

Lulu Hughes : Toute la vérité
On l’attendait depuis des lustres, pour ne pas dire qu’on ne l’espérait plus… Après des années passées dans les bars enfumés, Lulu Hughes vient montrer en plein jour son énorme talent de chanteuse et sa grande gueule légendaire.
Claude Côté
Un ouragan, une tornade, du tempérament, de la persévérance, une personnalité qui brasse, un torrent d’émotion: depuis Diane Dufresne ou Marjo, on n’avait pas vu tant de qualificatifs explosifs accolés à une chanteuse québécoise. Pourtant, Lulu Hughes mérite parfaitement chacun de ces superlatifs. On n’a qu’à écouter son premier album éponyme, publié cette année après 20 ans de dur et nécessaire labeur pour s’en convaincre.
Mais peut-être faudrait-il lui trouver d’autres titres; quelque chose comme "prêtresse du soul" ou "doctoresse du plaisir" pour la différencier des deux autres? Une chose est sûre: on serait plus près de cerner cette fille, qui interprète avec tant de ferveur Aretha Franklin ou les Female Preachers (elle inclut toujours Think dans son set list). Quoi qu’il en soit, depuis que je la connais – 15 ans mettons -, Lulu Hughes a toujours été, à l’image de la musique qu’elle chante, d’une franchise décapante. Pour le meilleur et pour le pire.
Le pire, c’est le blocage systématique d’une industrie qui a refusé de l’endosser, de la soutenir. Trop caractérielle, trop rentre-dedans, Lulu. Le meilleur, c’est l’aboutissement de ses efforts: un excellent compact de soul, mâtiné de reggae, de hip-hop et de rock qu’elle malaxe avec enthousiasme, aidée de son directeur musical Eric Létourneau (Coléoptère, Mélanie Renaud et le prochain Funkafones). Juste du boeuf, pas de sauce.
"Pour moi, confiait Lulu entre deux répétitions, la nouveauté, c’est d’être écoutée pour de vrai. Avant je faisais du cover; lorsque je présentais mes propres chansons aux compagnies de disques, elles ne prenaient même pas la peine de les écouter. Selon elles, j’étais une chanteuse à voix qui devait faire de la musique populaire. Mais là, je suis en train de leur dire que Lulu Hughes n’a pas peur d’envoyer chier le monde quand c’est le temps!" Elle ne se gêne d’ailleurs pas pour le faire de façon univoque avec la pièce Le Doigt bien droit, qui se passe d’explications.
"Cette chanson – et je vais essayer de faire attention à ce que je vais dire – est pour tous ceux qui ont douté, qui n’ont pas cru, qui ont ri de moi dans mon dos, qui disaient que j’étais une has-been-never-was. Ben ceux-là sont en ce moment dans l’ascenseur en train de redescendre, tandis que moi je monte, pis je la trouve drôle celle-là. Mais je sais aussi qu’un jour je vais redescendre, donc il faut faire attention à ce que l’on fait dans la vie."
Curieusement, le vidéoclip de la chanson vient d’être tourné dans le village fantôme de Val-Jalbert: "Je cherchais un coin qui évoquerait le sud des Etats-Unis et lors d’une tournée promotionnelle au Saguenay, je suis tombée dessus par accident."
À l’opposé, elle ne se cache pas pour dire qu’elle n’est pas qu’amère, comme en témoigne l’esprit festif qui se dégage de Rock With Me, la chanson qui lui a valu une invitation au Gala de l’Adisq, qui a trôné au numéro 1 du palmarès francophone tout l’été. Un vrai gros et puissant tube, irrésistiblement grouillant et injecté de vieux jazz. Chanté en français d’un bout à l’autre. La province au grand complet semble y avoir succombé.
"Le rayonnement pop est plus large, c’est sûr, mais la chanson n’est qu’une partie de moi. Les années 30-40, c’est musicalement une période que j’adore; pour moi, c’est là que tout a explosé sur le plan musical. Les disques, les gramophones, le music-hall, etc. C’est aussi une période charnière pour la mode", explique-t-elle.
Heureuse de son sort? "J’ai trouvé ma plume, ma voix en tant qu’auteure-compositrice, mon son, ma façon de parler quand j’écris et les arrangements, chose que j’aurais eu de la difficulté à accomplir il y a quatre ou cinq ans, parce que je me cherchais beaucoup. Je sentais énormément la pression m’obligeant à sortir un album, mais j’avais pas envie tant que ça d’en faire un…"
Entre-temps, il y eut également la production parisienne de Starmania, où Lulu incarnait Marie-Jeanne: "Ça m’a sauvée, dit-elle, avant de préciser: en fait, je me suis sauvée, parce qu’il fallait que je prenne le recul nécessaire pour penser."
Étrangement pour quelqu’un qui a habité les clubs si longtemps, les shows de Lulu Hughes se font plutôt rares ces temps-ci. Le dernier, c’était aux FrancoFolies de Montréal: "C’était la première fois que nous jouions les tounes live, on ne voulait pas trop les transformer. Mais là, on se permet des écarts, on modifie des passages", annonce celle qui sera aidée de Mike Plant et Dan Georgesco aux guitares, Patrick Lavergne à la basse, d’Eric Létourneau à la direction musicale et aux claviers, François d’Amour à l’alto, Dan Hughes, son frère, à la batterie, Luc Lemire au saxophone ténor, J-F Gagnon à la trompette, et les choristes Catherine Brodeur et Caroline Simard.
"On y tenait beaucoup à ce show et ça va calmer quelques esprits, d’abord le mien. Je ne sais pas si tu le sais, mais je commence à grimper au plafond. Ça me démange pas à peu près, je ne suis plus capable d’aller voir des spectacles tellement je veux être à leur place!" Et comme le concert de cette semaine sera le seul avant l’été prochain, vous pouvez être certain qu’elle va vous en donner pour votre argent. Et qu’elle se remettra bien vite à grimper au plafond. "L’an passé, lorsqu’on a terminé l’album, les gens de ma compagnie de disques m’ont foutue sur un avion pis ils m’ont envoyée à Cuba en me disant: >Crisse-nous la paix!>"
Le 26 novembre
Au Spectrum
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