DJ Spooky : Jouer les mantras
Musique

DJ Spooky : Jouer les mantras

Pour sa première visite à Québec, le New-Yorkais PAUL D. MILLER, alias DJ SPOOKY THAT SUBLIMINAL KID, a prévu beaucoup plus qu’une performance de tournetabliste pour ravir ses fans et pour en conquérir d’autres. Son et image.

Rejoint par téléphone en Suisse, alors qu’il s’affaire à diriger un séminaire intensif sur la musique en tant qu’art médiatisé, DJ Spooky annonce: "En plus de mixer à partir de tourne-disques et d’autres trucs, j’aurai à composer l’ambiance visuelle des lieux en mixant des extraits de vieux films et d’autres images bizarres sur les écrans géants… J’aime bien le concept de D.J.-V.J., c’est souvent en composant avec plusieurs technologies différentes que l’idée du Djing devient un vrai défi de création!" précise-t-il dans un français approximatif et imaginatif.

Rares sont les gens qui ont réellement intellectualisé la fonction de D.J. comme Spooky l’a fait. Disc-jockey, remixeur, mais aussi écrivain et journaliste (pour le Village Voice et The Source, notamment), compositeur de musique de film (Caméra d’Or à Cannes en 1998 pour la bande sonore du film Slam) et co-professeur en arts médiatisés au prestigieux European Graduate School en Suisse (en compagnie de David Lynch, Jean-François Lyotard et Pierre Aubenque!), le prolifique artiste, qui compte plus d’une cinquantaine de parutions depuis 1996, dont une quinzaine d’albums, attribue en partie son unicité au fait d’être un enfant de la Grosse Pomme: "La ville de New York est une intersection culturelle et musicale sans pareil… C’est une ville faite de sons à la diversité et à la densité si exceptionnelles qu’il est évident qu’un tel contexte a fait de moi l’être que je suis maintenant…"

Au sujet de sa plus récente parution, Modern Mantra, une compilation mixée des meilleurs moments de l’étiquette Shadow Records, il précise: "Contrairement à Under the Influence, paru en 2001, qui relevait le défi de mixer des artistes connus aux styles variés comme Moby, Amon Tobin, Michael Franti et Sonic Youth, j’ai préféré aborder Modern Mantra avec l’idée de mixer des musiques d’origines différentes, peu importe la provenance, mais toujours complémentaires, dans le but d’exprimer une sorte de mantra urbain rassembleur." Le résultat est d’autant plus stupéfiant que la complexité des mélanges sonores offerts empêche l’auditeur de réduire l’oeuvre à une seule épithète, sinon à celle de hip-hop expérimental.

Intellectuel iconoclaste devenu figure quasi mystique de la D.J.-culture, Spooky a longuement réfléchi au concept de droit d’exploitation d’une oeuvre artistique (copyright) rudement altéré à une époque où échantillonnage et création deviennent des activités difficiles à départager: "Le copyright est illusion à notre époque. Il est impossible de ne pas déroger à une telle loi. Celle-ci va à l’encontre de la nature libertaire d’Internet et par le fait même de la nature de l’être humain…"

Dans le cadre du volet Nouvelles tendances du Festival d’été de Québec, DJ Spooky et Gary Lucas seront au Théâtre Périscope le dimanche 14 juillet à 23h.

Le 14 juillet

Au Théâtre Périscope