

The Beta Band : Vol plané
Décidément, les gars du Beta Band n’ont pas eu la vie facile à Montréal. Leur premier passage chez nous, au Cabaret, avait donné lieu à une soirée des plus étranges.
Nicolas Tittley
Décidément, les gars du Beta Band n’ont pas eu la vie facile à Montréal. Leur premier passage chez nous, au Cabaret, avait donné lieu à une soirée des plus étranges. Le claviériste John MacLean, victime d’une attaque de moules pas fraîches, avait été aperçu rendant son souper dans le caniveau du boulevard Saint-Laurent. Le chanteur Stephen Mason, ayant déjà succombé au même mal, ne s’était même pas rendu jusque-là. Déçus, les spectateurs, venus entendre l’un des groupes britanniques les plus hypés par la presse, furent par la suite réjouis de voir apparaître le reste du groupe, accompagné de quelques roadies, se livrer à un petit jam impromptu. "Ah, la, la… et comment que je m’en souviens, se rappelle le bassiste Richard Greentree, lorsqu’on évoque cette soirée pour le moins étrange. C’était un fucking nightmare de perdre Steve, puis John, à la dernière minute, mais on a quand même voulu faire un effort, histoire de n’être pas venus pour rien."
Leur deuxième visite aurait dû être beaucoup plus convaincante, mais la formation écossaise a eu le malheur d’assurer la première partie du groupe rock le plus en vue de la planète. Du coup, si tout le monde se souvient de la performance éblouissante de Radiohead au Parc des îles, rares sont ceux qui pourraient vous parler des épanchements psychédéliques du Beta Band.
Cette fois-ci, c’est la bonne, surtout que les Beta viendront défendre Hot Shots II, leur premier véritable album. Véritable, parce que le disque qui nous les a fait découvrir, The Three E.P.’s, était, comme son nom l’indique, une compilation de leurs trois maxis; et parce que le disque suivant avait été renié par le groupe ("It’s fucking awful", avait déclaré Mason), qui s’est par la suite rétracté, puis en a remis… "C’est vrai, ce disque était un gros tas de merde, et aucun des membres du groupe ne regrette de l’avoir affirmé haut et fort, renchérit Greentree. Ce qui a surpris les gens, c’était la franchise avec laquelle on l’a affirmé, qui est une qualité plutôt rare dans le milieu de la musique."
Sur Hot Shots II (qui est bien, après confirmation auprès du groupe, inspiré du film du même nom), The Beta Band semble avoir trouvé le difficile équilibre entre les explorations psychédéliques qui pouvaient tirer les chansons dans toutes les directions, et leurs multitudes d’influences dans la pop tordue (de Zappa aux Beach Boys, en passant par Primal Scream). Reste que le choix du réalisateur Colin Emmanuel, réputé pour ses productions hip-hop et r’n’b très léchées, avait de quoi surprendre… "Pour nous, c’était tout à fait normal d’avoir fait appel à lui, explique Greentree. On écoute essentiellement du hip-hop et du r’n’b et on voulait obtenir cette clarté dans le son, si caractéristique de ce genre de productions. Mais on savait aussi qu’on pouvait lui dire : "Fais-nous un truc très cru, à la Ol’ Dirty Bastard", et qu’il allait comprendre."
Au-delà de ses qualités de production, Hot Shots II révèle aussi que le Beta Band, qui pouvait passer pour une bande de jammeux brouillons, savait aussi écrire de solides chansons. "Ce qu’on a surtout appris, c’est qu’il fallait se soucier de nos chansons avant de les enregistrer, explique candidement Richard. On ne veut plus simplement entrer en studio avec quelques notes gribouillées sur des serviettes de papier comme on l’avait fait pour le premier. Pour Hot Shots II, le studio a donc simplement servi à polir et à définir le son, mais pas à créer les chansons, ce qui est, selon moi, la bonne façon de procéder. À nos débuts, on avait déjà une approche très sérieuse de la musique, mais on n’était pas très bons."
Le 22 octobre
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