Arthur H : Cinq sur cinq
Musique

Arthur H : Cinq sur cinq

L’an dernier, en solo au Gesù, Arthur H nous avait offert l’un des plus beaux moments des FrancoFolies. Il semble bien que nous n’ayons pas été les seuls à apprécier, puisqu’on le réinvite de nouveau, pour cinq concerts aussi distincts qu’imprévisibles. De grands moments de musique en perspective…

Une soirée avec Arthur H, c’est déjà un événement; un foisonnement de rythmes et de textures et un univers poétique aux accents surréalistes qui n’a que peu d’équivalents dans la francophonie. Avec les membres de son groupe (le bassiste Brad Scott, le claviériste Nicolas Repac et le batteur Laurent Robin), le chanteur français a développé une sorte d’osmose jouissive qui donne lieu à de véritables moments de grâce. Seul, Arthur est aussi fort. Ceux qui ont eu le bonheur de l’apercevoir au Gesù l’an dernier savent de quoi il en retourne. On avait pu goûter, dans tout leur délire dénudé, des pièces comme Les Pieds Nickelés, Au Casino et Carnaval, qui allaient se retrouver sur son plus récent disque, Pour Madame X.

Cette année, les Francos nous proposent le meilleur des deux mondes: un parcours à géométrie variable qui s’étendra sur cinq soirs, et qui nous permettra de mieux apprécier l’oeuvre de ce Martien de la chanson française. C’est par une journée grisâtre de printemps bien parisien que nous avons rencontré Mister H. Attablé devant une assiette de nems dans un resto vietnamien de Montparnasse, il nous avait donné un avant-goût des cinq concerts qu’il présentera à Montréal. "Le premier soir je serai seul, abandonné de tous mes musiciens; ce sera donc un concert désespéré", annonce-t-il, désamorçant son affirmation d’un grand éclat de rire. "Ensuite, on sera trois, alors on va commencer à se serrer les coudes, à s’unir. Puis je retrouverai le Bachibouzouk Band (le première version de son groupe), ce qui va nous permettre de jouer des grands classiques comme Le Général de Gaulle dans la cinquième dimension et Cool Jazz, des trucs que je n’ai pas interprétés depuis très longtemps. Et pour terminer, deux concerts à grand déploiement axés sur le nouveau disque, avec explosions de fusées en direct et écrasement de satellites sur scène." Dommage que Mir soit déjà tombé, non? "Si on avait pu, on l’aurait utilisé, tu penses bien… Et puis, il y aura des invités de marque! Frank Sinatra et Tino Rossi ont aussi donné leur accord; il faut simplement attendre qu’ils ressuscitent."

N’en déplaise aux nécrophiles, ce sont plutôt Jorane et Barsony qui accompagneront Arthur lors des concerts des 27 et 28 juillet. On aurait bien aimé apercevoir Lhasa, qui apparaît sur Madame X pour susurrer langoureusement le temps d’une Indiana Lullaby, mais la belle Mexicaine est toujours à Marseille, où, on l’espère, elle finira un jour son deuxième album. "En ce moment, elle prend simplement le temps de vivre", explique Arthur, qui dit lui rendre visite à l’occasion. "Moi, le temps de vivre, ça me semble essentiel, et c’est pour ça que je le prends tous les jours! Tout ce que je vis nourrit ma musique; je n’ai pas besoin d’être isolé sur une île déserte pour trouver l’inspiration. C’est que je ne fais pas de distinction entre ma vie et mon travail: tout vient de ma façon de sentir les choses. Alors pour moi, il n’y a pas de différence entre le fait de rencontrer une femme ou celui d’écrire une chanson."

Bien qu’on retrouve sur Madame X des textes surréalistes qui rappellent des classiques arthuriens comme La Tour Eiffel sidérale (voir Haka Dada, délirant exercice d’écriture automatique), on y sent aussi quelque chose d’un peu plus personnel, comme si l’écriture – et l’homme – avait mûri. "J’essaie de revenir à des chanson d’amour, car la base de la chanson, c’est de la rengaine sentimentale. C’est ce qui nous touche: si t’entends une bonne chanson d’amour, aussi simple, t’es cuit, t’es englué! Le reste, ça relève de l’alchimie: il faut savoir comment transcender la simple émotion et comment l’accorder à la structure et au rythme."

Car Arthur est aussi, d’abord et avant tout, un compositeur intuitif et un véritable amant du rythme. On ne s’étonnera donc pas qu’il ait sauté sur l’occasion de participer, en marge de ses cinq concerts, à la série D.J. du Shag. On connaît sa passion pour la musique afro-beat et, lors de notre conversation, il ne tarira pas d’éloges sur les fantastiques disques de la série Éthiopiques. Faut-il s’attendre à un programme riche en rythmes africains? "Tout à fait! En réalité, le concept de ma performance va se résumer à quatre villes: Adis-Abeba, Lagos, Kingston et New York; ça va donc être très dansant. J’adore passer des disques; des fois, je le fais tout seul, chez moi, et je me crée des petits voyages musicaux." Ne reste plus à Arthur qu’à se trouver un nom de D.J. "Je voulais m’appeler DJ Master H, mais c’est déjà pris par un type de Paris. Je trouve pas ça très cool de sa part, d’ailleurs. J’ai aussi songé à m’appeler Docteur H, mais il y a déjà un Docteur L. Alors j’hésite… et pourquoi pas "DJ Le retour de Frankenstein"?"

Du 25 au 29 juillet
Au Club Soda

Le 1er août
Au Shag