

Antibalas Afrobeat Orchestra : Fela-fête
Ceux qui ont vu les récentes performances de Femi Kuti au Spectrum ou bien celle livrée par ces mêmes allumés d’Antibalas en plein air, au Festival de jazz, il y a deux ans, ont une petite idée de la température qu’il pourra faire au Spectrum ce vendredi 13 avec sept cuivres et cinq percussionnistes sur scène, tous rompus aux techniques de l’afrobeat pur et dur.
Ralph Boncy
Qui se souvient du temps d’Osibisa, de Mandrill et des débuts de Santana? Des éléphants volants, de méchants babouins à face d’homme et des lions rugissant ornaient les pochettes de ces disques déchaînés où la musique, glorifiant l’Afrique, était synonyme de révolte et de libération. "L’afrobeat évoque inévitablement l’esprit de ces groupes, m’avoue Martin Perna, sax baryton d’Antibalas Afrobeat Orchestra. Les gars de Mandrill venaient de Panama, je crois, mais le groupe a émergé à Brooklyn comme nous. C’était vraiment une formation multiculturelle là aussi. Nous, on est 16 sur scène; on fait la musique d’abord et on se soucie du reste après. Aujourd’hui, les gens font l’inverse: on exploite d’abord l’image."
Vers la même époque, au début des années 70, un dénommé Fela Kuti commençait de s’agiter du côté de Lagos. Pour cet irréductible révolutionnaire nigérien, la scène était un ring, le concert, un meeting, et les morceaux de musique, un réquisitoire contre le pouvoir. C’est ce courant et son esprit jamais vaincu de rébellion que perpétue le collectif multiethnique américain dans lequel on retrouve des Blancs, des Noirs, des Latinos, des Africains et des Asiatiques pour qui la musique est une mission et la résistance un devoir.
"Il ne faisait jamais de concession, poursuit mon interlocuteur au bout du fil en parlant du "Black President". Ni dans sa musique ni dans ses actes politiques. Dès qu’il avait enregistré un morceau sur disque, Fela ne le jouait plus jamais en concert. Il stimulait ainsi sa propre créativité. Il s’assurait que son message était consistant et approprié à l’actualité de la semaine ou du mois. C’est pas comme les Rolling Stones qui tournent encore avec les mêmes hits après 40 ans!"
Ceux qui ont vu les récentes performances de Femi Kuti au Spectrum ou bien celle livrée par ces mêmes allumés d’Antibalas en plein air, au Festival de jazz, il y a deux ans, ont une petite idée de la température qu’il pourra faire au Spectrum ce vendredi 13 avec sept cuivres et cinq percussionnistes sur scène, tous rompus aux techniques de l’afrobeat pur et dur. Parce qu’ils arrivent en ville à l’invitation des étudiants de Concordia dans le cadre d’une semaine d’orientation, les membres de ce ghetto ambulant animeront aussi des séminaires sur le Docteur Fela, les thématiques contestataires et leur implication graduelle dans cette chère industrie de la musique.
"Ça commence à devenir un job à temps plein, sérieux, confie Martin. Mais en même temps, ça paye moins cher qu’un temps partiel (rires). On a joué au Fillmore West ce week-end, tu t’imagines? Au retour, les potes nous ont dit: "Vous l’avez, les gars!. Nous, on a répondu: Pouvez-vous nous prêter cent dollars?" (rires encore)
En tout cas, voilà des gars qui n’auront pas besoin de gilet pare-balles (c’est ce que signifie le mot Antibalas) pour commenter l’émeute de ce lundi chez leur hôte. Et même si leur nouvel album Talkatif est largement instrumental, la musique du groupe reste résolument communicative dans ses longs "jams" incandescents parce que les musiciens ne se gênent pas pour commenter, critiquer et proposer des solutions individuelles. C’est écrit dans la pochette: "Notre musique est dédiée à tous ceux qui, sur la planète, créent un changement positif en changeant d’abord eux-mêmes." À bon entendeur…
Le 13 septembre
Au Spectrum
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