage de pintes de houblon, plus portés sur la culture des pubs et du foot que sur la poésie romantique. "On a fini par développer une sorte d’humour assez cynique pour contrer la morosité ambiante. S’il fallait qu’on vive comme on est dans nos chansons, ce serait insupportable! Regarde Aidan, d’Arab Strap, il chante des trucs tristes à se flinguer, mais c’est l’un des gars les plus drôles que je connaisse."
Il ne faudrait pas non plus attribuer trop de vertus à cette atmosphère oppressante typiquement écossaise, puisque les deux derniers albums du groupe (Come on Die Young et l’excellent Rock Action, qui vient tout juste de sortir chez Matador) ont été enregistrés en rase campagne, dans le Nord de l’État de New York. "Si l’on enregistrait à Glasgow, on serait sans cesse dérangés pour un oui ou pour un non, explique Barry. En nous installant au studio de Dave (Friedman, aussi collaborateur de Mercury Rev), on devient carrément impossibles à joindre et on plonge tête baissée dans la musique. Là-bas, on est en famille, avec Dave dans le rôle de notre cousin préféré."
On sent immédiatement dans Rock Action l’envie d’ouvrir le son, d’aller au-delà des impénétrables murs de guitares qui étaient la marque de commerce de Mogwai. On remarque d’abord les voix: celle de David Pajo, invité sur un morceau, et surtout celle de Stuart Braithwaite, leader par défaut du groupe, qui s’installe progressivement dans le rôle de chanteur. "Et puis il y a 2 Rights Make a Wrong, notre morceau le plus joyeux, lance Barry. On est encore dans le tunnel, mais il y a une lueur tout au bout." Plus fluide, la démarche actuelle de Mogwai s’accommode aussi fort bien de l’ajout d’éléments électroniques, subrepticement insérés grâce à la collaboration de leurs amis du groupe Remote Viewer. "On veut essayer de faire des albums qui soient aussi différents les uns des autres que peuvent l’être ceux de Bowie, explique Barry. On ne tient pas aux guitares à tout prix: on adore les machines, mais comme on est nuls côté technologie, on a dû engager un type qui se charge de tout brancher lors des concerts. Sachant qu’on ne peut reproduire les textures de l’album sur scène, on compense en jouant terriblement fort." Les décibels comme remède au spleen?
Le 26 mai
Au Club Soda
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