John Renbourn : Tenir l'acoustique
Musique

John Renbourn : Tenir l’acoustique

6 juillet:
Figure emblématique de la folk, l’ex-Pentangle JOHN RENBOURN s’amène au Québec avec, pour seule arme, sa guitare. Une rare visite qui permettra de renouer avec un artiste dont les 40 ans de carrière n’ont pas tari l’inventivité.

Il a beau être l’un des maîtres de la guitare acoustique, avoir été au coeur du revival de la folk des années 60 et avoir influencé une panoplie d’artistes provenant d’horizons très différents, John Renbourn ne se voit pas comme une figure marquante du genre. S’il doit nommer les artistes clés qui ont contribué au développement de la folk, il s’omet volontiers, citant le plus souvent David Graham, Martin Carthy ou son comparse Bert Jansch, avec lequel il a commis plusieurs albums.

Fausse modestie? Pas du tout. Le guitariste ne s’est jamais considéré comme un artisan de la folk et sa démarche artistique, loin d’être longuement réfléchie, est surtout le fruit d’une grande passion qui remonte à son adolescence. "J’aime la musique en général. Or, puisque je joue de la guitare acoustique, les gens m’ont dit que je devais être un joueur de folk!, confie John Renbourn, depuis son domicile, dans les Lowlands de l’Écosse. […] Je joue ce que j’aime vraiment. Je n’écris pas ma musique parce que je veux que quelqu’un d’autre y prête l’oreille. Je travaille tout en fonction de mon bon plaisir, alors je n’ai pas de démarche artistique bien précise et je ne me sens pas tellement concerné à savoir si je modernise quelque chose ou non."

La révolution malgré tout
N’en déplaise au guitariste, son travail a tout de même révolutionné le petit monde des musiques folks et traditionnelles. D’abord durant ses années passées au sein de Pentangle, où le jazz et le blues venaient teinter le genre d’une couleur qu’il n’avait jamais connue jusqu’alors. Puis en solo et dans divers projets parallèles, où son remarquable jeu de guitare s’est doublé d’un travail assidu sur les plans de la composition et de l’orchestration.

En chemin, ses intérêts pour le jazz et le blues sont demeurés à travers les étonnantes reprises qu’il fait de pièces pigées dans ces répertoires. Or, certaines dimensions propres à ces genres, comme l’improvisation, se sont effacées au profit de l’écriture. "L’improvisation n’est pas quelque chose qui m’intéresse vraiment, reconnaît le guitariste. Quand j’ai eu l’idée de mon récent album, Traveller’s Prayer, je voulais vraiment reproduire cette musique telle qu’elle était. J’écris tout le temps de la musique. Et quand j’ai du temps à la maison, je travaille sur des idées abstraites, sans même avoir de plan précis pour elles. Je compose simplement parce que j’aime ça et même qu’il m’arrive souvent d’avoir des idées strictement musicales, sans même d’instrumentation en tête, et qui n’ont rien à voir avec la guitare…"

La minutie du passionné
L’album Traveller’s Prayer représente bien les intérêts de Renbourn. L’artiste s’y est amusé à fusionner traditions irlandaise, britannique et même écossaise, y est allé de quelques compositions où sa guitare est parfois totalement absente et a repris des pièces du répertoire traditionnel. Ces reprises, Renbourn les a faites d’une façon qui lui est propre, les décortiquant une à une, enlevant chacune des couches musicales, pour parfois n’en garder que l’ossature et bâtir par la suite quelque chose d’entièrement neuf. "Même si j’aime reprendre des pièces traditionnelles, je ne suis pas vraiment un chasseur de chanson folk. Je ne pars pas en quête de ces chansons-là comme le font certains, précise le guitariste. Je suis intéressé par différents types de musique et l’une d’elles s’appelle folk, mais je n’aime pas toutes les musiques folks simplement parce que c’est du folk; je n’aime que certaines qui me charment en raison de leurs harmonies, de leur structure ou de leur rythme."

Au cours de ses 40 années de carrière, Renbourn a bourlingué aux quatre coins de la planète, présentant sa musique avec différents ensembles, tantôt en solo, tantôt dans un groupe beaucoup plus élaboré. Pour sa halte à Québec, une ville qu’il dit adorer, ce n’est pas moins de quatre prestations que le guitariste offrira, des prestations sans doute bien différentes les unes des autres, mais ayant toutes en commun cette fusion des genres qu’il affectionne. Les puristes qui dénigrent les métissages auront de quoi maugréer, mais le guitariste promet que s’ils ouvrent grandes leurs oreilles, ils y trouveront aussi leur compte: "Vous remarquerez que les gens qui n’aiment pas certains morceaux de musique ou une nouvelle idée n’écoutent pas les pièces en tant que musique, ils les écoutent comme étant quelque chose d’autre, un exemple de quelque chose qu’ils souhaiteraient que ce soit. En bout de ligne, ça n’a plus rien à voir avec la musique qui est jouée…"

Le 6 juillet
À la place D’Youville
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