Walter Boudreau : Musique d'aujourd'hui
Musique

Walter Boudreau : Musique d’aujourd’hui

En plus de diriger l’ensemble de la SMCQ et le CME de McGill, où il remplace temporairement DENYS BOULIANE, WALTER BOUDREAU prépare avec ce dernier le festival Montréal Nouvelles Musiques et lance enfin chez ATMA-Classique une monographie comprenant quatre de ses oeuvres.

J’ai eu le plaisir de rencontrer le compositeur Walter Boudreau chez lui pour discuter des diverses activités qui l’occuperont cette saison. Ça commence dès ce soir, 17 octobre, par le premier concert de la 37e saison de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ). Le 22 octobre 1992, c’est par un concert de la SMCQ qu’était inaugurée la Salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau, un événement que la Société commémore ce soir avec un concert intitulé Trajectoires.

"C’est aussi un hommage à Bartók, précise Boudreau, parce que Musique pour cordes, percussion et célesta est probablement son oeuvre la plus marquante; c’est vraiment un des grands phares de la modernité et aussi de la postmodernité, car il s’agit d’une grande construction mathématique, mais qui incorpore aussi des airs folkloriques. C’est la musique d’un compositeur qui a su concilier le cérébral et le viscéral." C’est un peu grâce à Justin Mariner que nous aurons ce Bartók, car lorsque la SMCQ l’a approché pour lui proposer une commande, il caressait le projet de composer une oeuvre ayant la même instrumentation que celle de la pièce du compositeur hongrois (deux groupes de cordes, trois percussions, piano, célesta, harpe). Sa pièce Apparent Motions fera donc écho à celle de Bartók. Boudreau précise: "Le niveau référentiel de la pièce de Mariner est très abstrait, il n’y a pas de citations de la pièce de Bartók à proprement parler, sinon au quatrième degré." Le programme débutera par une autre commande de la SMCQ donnée en création, soit Path of Uneven Stones de la compositrice d’origine américaine Linda Catlin Smith. Un programme relativement court, présenté sans intermission. "On se dirige de plus en plus vers ça: des soirées sans interruption. Pas pour tous les concerts, mais assez souvent, avec des programmes brefs mais intenses. Et puis ça nous donne l’occasion cette fois-ci de procéder au lancement d’un disque après le concert."

Le disque en question s’intitule Walter’s Freak House et nous livre quatre facettes de l’imaginaire enflammé de Walter Boudreau. "C’est un disque pour ceux qui aiment les émotions fortes, prévient-il, parce que j’écris de la musique heavy. Pas vraiment celle que l’on fait jouer en lavant la vaisselle!"

En effet, on pourrait la casser dès le début de Golgot(h)a, dont la version remasterisée présentée ici devrait faire courir même ceux qui ont l’édition parue sur Sonart en 1992. Ouvre radiophonique récipiendaire du prix international Paul-Gilson en 1991, cette Passion du Christ dont le livret est de nul autre que Raôul Duguay rend presque tangible la douleur du supplicié. Autre oeuvre impressionnante, Tradiderunt Me In Manus Impiorum 1, basée sur des motets de Tomas Luis de Victoria (1548-1611) – comme Golgot(h)a -, est interprétée par la Philharmonie des vents du Québec sous la direction d’Alain Cazes. Une autre oeuvre du même cycle, Encore ces questions sans réponses, sera interprétée par le CME de McGill sous la direction du compositeur ce 23 octobre, 20 h, à la Salle Pollack. Aussi sur ce disque, Coffre III(a), pour trio, et Demain les étoiles, pour 12 saxophones, telle qu’enregistrée par Radio France à Paris en 1999. Il était temps que soient réunies sur disque ces oeuvres de l’un de nos meilleurs compositeurs.

