

The Slackers : Altère l’ego
La tournée n’est pas toujours un exercice amusant, et après 10 ans d’existence, rares sont les groupes chez lesquels l’amour pour la musique ne se voit pas étouffé par le gonflement des ego. À l’inverse, les Slackers démontrent que la survie du groupe est une question d’engagement.
David Desjardins
"Les tournées sont épuisantes et nous donnons tellement de spectacles que, parfois, quand il n’y a que 10 personnes à moitié endormies dans le bar et que le technicien nous balance des feedbacks sur scène, il nous arrive de nous demander ce qu’on fait là", raconte Dave Hillyard, saxophoniste de la formation new-yorkaise The Slackers. C’est que, comme la plupart des groupes dans leur situation, les Slackers doivent s’adonner à l’éreintant exercice des voyages à travers le monde afin de propager la bonne nouvelle, la rotation radiophonique n’étant pas toujours au rendez-vous.
Le groupe, composé de sept musiciens, existe depuis maintenant 10 ans et, bien qu’il se soit bâti une solide réputation dans les milieux du reggae, du ska et du punk à travers les États-Unis et l’Europe occidentale ou qu’il ait même longtemps trôné au sommet des palmarès des radios universitaires, il est cependant toujours confiné au circuit des ligues mineures.
Selon Hillyard, la reconnaissance d’un certain public est une chose que le talent peut générer, mais l’appropriation des ondes radiophoniques – qui amène les foules – en est une autre qui demande un porte-feuille bien garni. Les compagnies de disques indépendantes offrent peut-être au groupe la liberté artistique, n’empêche qu’il leur est impossible de soutenir la demande des réseaux radiophoniques états-uniens où les sommes investies font foi de tout: "Ce qui est le plus frustrant, c’est que lorsque nous sommes confrontés à d’autres groupes, nous sommes toujours à la hauteur, mais nous ne disposons pas du même type de visibilité et je crois sincèrement que si on nous donnait notre chance, nous exploserions. Malheureusement, le système est tout à fait corrompu et il faut payer pour avoir du temps d’antenne à la radio. Et toute cette idée de démocratisation de la musique grâce à Internet, ce n’est que de la bullshit."
Et les Slackers de reprendre la route: parcours cahoteux qui renferme son lot de soucis car, au fil de tournées odysséennes, ménager l’ego de tout un chacun peut parfois tenir de l’exploit olympique. "Je sais que certains groupes vivent cela plutôt mal, mais ça se passe bien pour nous. Il s’agit de quelque chose qui surpasse le simple amour pour la musique, mais qui tient plus de l’engagement, explique Hillyard, et sans cette attitude, nous ne pourrions pas survivre. Nous sommes engagés envers cette musique et envers les autres membres du groupe."
Un sentiment qui transpire de leur musique aux fusions raisonnées: concoction volatile où harmonies pop et rythmiques à la fois langoureuses et syncopées, issues du reggae et du ska, sont rendues avec une urgence et une passion ostensibles. Leur plus récent essai paru l’an dernier, Wasted Days , est un exemple probant de l’habileté de la formation à construire des bijoux mélodiques dont les refrains, après seulement quelques écoutes, paradent en boucle aux frontières de la conscience pour revenir nous hanter dans la plus grande allégresse.
"Nos chansons ne sont pourtant pas tout à fait joyeuses, précise Hillyard, mais il arrive parfois que, sans perdre de leur sens, elles évoluent pour parvenir à un stade supérieur, un ailleurs où la gravité du propos est absorbée par le rythme et le groove . De la même manière, le blues peut parfois être joyeux. C’est une ambiguïté plutôt intéressante à laquelle nous sommes constamment confrontés", conclut-il.
Le 10 février
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