Big Wreck : Pierre promise
Musique

Big Wreck : Pierre promise

Il semble qu’avec le retour en force de la pop bonbon sur les palmarès américains, des groupes tels que Big Wreck ne trouvent refuge qu’au nord de la frontière. Le Canada serait-il la terre promise des rockeurs? Exode de  force.

Malgré le confortable succès rencontré avec In Loving Memory Of, leur album précédent, les membres de Big Wreck ne trouvent plus guère d’oreille attentive chez l’Oncle Sam. C’est que la tendance n’est plus au rock, que leur postgrunge ne convient plus au son actuel des stations radiophoniques. "Il n’y en a plus que pour la pop", soutient Ian Thornley, chanteur, guitariste et parolier du groupe. Alors que les mouvements se délitent à la vitesse de la lumière dans une industrie où la durabilité se mesure en semaines, leur musique rock hyper-arrangée ne trouve plus refuge qu’en terre canadienne.

"Plus rien n’est orienté vers le rock dans l’industrie américaine, renchérit Thornley. Les compagnies veulent un gros hit et que le reste de l’album sonne exactement comme cette chanson-là. Il y a donc beaucoup de mauvais matériel en circulation." Quelque part entre Halifax et nulle part roule l’autobus de tournée qui transporte Thornley et ses complices alors qu’il discute de l’avenir du rock par réseau téléphonique numérique interposé. Comme pour de nombreuses formations de même acabit, le pays du froid est devenu le refuge idéal, le dernier bastion du rock brut. Thornley, qui vivait précédemment à Boston, s’est même relocalisé à Toronto où vivait déjà une partie de sa famille.

Quant au test du second album, même si Thornley considère l’avoir franchi sans trop de heurts avec The Pleasure and the Greed, il n’en est pas de même pour l’industrie américaine qui, selon lui, n’y voit qu’une tentative d’intellectualisation du rock, une attitude maniériste doublée d’une approche désormais obsolète. "Nous sommes des nerds, laisse-t-il aller en riant. Notre nouvel album est plus pesant, a aussi plus de profondeur que ce que nous avions fait avec le précédent. Peut-être, avec le recul, aurais-je dû ajouter sur l’album quelques chansons pop que j’avais écrites… Tu sais, pour les jeunes." Vraiment? "Non, pas vraiment, se rétracte-t-il. En fait, je m’en fous complètement. Ce qui compte vraiment pour moi – et ça peut paraître prétentieux de dire cela – c’est l’art, la qualité de la musique et, si je vais apposer mon nom sur quelque chose, il faut avant tout que ça passe mon test à moi."

En revanche, sa musique et sa propre personne trouvent au Canada l’accueil escompté. Selon Thornley, à l’inverse de l’inexistante notion de liberté dans les milieux musicaux américains, les radios canadiennes se révèlent plus ouvertes d’esprit, plus à l’affût d’une musique de qualité que d’un produit facilement accessible aux masses laborieuses. Chez nos voisins, l’époque des disc-jockeys proposant la musique qui les branche étant révolue, place aux multinationales et aux profits: "Je crois que l’industrie ici [au Canada] est plus en mesure de tester de nouvelles choses, a plus de latitude. Si quelque chose est bon, ils le feront jouer. Aux États-Unis, ce sont des hommes d’affaires qui décident du contenu, des gens qui n’ont rien à voir avec la musique. Ici, ça me semble plus naturel; ils supportent ce en quoi ils croient."

En fait, la principale embûche que doit surmonter le groupe est celle de la filiation. C’est celle-ci qui confine le dernier Big Wreck aux étagères poussiéreuses des radios américaines, juste aux côtés des Pearl Jam, Soundgarden et autres. Avec ses voix souvent poussées jusqu’aux limites (souvent remarquables d’ailleurs), ses guitares saturées à outrance et ses arrangements complexes, le groupe navigue à plusieurs miles nautiques des simplettes formations pseudo-punks en vogue et plutôt dans le sillage des populaires groupes de la vague grunge du début des années 90. Une comparaison facile et erronée selon Thornley: "Je ne crois pas que nous nous inscrivions dans cette lignée, soutient-il. Nous avons probablement emprunté aux mêmes formations, comme Led Zeppelin et The Who. Je crois que les musiciens de l’époque grunge en faisaient de même, mais c’est là que s’arrête la comparaison. De plus, je crois que nous sommes de meilleurs musiciens que ceux de ces groupes, et non pas uniquement parce que nous avons étudié la musique, mais aussi à cause d’un engagement personnel envers l’instrument. Et ça, ça s’entend."

Le 26 septembre
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