Penelope : Tissé serré
Musique

Penelope : Tissé serré

Avec son nouvel album réalisé aux USA en compagnie d’une quasi-légende du punk américain, le trio québécois Penelope vient crier haut et fort que le punk n’est pas (encore) mort, et qu’il n’est pas con non plus.

Contrairement à son homonyme grecque, le groupe Penelope n’est pas du genre à rester tranquillement chez lui à faire du petit point. Et puisqu’on est dans la mythologie, on pourrait aussi dire qu’à l’opposé de Sisyphe, qui a inspiré la pièce-titre de son dernier album, Face au silence du monde, le trio est loin d’être condamné à pousser sans relâche une roche qui s’obstine à retomber au bas de la pente. En fait, l’ascension du petit groupe punk de la région de Québec ne se dément pas. En moins de deux ans, Penelope a accouché d’un sympathique et juvénile premier album, J’ai fait fuir la visite, dont le successeur, arrivé en décembre dernier, a été enregistré aux USA en compagnie du chanteur de Down By Law, Dave Smalley.

Pour l’instant, le batteur et parolier principal du groupe, Éric Roberge, ne rêve pas de voir son nom en lettres de feu sur les marquises de Paris ou de New York, et entretient des ambitions beaucoup plus modestes, à savoir conquérir Montréal. "Je marche un peu sur des oeufs quand je parle de ça", lance-t-il prudemment. "Parler de quoi? insiste-t-on… De la difficulté pour un groupe de Québec de s’imposer dans la Métropole?" "Oui, enfin, je ne sais pas… on joue partout au Québec et jusqu’à présent ça se passe vraiment bien; mais à Montréal, je ne sais pas pourquoi, ç’a toujours été un peu plus froid…"

Gageons que les choses changeront avec la parution de Face au silence du monde. Et que les considérations quant à l’origine de Penelope feront place à une forme d’admiration envers un petit groupe qui est allé faire son album à Washington avec la caution d’une figure majeure du punk-rock américain.

Pour le commun des mortels, cela peut sembler anodin; mais pour Roberge, qui a grandi au son du hardcore de Washington DC, travailler avec Smalley et Brian Baker (aujourd’hui guitariste de Bad Religion, il fut l’un des membres fondateurs de Minor Threat et de Dag Nasty, où oeuvrait également Smalley) tient de l’accomplissement. "Can I Say de Dag Nasty est l’un de mes albums préférés de tous les temps; inutile de dire que je me suis senti vraiment privilégié de travailler avec ces gars-là, lance Éric, encore incrédule. On avait envoyé une copie du premier album à Dave et il a accepté de réaliser le deuxième; j’arrivais pas à croire que j’étais dans un petit band francophone de Québec qui se retrouvait à Washington à côté de ces gars-là." Mieux encore, le francophile Smalley a même contribué aux choeurs dans la langue de Miron, et le groupe lui a rendu la faveur en interprétant une pièce de Down By Law en français. "Dave m’a souvent demandé des précisions sur les textes, se souvient Éric. S’il ne comprenait pas une tournure de phrase, il fallait qu’on lui explique la signification profonde, parce qu’il trouvait ça important pour son travail de comprendre le feeling et l’intention de chaque chanson. C’est exactement ce qu’on cherchait chez un réalisateur." Brian Baker, quant à lui, est venu ajouter quelques riffs à la guitare de la chanteuse Julie Berthold sur trois morceaux.

Si, du coup, Face au silence du monde est un album plus touffu et mieux réalisé que son prédécesseur (c’est un euphémisme), la lucidité et la maturité du groupe n’ont pas écarté l’énergie viscérale nécessaire à toute bonne production du genre. Comme quoi on peut évoluer sans perdre de sa fougue. "Maintenant, tout le monde a des enfants dans le groupe (y compris le bassiste et chanteur Francis Bédard), explique Éric. Ça ne change pas vraiment notre vision du monde, mais maintenant, organiser une série de shows veut aussi dire mettre en place un horaire infernal de gardiennes!"

On pourrait croire que le morceau Un enfant, écrit à quatre mains par Éric et Julie Berthold, fait référence au petit Zac qu’ils ont eu ensemble; mais, après vérification, il s’agit plutôt d’une exhortation à rester jeune de coeur le plus longtemps possible. Serait-il difficile de vieillir au sein du mouvement punk? "C’est sûr qu’il y a des jours où tu te sens décalé, où tu prends un coup de vieux, avoue Éric, qui est, dans le civil, un sage conseiller en informatique au Cégep de Sainte-Foy et le papa de trois enfants. Je suis allé à un concert il n’y a pas si longtemps et je me suis approché du mosh pit pour me laisser aller un petit peu, mais je me suis rendu compte que j’aurais pu blesser les spectateurs tellement ils étaient petits! (rires) Mais sérieusement, je n’ai aucune difficulté à m’identifier aux jeunes d’aujourd’hui; même que le fait d’être à la fois père et musicien m’empêche de vieillir trop vite."

Le 18 janvier
Au Café Campus
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