

Yves Daoust et Elektra : Nouvelle vague
L’événement Elektra met en vedette la musique électroacoustique. Parmi les différents spectacles présentés, ceux des Québécois YVES DAOUST et LOUIS DUFORT. Portrait d’un créateur.
Réjean Beaucage
Yves Daoust contribuait en 1978 à la fondation de l’Association pour la création et la recherche électroacoustique du Québec (ACREQ). Il dirigera par la suite durant une dizaine d’années les destinées du premier organisme canadien voué exclusivement à ce genre. Aujourd’hui, il y revient à l’invitation du directeur artistique actuel, Alain Thibault, pour participer ce samedi 10 novembre à la troisième édition de l’événement Elektra. Daoust y présentera en création sa pièce Bruits, triptyque environnemental qui donne également son titre au troisième disque que le compositeur fait paraître chez Empreintes Digitales et qui sera lancé juste avant le concert. La pièce, commande du Sonic Arts Network (Royaume-Uni), est une sorte de carte postale sonore des rues et ruelles de Montréal: cris d’enfants, bruits de la circulation et rumeurs citadines y sont littéralement passés au hachoir pour produire ce que le compositeur appelle un "smog sonore". C’est sans aucun doute l’oeuvre la plus "bruitiste" de Daoust jusqu’à maintenant. L’oeuvre sera présentée à l’ACREQ dans une version pour huit canaux avec un support vidéographique de Jean-Sébastien Durocher.
Le disque que Daoust s’apprête à lancer mérite certainement d’être chaudement recommandé à toute personne qui serait curieuse et chercherait à se renseigner sur la musique électroacoustique. Que le titre Bruits ne vous effraie pas. Les quatre pièces présentées ici représentent autant de sous-genres et Yves Daoust y démontre magistralement son grand talent de manipulateur sonore. On y retrouve une magnifique version de la pièce Impromptu, déjà entendue en format "pour bande seule" sur son précédent disque Musiques naïves, mais retravaillée ici en version "musique mixte" avec des interprètes de choix: Jacques Drouin au piano et Lorraine Vaillancourt… au synthétiseur! La pièce La Gamme est une musique électronique réalisée en 1981 sur les "machines à triturer les électrons" du Groupe de musique expérimentale de Bourges. Enfin, Ouverture, commande du GMEB pour le Bicentenaire de la Révolution française, mêle narration et illustration sonore, et rappelle par son thème Le Trésor de la langue de René Lussier. Empreintes Digitales fera également paraître simultanément des disques de Robert Normandeau et Gilles Gobeil, deux autres piliers de la musique électroacoustique d’ici, disques sur lesquels nous reviendrons.
Yves Daoust enseigne depuis 1981 au Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec, où il a développé un programme de composition électroacoustique. Preuve qu’il exerce dans ce domaine-là aussi un grand talent, c’est l’un de ses étudiants qui clôturera la soirée avec une pièce qu’il ramène d’Autriche où elle a obtenu une mention lors de la dernière édition des prestigieux Prix Ars Electronica. Louis Dufort nous présentera en effet Decap, une "réflexion sur la décadence de l’homme" en partie tirée de la musique composée pour la chorégraphie Le Cri du monde, de Marie Chouinard, et dont nous avons pu entendre une première version lors de la série de concerts Rien à voir (7) en mars 2000. Également au programme: Tom Sherman et Bernhard Loibner avec leur projet vidéo/musique Nerve Theory et le très attendu Markus Popp, alias Oval, détenteur d’une seconde place aux Prix Ars Electronica 2001.
ACREQ: Elektra, du 8 au 17 novembre à l’Usine C – www.elektrafestival.ca
Yves Daoust: Bruits; Empreintes Digitales (IMED 0156)
Musiques pour Jeanne la Folle à la Nef
C’est devant une Salle Pierre-Mercure très bien remplie et d’une moyenne d’âge étonnamment jeune pour un programme aussi aride que la compagnie La Nef ouvrait mercredi dernier sa 10e saison avec la reprise de ses Musiques pour Jeanne la Folle. Mêlant le concert et la représentation théâtrale, les interprètes nous font assister à une journée dans la vie de Jeanne de Castille, mère de l’empereur Charles Quint, qui ne régna que durant quatre années avant d’être enfermée dans son château de Tordesillas, inconsolable à la suite du décès de son époux Philippe le Beau. On s’en doute, il ne s’agit guère d’une partie de plaisir. Le Moyen Âge ici est désespérément mélancolique, et les musiciens placés à son service accompagnent la reine dans la douleur avec une retenue de circonstance. Les arrangements de Sylvain Bergeron (aussi au luth et à l’oud) sont d’un grand dépouillement, et le ton est uniformément d’une grande tristesse. Le public a grandement apprécié les interprétations de Claire Gignac dans le rôle de Jeanne (contralto, flûtes à bec et traversière, psaltérion à archet), Angèle Laberge (soprano), Isabelle Marchand (viole de gambe, vielle à archet, voix), Rafik Samman (santour, percussions, voix) et Sylvain Bergeron, et manifestait bruyamment son plaisir à la fin du concert.
Ceux qui s’en voudraient d’avoir raté cette reprise auront la possibilité de se reprendre lors du gala-bénéfice que donnera La Nef le 27 novembre, alors que seront présentés des extraits de six de ces spectacles de musique-théâtre et concerts thématiques qui ont fait la réputation de la compagnie.
Nabucco à l’OdM
Cette année marque le 100e anniversaire de la disparition du grand compositeur italien Giuseppe Verdi. Pour lui rendre hommage, l’Opéra de Montréal présente depuis le 3 novembre l’oeuvre qui lança la carrière du compositeur auquel on doit quelques-uns des opéras italiens les plus connus (Rigoletto, La Traviata, Aïda, parmi les 28 qu’il nous laissa). Nabucco, créé en 1842, arrive pour Verdi après l’échec retentissant d’Un Giorno di Regno, opéra-comique composé l’année durant laquelle il perdit son second fils et sa femme (1839 et 1840). Le compositeur songera à abandonner l’opéra, puis se verra offrir de travailler sur le livret du Nabuccodonosor de Temistocle Solera, d’après le récit biblique de la vie du roi de Babylone. Inspiré par ce drame épique racontant la révolte des Hébreux et la chute de Babylone, Verdi composera une oeuvre qui le rendra célèbre du jour au lendemain. L’air Va pensiero, véritable hymne à la liberté, sera plus significatif pour les générations à venir que les hymnes nationaux changeant au gré des régimes.
Christian Badea, que l’on a vu diriger Falstaff à l’Opéra en 1994, est devant l’Orchestre Métropolitain; tandis que Yannick Nézet-Séguin dirige le choeur. Le rôle de Nabucco est interprété par le baryton Gaetan Laperrière, et celui d’Abigaille par la soprano Susan Neves, qui l’a d’ailleurs joué avec grand succès à l’Opéra National de Paris en 1997. Sont également de la distribution: Stefan Szkafarowsky (basse, jouant Zaccaria), Michelle Sutton (mezzo-soprano, Fenena), Louis Langelier (ténor, Ismaele), Anne Saint-Denis (soprano, Anna), Robert Robitaille (ténor, Abdallo) et Alain Coulombe (basse, Grand Prêtre).
Les 8, 10, 14 et 17 novembre, 20 h
Salle Wilfrid-Pelletier (842-2112)
www.operademontreal.com