

Rémi Bolduc : Souffle doux
Est-ce la quarantaine qui frappe à sa porte ou simplement le désir bien fondé de modifier radicalement la nature de ses collaborations? Il reste que le saxophoniste alto Rémi Bolduc arrive à point avec l’intime Tchat (étiquette Justin Time), nouvel album en duo avec la sommité pianistique Kenny Werner (sortie le 18 février).
Claude Côté
Est-ce la quarantaine qui frappe à sa porte ou simplement le désir bien fondé de modifier radicalement la nature de ses collaborations? Il reste que le saxophoniste alto Rémi Bolduc arrive à point avec l’intime Tchat (étiquette Justin Time), nouvel album en duo avec la sommité pianistique Kenny Werner (sortie le 18 février).
"L’idée d’être deux, m’explique Bolduc, aussi enseignant en improvisation à McGill, offre la possibilité de développer en profondeur la relation entre les deux instruments. Tout ce que tu joues prend soudainement plus d’importance, tu peux vraiment dialoguer, chose plus difficile à faire avec un groupe. Ça ressemble davantage à un souper entre amis: il y a quatre personnes autour de la table, à un moment donné tu parles plus à une personne qu’à une autre, puis il y a un va-et-vient incessant qui provoque une conversation multidimensionnelle."
Question de bien souligner sa parution, Bolduc (dont les éclaboussements acid-jazz à l’éphémère boîte Round Midnight en 1993, en plein coeur du mouvement du même nom, restent bien gravés en mémoire) célèbre donc les vertus de la valse à deux temps avec une mini-série de trois concerts; chacun d’entre eux proposant un pianiste différent, "pour aller chercher quelque chose de nouveau", résume-t-il simplement.
Le Suisse aveugle Moncef Genoud – "son approche est instinctive, donc moins didactique, sous l’influence de Keith Jarrett", dixit Bolduc – et le Québécois François Bourassa – "un pianiste très inventif" – officieront respectivement les 10 et 11 février au Savoy, l’appendice du Métropolis, tandis que le monstre sacré Kenny Werner (Joe Lovano, Dave Holland, etc.) occupera la scène du Gesù le 12.
Une seule écoute de l’amalgame ivoire-cuivre de Tchat le confirme: l’écriture joue un rôle moins primordial, plus axée sur des structures en évolution que dans certaines des formations précédentes du saxophoniste, autant de parcours réflexifs masqués par l’apparente simplicité de la formule. On sent Werner et Bolduc communier avec une profonde empathie; en effet, les deux musiciens font souvent plus que jouer leur musique: ils la vivent.
"Nous enregistrions dans la même pièce (il y a deux semaines!) et je jouais sans casque d’écoute, pour entendre Kenny, alors il fallait vraiment que je joue doux. En fait, réalise-t-il, je n’ai jamais joué doux comme ça. Des fois, j’avais l’impression de sonner comme Paul Desmond (Dave Brubeck). J’ai été surpris de constater à quel point c’est smooth même si c’est très interactif. J’ai quasiment fait un disque accessible!"
Au diapason des rêveries, dramatiques ou sereines, il est difficile de qualifier les atmosphères qui s’en dégagent. Voilà une musique qui n’a pas peur du vide. "C’est l’influence de Kenny, admet Bolduc, il a une approche méditative et très relaxe, ce n’est pas pour rien qu’il a écrit le livre Effortless Mastery, ou l’art d’être efficace à l’intérieur d’un jeu économe, sans être volontairement minimaliste."
Entend-il appliquer la même philosophie dans ses nombreux autres projets? "Écoute, je répète du Bach tous les jours, j’ai transcrit récemment du Schoenberg, je fais de la musique contemporaine;à un moment donné, je me dis: est-ce que je suis jazz? Est-ce que je sonne jazz? Je ne sais plus. Mais une chose est sûre, je veux m’exprimer à fond, qu’importe le genre musical, je ne veux certes pas limiter mon oreille."
Avec Moncef Genoud
Le 10 février
Au Savoy
Avec François Bourassa
Le 11 février
Au Savoy
Avec Kenny Werner
Le 12 février
Au Gesù
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