Luna : Lune de miel
Musique

Luna : Lune de miel

Même s’il n’a pas de nouvelles chansons à nous proposer (son plus récent disque est un album live), toutes les raisons sont bonnes d’aller applaudir Luna, un groupe discret mais combien efficace, qui s’inscrit dans la tradition des grandes formations de rock à guitares de New York.

Dans le merveilleux monde de la musique pop, les choses se passent généralement ainsi: le groupe lance un album et prend ensuite la route, confiant et ragaillardi d’avoir des chansons toutes fraîches à présenter à son public avide de nouveauté. Si l’on suit à la lettre cette logique quasi implacable, faire une tournée pour promouvoir un album live tient de l’oxymoron. "T’as parfaitement raison, c’est toujours mieux de pouvoir présenter du matériel neuf, acquiesce Sean Eden, guitariste de Luna, qui vient tout juste de faire paraître Luna Live!, un album, comme son titre l’indique, enregistré en concert. On vient justement de terminer des sessions d’enregistrement pour notre prochain album, mais comme on est présentement entre deux contrats de disque, je ne sais absolument pas quand il verra le jour."

Peut-on s’attendre à une nouvelle série d’hymnes aux paumés, aux coeurs brisés et aux rêveurs qui hantent les nuits de New York? "S’il te plaît, n’insiste pas trop sur le côté New York, prévient Sean. Disons seulement que nos chansons sont très… urbaines." Pourquoi cette retenue? Les paroles du chanteur Dean Wareham n’évoquent-elles pas souvent l’ambiance des quartiers de la Grosse Pomme (dans Chinatown, notamment)? N’a-t-il pas signé, avec Moon Palace, un hommage au célèbre auteur de Brooklyn Paul Auster? "O.K., O.K., j’imagine qu’on est assez new-yorkais dans les thèmes, concède Sean. Si ma réaction initiale était négative, c’est que lorsqu’on nous parle d’identité new-yorkaise, c’est toujours pour nous comparer au Velvet Underground, un groupe qu’on adore mais auquel je ne crois pas que nous ressemblions."

Si l’on voulait être honnête, c’est à un autre célèbre groupe de guitares de New York qu’il faudrait comparer Luna. En effet, sur Luna Live!, plus encore que sur les albums studio, on retrouve des duels guitaristiques entre Sean et Dean qui évoquent les échanges épiques du fameux tandem Richard Lloyd-Tom Verlaine de Television. "On a développé une méthode très naturelle de communication, Dean et moi; bien sûr, on passe notre temps à se corriger l’un l’autre, on se fait quelques suggestions plutôt "corsées" et on développe certaines tensions qu’on n’a pas avec les autres membres du groupe, mais c’est toujours constructif."

Parlant des autres membres, ceux qui n’ont pas suivi Luna depuis leur dernier passage à Montréal, à l’époque de l’album Pup Tent, seront surpris de découvrir une présence féminine au sein de la formation, en la personne de la bassiste Britta Phillips, qui remplace Justin Harwood, en retraite anticipée dans sa Nouvelle-Zélande natale. "Elle apporte un nouveau souffle au groupe et, en plus, elle chante très bien, ce qui nous permet de jouer Bonnie & Clyde sur scène, comme tu as pu l’entendre sur Live!." (Sur Penthouse, Wareham jouait les Gainsbourg et c’est Laetitia Sadier, de Stereolab, qui tenait le rôle de Brigitte Bardot.) On ne saurait trop vous recommander l’achat du disque en question, qui propose un joli panorama des cinq "longs-jeux" studio du groupe et même un clin d’oeil à l’ancienne formation de Dean Wareham, Galaxie 500, avec la pièce 4th of July. De plus, il vous permettra de comparer le travail des bassistes, qui y sont présents tous les deux. "C’était un peu un cadeau de départ pour Justin et un cadeau d’arrivée pour Britta, explique Sean. C’est peut-être notre album de transition." C’est surtout un joli présent aux fans, encore malheureusement trop peu nombreux, mais toujours aussi fidèles.

Le 15 juin
Au Café Campus
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