

Below the Sea : Mise en abysse
Envoûtante, la musique de Below the Sea révèle une insondable sensibilité. La jeune formation québécoise profite cette semaine de sa présence au Festival d’été pour nous proposer son dernier album, Les arbres dépayseront davantage.
Clémence Risler
Étant divisés entre Québec et Montréal, les trois musiciens de Below the Sea ne peuvent évidemment pas se rencontrer à leur guise, une contrainte qui ne semble toutefois pas faire obstacle à la créativité du groupe: "On ne se voit pas très souvent, environ une fois par mois et parfois moins, mais à chacune de nos pratiques l’inspiration est incroyable et on compose toujours de nouvelles pièces", relate le batteur Pascal Asselin, l’unique membre résidant à Québec. Le guitariste Patrick Lacharité et le bassiste Mathieu Lévesque complètent le trio.
Ensemble, ils explorent les textures organiques et électroniques afin de produire des atmosphères paisibles d’une subtile complexité. On remarque qu’un certain dynamisme a été insufflé à leurs plus récentes compositions; les percussions s’y font beaucoup plus présentes. Aux flottements méditatifs qui caractérisaient The Loss of our Winter, leur premier album, s’adjoignent maintenant des dérives hypnotiques et exaltantes générées par de somptueuses nappes sonores pouvant évoquer la vague shoegazing des années 90.
Pour atteindre une telle intensité, la forme instrumentale leur convient par ailleurs parfaitement: "En mettant des paroles, on risquerait d’enterrer certaines couches sur lesquelles on préfère travailler. Sur notre nouvel album, il y a quelques extraits vocaux, mais ces voix servent d’instrument."
Certes, leur musique se soustrait à la formule conventionnelle couplet-refrain, mais on ne s’égare pas pour autant dans des dédales labyrinthiques ou dans de sombres gouffres hermétiques. Ces jeunes musiciens parviennent au contraire à nous transporter dans un univers sensible et lumineux des plus mélodieux: "Nous faisons de la musique pour les émotions que cela procure, admet Pascal Asselin, il n’y a pas de recherche intellectuelle derrière nos pièces. On aime surtout travailler avec la mélancolie, il s’agit d’une chose à laquelle nous tenons particulièrement et que nous voulons à tout prix préserver."
Si l’on tient absolument à se soumettre au jeu des classifications et à apposer une étiquette au son de Below the Sea, c’est celle de "post-rock" qui conviendrait le mieux, une dénomination sous laquelle se positionnent des groupes tels Mogwai, Tortoise et Labradford, pour n’en nommer que quelques-uns. Pascal Asselin nuance cependant cette donnée: "Pour moi, le terme "post-rock" ne veut pas dire grand-chose, c’est comme pour le rock alternatif il y a quelque temps, on y incluait aussi bien Sonic Youth que REM même si ces deux groupes sont complètement différents. Aujourd’hui, tout ce qui est rock instrumental qui incorpore des nouvelles sonorités se retrouve sous l’appellation post-rock. Je préfère appeler ce que l’on fait du rock instrumental ambiant."
De par la nature de leur musique, l’affiliation avec le groupe montréalais God Speed You Black Emperor! apparaît inévitable. Pascal Asselin ne prétend cependant pas évoluer dans le même sillage. "Je ne crois pas vraiment que nous ressemblons à God Speed, mais ce serait ridicule de passer sous silence l’influence de ce groupe. Comme il bénéficie d’une renommée internationale, les regards sont énormément tournés vers la scène montréalaise du rock instrumental. Deux de nos membres proviennent de Montréal, nous sommes donc étiquetés groupe de Montréal, ce qui peut aider du côté de la visibilité."
Enfin, on reproche souvent à ce genre de groupe de présenter des spectacles un peu trop dépouillés. Afin de pallier cette lacune et pour pousser plus loin l’exploration, les membres de la formation ont collaboré avec deux artistes en art visuel qui ont réalisé pour le spectacle de vendredi des bandes vidéo qui seront projetées derrière les musiciens.
Le 12 juillet
Au Théâtre Périscope
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