Junkyard Dogs : Attention chiens méchants
Musique

Junkyard Dogs : Attention chiens méchants

Réalisé sous la houlette de STEVE HILL, Bow Wow, le premier album des Junkyard Dogs paru plus tôt cet automne, est à la fois le fruit d’un travail obstiné et d’une attitude des plus licencieuses. En spectacle sur la scène du Kashmir, ils tenteront d’enflammer les esprits par leur blues-rock déjanté.

Loin d’être une expérience ennuyante, une conversation avec J-F No, le chanteur et leader des Junkyard Dogs, peut au contraire devenir une aventure des plus saisissantes. Avec un tempérament ardent et enthousiaste, il ne rate pas une occasion de nous faire part de ses idées sulfureuses, multipliant coups de gueule et dénonciations en tout genre. À l’instar de sa personnalité, son chant est brut et éraillé (une voix que plusieurs comparent à celle de Tom Waits) et sa musique, des plus corrosives.

Même si le projet des Junkyard Dogs s’est échafaudé sur de solides assises blues, il n’en demeure pas moins que le quintet n’hésite aucunement à détourner ce genre de sa forme traditionnelle pour l’emmener vers des sonorités plus rock et plus personnelles. Alors n’en déplaise aux puristes, leur son, qu’ils qualifient eux-mêmes de "blues alternatif", a effectivement très peu à voir avec les standards du genre. Malgré que les Junkyard Dogs se démarquent aujourd’hui par un style crade et des paroles (en anglais) vindicatives, il n’en fut pas toujours ainsi.

Il y a quelques années, alors que la musique n’était pour J-F No qu’un simple passe-temps, c’est plutôt vers un répertoire swing-blues assez traditionnel que penchaient ses inclinations. La formation à géométrie variable existait alors sous la dénomination de J-F and the Junkyard Dogs. Plusieurs auront d’ailleurs été témoins de ces premiers balbutiements, puisque entre 1998 et 2000 No se livrait sur une base régulière à des séances de jam au Cosmos sur la Grande Allée.

"À l’époque, c’était pour moi un loisir, j’avais tout simplement besoin de chanter pour m’amuser. Mais au fil du temps, ça a fait des petits et à ma grande surprise, une demande importante s’est créée autour de ma musique. Je n’imaginais vraiment pas que je ferais ça un jour comme métier", affirme celui qui a longtemps été animateur de mascottes et vendeur d’équipement sportif avant de se lancer corps et âme dans le domaine musical.

Dirty clean
À partir du moment où cette décision de faire de la musique plus sérieusement fut prise, No a rassemblé autour de lui le guitariste Richard Boisvert, l’harmoniciste Peter Mödos, le bassiste Alexandre Dubuc et le batteur Martin Lavallée. "Je suis une personne intègre, je n’aime pas porter des masques, avoue-t-il solennellement. Alors quand j’ai décidé de faire de la musique pour gagner ma vie, j’ai vraiment voulu trouver quelque chose qui me fasse plaisir. Le blues dans sa forme traditionnelle me fait plaisir, mais pour un Québécois, ce n’est pas tellement authentique, ça devient même de la caricature. Alors tant qu’à chanter d’une façon blues, j’aime mieux dire des choses qui nous concernent que de parler du Mississippi ou de Chicago. C’est trop facile de se faire connaître avec de la musique populaire."

Pour qualifier leur son distinctif qui s’inscrit quelque part entre blues et rock, J-F No se plaît à employer le terme dirty clean: "Notre stock est gras, mais quand même accessible. Ça sonne sale et crotté et en même temps, c’est compressé et détaillé."

Influencée, la musique des Junkyard Dogs? "Je n’ai aucune formation musicale, mon talent est pur à 100 %, nous répond spontanément le musicien. Ne rien connaître m’assure que ça vient du coeur, que ça vient de la bonne place. J’aime avoir ma propre identité sans me faire influencer. Par exemple, depuis trois ans je me fais dire que notre musique ressemble à du Captain Beeffheart, mais je viens d’acheter mon premier disque il y a seulement deux semaines." Même surprise de sa part lorsque Steve Hill lui avoue trouver que sa musique ressemble à une fusion d’AC/DC et de Howlin’ Wolf.

À constater l’intérêt que porte Hill à la jeune formation pour qui il a été jusqu’à créer sa propre étiquette (TR Mafia), on peut conclure que cette mixture musicale, aussi heureuse que surprenante, a de quoi le séduire. Le musicien de Trois-Rivières a pris l’habitude, aussitôt que son horaire lui en consent la possibilité, de monter sur scène avec eux (s’agirait-il de l’invité-surprise qu’on nous promet pour le spectacle de Québec?).

"Steve a commencé à jouer avec nous, parce que nous répondions à ses critères, nous partagions avec lui une même vision des choses. Ce que l’on fait est très underground, ça le motivait, il venait se défouler avec nous et en même temps il repartait chez lui avec plein d’idées en tête. Il a suivi l’évolution de notre groupe, c’était donc le meilleur gars pour réaliser notre album."

D’instinct
Étonnamment, la division du groupe entre Montréal et Québec (avec No, seul le guitariste réside à Québec) ne semble poser aucun problème. "On ne pratique jamais, parce que je ne crois pas à ça, lance No. Chaque musicien prépare les chansons de son côté avant les spectacles. Quand on se retrouve sur scène, c’est dans le coeur que ça se passe, c’est en communiquant, en se regardant. Je laisse carte blanche à chacun; tout le monde a le droit à tout. Je prône un laisser-aller en tout temps, la seule règle est qu’il faut que ça rentre au poste, faut que la pièce soit mise en valeur et que le spectacle se démarque."

Conscient qu’il serait plus facile de réussir sur la scène québécoise avec des chansons en français, c’est sous le nom de Dépotoir Cabot que le groupe s’apprête à se plier à l’exercice, sans pour autant délaisser le côté anglophone des Junkyard Dogs. No croit ainsi pouvoir tirer le meilleur des deux mondes: "Au Québec, on dirait que tu n’as pas le choix de chanter en français si tu veux réussir à te faire connaître, mais en même temps, on ne veut pas rester dans notre coin. Tu ne peux pas te contenter du marché québécois si tu veux laisser un patrimoine familial à tes enfants."

Le 12 décembre
Au Kashmir
Voir calendrier Rock / Pop