Duo hors pair
Boudreau travaille depuis déjà quelques mois avec son collègue Denys Bouliane à la mise sur pied de la première édition de la biennale internationale Montréal Nouvelles Musiques, coproduite par la SMCQ, l’OSM, la faculté de musique de McGill et Radio-Canada. L’événement se tiendra du 1er au 11 mars 2003 et devrait nous permettre d’assister à une vingtaine de concerts donnés par autant d’ensembles. On en parle au conditionnel, parce qu’au moment d’écrire ces lignes, tout n’est pas encore en place, particulièrement sur le plan du financement. "Il y a un problème inhérent au milieu de la musique, explique Boudreau, et c’est que l’on s’est habitué à vivre avec des peanuts… On a compris depuis longtemps que les subventions accordées en cinéma, par exemple, font vivre une industrie qui emploie beaucoup de monde. Mais il y a beaucoup de monde en musique aussi! Et les diplômés qui sortent des conservatoires chaque année viennent grossir les rangs. Un festival comme MNM peut être la vitrine internationale dont le milieu québécois de la musique contemporaine manque cruellement. Ce n’est un secret pour personne que lorsque leurs oeuvres sont jouées en Europe, les compositeurs d’ici reçoivent beaucoup plus en redevances de droits d’auteur. Mais pour ça, il faut que les ensembles et les producteurs d’ailleurs sachent que nous existons, et c’est là que des événements d’envergure internationale comme MNM ont leur utilité."

La programmation actuellement mise de l’avant par les directeurs artistiques est pour le moins alléchante, réunissant grands maîtres et compositeurs en début de carrière, petits et grands ensembles, d’ici et d’ailleurs et de toutes les tendances. Il reste à espérer que les subventionneurs tomberont d’accord avec les promoteurs quant à l’importance de soutenir à sa juste mesure la musique vivante d’ici.

SMCQ/Walter Boudreau: le 17 octobre, 20 h, Salle Pierre-Mercure
Ensemble de musique contemporaine de McGill: le 23 octobre, 20 h, Salle Pollack
Walter Boudreau: Walter’s Freak House, ATMA-Classique (ACD2 2283)

Each… and Every Inch
C’est dans un des bureaux de l’Usine C que la compositrice Diane Labrosse reçoit les journalistes, l’un de ces locaux administratifs où le public ne met jamais les pieds lorsqu’il fréquente une salle de spectacle. C’est très à-propos, puisque l’un des buts de l’événement multimédia auquel elle nous convie est précisément de nous faire découvrir l’envers du décor de ce lieu de diffusion, des coulisses à l’arrière-scène. Le but premier est cependant d’effectuer un parcours à travers la vie et l’oeuvre de l’écrivaine canadienne anglaise Elizabeth Smart (1913-1986). Mis sur pied par Cathie Boyd, directrice artistique de la compagnie Theatre Cryptic de Glasgow, en partenariat avec les Productions SuperMusique de Montréal, l’oeuvre Each… and Every Inch incorpore installations sonores et visuelles, sculptures et musique en direct, le tout visant à explorer l’univers poétique de l’auteure du poignant récit autobiographique By Grand Central Station I Sat Down and Wept.

Diane Labrosse est visiblement emballée par cette production: "Ça fait longtemps que j’envisage de travailler simultanément les aspects visuel et sonore, mais c’est la première fois que j’ai l’occasion de travailler à des installations, et ce n’est très probablement pas la dernière. Je jouerai aussi de l’échantillonneur en direct dans l’une des salles", précise Labrosse, qui partage l’environnement sonore de ce parcours avec la violoncelliste Anthea Haddow, de Glasgow, qui a composé une pièce pour deux violoncelles et bande, aussi interprétée en direct. L’un des "tableaux" que propose Diane Labrosse (12 en tout) s’intitule Le Mur des secrets et nous permet de surprendre au milieu de murmures et chuchotements sortant d’une vingtaine de haut-parleurs certaines confidences de l’écrivaine tirées de son oeuvre et livrées, en français, par la voix de Geneviève Letarte. "Smart était une femme farouchement indépendante, mais aussi follement amoureuse du poète anglais George Barker, avec qui elle a eu quatre enfants qu’elle a élevés seule, car le poète… était marié. Une situation sociale qui, dans les années 40 encore moins qu’aujourd’hui, n’était certainement pas facile à vivre", précise la compositrice.

Certains "tableaux" se déroulant dans des lieux exigus qui limitent l’accès à un nombre restreint de spectateurs , le parcours comporte des départs à toutes les 10 minutes, à compter de 19 h chaque soir, la visite durant en moyenne une heure. La production a été créée en mai dernier au Centre for Contemporary Arts de Glasgow et pourrait transiter par Toronto et Vancouver avant d’être accueillie en Allemagne.

Du 22 au 26 octobre
À l’Usine C