Sans Pression : Surfer la vibe
Musique

Sans Pression : Surfer la vibe

Malgré son indéniable popularité, la musique rap, volet de la culture hip-hop, est mal aimée, incomprise. Armés de tables tournantes, de micros dans lesquels ils crachent leur fiel, les membres de Sans Pression et leur bande affrontent les fraudeurs, démolissent leurs détracteurs. Dégagez, les bombes vont tomber!

Avec l’accueil qu’il a reçu du public il y a deux ans, on peut aisément affirmer que Sans Pression était le collectif de rappeurs le plus attendu au Québec. Le milieu alors gavé de rap français et de son influence sur un flow québécois alors aseptisé (usant d’une langue entre académisme et argot parisien ou marseillais) avait ostensiblement soif de vérité, d’authenticité. Sans Pression et ses collaborateurs (dont Yvon Krevé) s’étaient eux-mêmes lancés, avec leur rap franco-joual incisif, comme un pavé dans la marre. Une gifle qui sortait le Québec de la torpeur.

… nous sommes québécois!
En seulement quelques jours, des milliers de copies de 514-50 Dans mon réseau trouvaient preneurs, le clip (non censuré) de L’Étage souterrain battant du même coup le record de rotation de la station MusiquePlus. Dès lors, des dizaines de MC’s québécois allaient trouver leur voie dans le sillage de ces rappeurs irrévérencieux qui irradient la haine du pouvoir, de l’ordre établi et des imposteurs dans une Belle Province culturellement métissée, mais toujours profondément distincte du reste de l’Amérique et de la francophonie d’outre-mer.

"La raison pour laquelle Sans Pression a frappé si fort dans l’underground, c’est que ses membres se sont affirmés comme Québécois. Et ça aura pris deux négros de Montréal pour faire ça, pour populariser le rap en joual", affirme en entrevue D.J. Manspino, tournetabliste de la formation qui ne compte désormais plus qu’un MC (nommé S.P.). Il s’agit aussi d’une question de timing, selon le D.J. qui souligne que si le rap en français au Québec n’est pas un phénomène tout à fait récent, la culture hip-hop, quant à elle, aura pris un certain temps avant de s’implanter solidement ici.

"Les jeunes connaissent beaucoup mieux le milieu hip-hop maintenant, croit-il, ils sont beaucoup moins ignorants et savent ce qui est vrai et ce qui n’est que de la bullshit pour les radios." Et voilà qu’arrive le premier groupe s’inscrivant dans une mouvance hip-hop crédible et empruntant son vocabulaire à celui des rues d’un Montréal moderne, certes multiethnique, mais profondément francophone.

Alors que les stations radiophoniques commerciales du Québec ne montrent guère d’intérêt pour le genre à l’état pur, la déferlante rap à quatre temps s’abat avec force sur fréquence FM de l’Hexagone. Un phénomène qui laisse D.J. Manspino dubitatif. Car si l’explosion radiophonique d’un style contribue à sa reconnaissance et à sa diffusion à grande échelle, elle participe aussi à une édulcoration pour fins d’accessibilité au grand public. À l’inverse, c’est l’ignorance qui serait à la base d’une autre forme d’hérésie chez nous: on ne reconnaîtrait que les artistes pop s’inspirant de la culture hip-hop alors que ses vrais acteurs seraient mis au ban de l’industrie, confinés à l’undergroud. "Ici, les vieux à la tête des réseaux n’apprécient pas le vrai hip-hop, ne le comprennent pas et s’en moquent parce qu’ils considèrent que c’est de la merde", clame le tournetabliste.

Les bombes tombent
Activistes du "real", détracteurs des imitateurs, les gars de Sans Pression préparent donc un retour sur disque sous le signe de la riposte: "Le prochain disque va s’appeler Réplique aux offusqués parce que S.P. sent qu’il doit répondre à l’industrie. Ils ne comprennent pas encore, c’est frustrant. Ils ne savent pas c’est quoi, la musique rap, ils mettent dans la même catégorie que nous des groupes qui n’ont rien à faire avec le hip-hop."

Comme qui? Loco Locass, par exemple? "Oui, mais ce n’est pas de leur faute s’ils se sont retrouvés là, c’est la faute de l’ADISQ. Si j’avais été à leur place, j’aurais donné le trophée à Yvon Krevé où à n’importe qui d’autre qui fait vraiment du rap. […] Ils utilisent la rime pour s’exprimer, dans un contexte rap, peut-on dire, mais Fred Durst [le chanteur de Limp Bizkit] fait la même chose et on ne dit pas que c’est du rap, ça n’a rien à voir avec le hip-hop. Il faut éduquer les gens et leur faire comprendre ce qu’est vraiment notre culture et que les vrais MC’s poussent le style au delà des conventions, pas en imitant encore Run DMC. You know what I mean?"

Il conclut: "Notre force au Québec, et c’est ce qu’il faut comprendre, est d’avoir des MC’s anglophones et francophones dans la même province et d’être forts dans les deux langues. Il n’y a aucun autre endroit comme ça dans le monde." Mais encore faudrait-il que l’industrie se penche sur le phénomène pour bien le comprendre afin de mieux le promouvoir? "Exact!"

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