Alpha Yaya Diallo : Ciel d'Afrique et patte de corneille.
Musique

Alpha Yaya Diallo : Ciel d’Afrique et patte de corneille.

Depuis Vancouver, son port d’attache, ALPHA YAYA DIALLO, multi-instrumentiste et guitariste surdoué originaire de Guinée, trace avec verve le portrait de son univers musical coloré. Dialogue.

Avec une musique comme la vôtre, très communicative, la scène n’est-elle pas l’endroit idéal pour vous?

"Le studio d’enregistrement et la scène sont très différents pour moi. L’atmosphère n’est pas du tout la même; en studio, il y a plus de concentration due au processus d’enregistrement, plus de sérieux aussi car dans mon cas, il y a toujours d’autres musiciens qui viennent faire leur tour pour enregistrer leur partie. C’est le moment de se concentrer et de créer. D’un autre côté, je suis plus à l’aise sur scène. Vous savez, le public a toujours une très grande influence. L’inspiration part de là: c’est la communion entre la musique, l’artiste et le public. Vous voyez donc que ce sont deux aspects très différents. La musique africaine puise essentiellement là son essence: elle possède à la base une ambiance et une vigueur que vient compléter la présence du public. C’est pourquoi les chansons changent continuellement en spectacle, tant sur le plan de la durée que sur celui de la structure."

Vous avez invité plusieurs musiciens sur The Message et on sent une chimie incroyable entre vous tous. Comment s’est déroulé l’enregistrement pour The Journey?
"Je dirais tout d’abord que c’est mon meilleur album à ce jour, en partie à cause des moyens dont nous avons bénéficié, mais surtout grâce à la présence de Ousmane Kouyate, qui est le guitariste soliste de Salif Keita, à la production. Même si je crois m’améliorer avec chaque album, il faut aussi être réaliste et avouer que la valeur du studio d’enregistrement joue pour beaucoup. S’il y a de très bons studios, on doit pouvoir mettre beaucoup d’argent pour en profiter…"

Vous avez pu bénéficier d’une multitude d’influences musicales durant votre enfance en Guinée. Êtez-vous toujours autant marqué par ce qui se passe autour de vous?
"J’ai eu la chance, en effet, de grandir dans une région où la culture et la musique sont très diversifiées. Au départ, ma période d’apprentissage à la guitare a été marquée par la musique et la culture Manding, en Afrique de l’Ouest, et par la suite, j’ai beaucoup appris lors de mes voyage dans le reste de l’Afrique. Les styles capverdien et sénégalais ont été capitaux pour moi, de même qu’un guitariste comme George Benson, que j’ai beaucoup écouté. La musique évolue en même temps que les artisans qui la font, peu importe le style. Que ce soit le hip-hop, le reggae ou le blues, on peut reconnaître des traits de musique africaine dans ces genres. Donc, au fur et à mesure que cette musique évolue, le musicien apprend sans cesse lui aussi: le monde entier est un immense terrain d’apprentissage qui n’a pas de fin. C’est ce qui fait qu’en tant que musicien, on est toujours absorbé par d’autres styles de musique."

Même par le rap?!
"En vérité, je ne trouve pas que le rap est riche d’enseignement. Je crois que c’est plus une opportunité pour des musiciens qui n’écrivent pas tous. J’aime plus une musique accompagnée de vrais instruments et faite par des gens de talent. Je comprends par contre que le rap soit très populaire, que c’est un genre musical d’ampleur, mais je considère que pour un musicien africain, il y a très peu à apprendre de ce genre, même si ça peut parfois être très cool!"

Vous considérez-vous alors comme un musicien africain ou un artiste du monde?
"Vous savez, le musicien est un citoyen du monde. On ne se considère localement pas comme un musicien africain. Disons que oui, à la base, je suis un musicien africain, mais l’homme est aussi le fruit de sa société et de son milieu. Le fait de venir m’établir au Canada, à Vancouver, m’a inspiré de façons différentes, ça m’a donné beaucoup d’opportunités, de liberté et d’espace pour m’exprimer, car c’est cette liberté qui manque parfois chez nous. Je trouve que tous ces facteurs donnent à ceux qui le veulent bien la chance de connaître un peu plus qui ils sont réellement. En résumé, je vous dirais que je me considère comme un musicien africain vivant au Canada!La diversité culturelle dans laquelle je vis est aussi très inspirante. Prenez un musicien africain qui a décidé de quitter son pays, qui a traversé l’océan, qui s’est établi ici, c’est un long chemin parsemé d’obstacles. Ça aussi c’est une expérience qui donne l’opportunité à l’artiste d’écrire quelque chose de fort."

Le 10 août
À la scène du Maurier
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