

Led Zeppelin : Archives musicales
Fêtant son 35e anniversaire, le légendaire groupe Led Zeppelin profite de l’occasion pour faire paraître un DVD de performances inédites ainsi qu’un triple CD relatant la flamboyante épopée de la formation britannique. Richard Burnett, journaliste chez Hour, a rencontré l’énigmatique JOHN PAUL JONES afin de revenir sur un passé aux contours mythiques. Rare rencontre.
Richard Burnett
Ces jours-ci, l’ex-bassiste et claviériste de Led Zeppelin, John Paul Jones, participe à la promotion de ce DVD simplement intitulé Led Zeppelin et du triple CD How The West Was Won. Un document qui est en réalité la première parution officielle de matériel rare et de performances légendaires – retapées, remixées et repiquées – retraçant l’ensemble d’une riche carrière.
À la recherche de matériel dans les archives londoniennes du groupe, le guitariste Jimmy Page allait jeter son dévolu sur deux de ces performances: l’une au L.A. Forum et l’autre au Long Beach Arena, les 25 et 27 juin 1972. Deux concerts fondus en un seul pour les besoins du DVD.
"Le groupe était vraiment solide lors de ces performances, se remémore Jones, mais parmi toutes ces images, j’ai surtout apprécié de revoir John au moment des sessions de la BBC. C’était bien de l’entendre, mais de le voir aussi c’était merveilleux. À cette époque, nous étions revenus d’Amérique et nous étions très fiers, même si nous n’étions pas très connus chez nous. Ils croyaient que nous étions un groupe américain."
On se souviendra que Led Zeppelin est né des cendres des Yardbirds, en 1967. Afin d’honorer les contrats du défunt groupe en Scandinavie, Jimmy Page allait former The New Yardbirds. La nouvelle formation, s’étant adjoint les services de Robert Plant à la voix, de John Bonham à la batterie et Jones ayant répondu à l’annonce de Page qui cherchait alors un bassiste pour compléter son quatuor, allait ensuite devenir Led Zeppelin. Un nom, paraît-il, hérité d’une blague du batteur des Who, Keith Moon, qui croyait que le groupe allait sombrer plus rapidement qu’un ballon de plomb.
Mais s’ils devaient éventuellement vendre 200 millions d’albums, même Jones n’y croyait pas vraiment au départ. Il avait fait partie d’un groupe qui avait connu un certain succès, il était ensuite devenu musicien de studio, arrangeur et réalisateur pour des artistes aussi variés que Tom Jones et The Supremes; il était donc le témoin privilégié d’une industrie qui traitait la musique et les musiciens comme des objets interchangeables.
"Musicalement, c’était un travail exigeant, mais d’un point de vue créatif, c’était le néant. Alors, au faîte de ma carrière de studio, je souhaitais aller autre part. Lorsque nous avons débuté avec Led Zeppelin, j’étais heureux de pouvoir finalement faire ce que j’aimais. J’allais faire cela pour quelques années, histoire de me remettre un peu de vraie vie musicale dans les veines. Mais ça a décollé. Tout le monde semblait aimer ce que nous faisions. Et quand on écoute cette musique, elle semble toujours à l’abri du temps."
Le groupe devint aussi célèbre pour ses concerts-marathons de trois heures. Il est d’ailleurs évident à l’écoute de ce nouveau document DVD que les membres du groupe y prenaient un réel plaisir, et qu’ils s’aimaient bien les uns les autres. "Nous ne nous fréquentions à peu près jamais lorsque nous étions à la maison. Nous étions donc très contents de nous retrouver en tournée. Je crois que cela a beaucoup à voir avec la longévité du groupe. Nous n’étions pas écoeurés de nous voir."
Il fut cependant moins heureux pour Jones de découvrir par les journaux la sortie de l’album-retrouvailles intitulé No Quarter: Jimmy Page and Robert Plant Unleaded en 1994. "C’était leur projet, ils souhaitaient seulement jouer ensemble, dit Jones sans aucune amertume, ce ne devait pas être une vraie réunion, je crois. Ils auraient quand même pu m’avertir… Mais c’est déjà derrière nous tout ça."
À ma demande, Jones se remémore le tout dernier concert de Led Zeppelin, le 7 juillet 1980, à l’Eissporthalle de Berlin.
"Oui, je me souviens, ce n’était pas très bon. Nous étions tous fatigués, mais ça prouvait qu’on pouvait encore le faire, et qu’on avait encore envie de faire ça après les temps difficiles que nous avions traversés à la fin des années 1970. Il y avait les drogues, oui, mais surtout des tragédies plus personnelles, comme la mort du fils de Robert. Nous étions alors très optimistes et prêts à nous lancer… lorsque John est mort."
Bonham, on s’en souvient, s’était étouffé dans ses vomissures à la suite d’une longue beuverie. Jones se souvient du drame comme s’il était survenu la veille. "C’est moi qui l’ai trouvé, dit-il, prenant ensuite un longue pause pour reprendre le dessus sur ses émotions. "C’était atroce. Nous avons su immédiatement que le groupe était dissout. John était un homme adorable, généreux. Je pense encore à lui, tout le temps.
"Jouerons-nous encore ensemble? Je ne sais pas. Nous n’en avons pas discuté. Ça ne peut être sous le nom de Led Zeppelin parce que John n’était pas que le batteur du groupe, mais bien plus."
Avec le recul, Jones s’avoue cependant heureux que son groupe ait pu quitter au faîte de sa popularité et avoue que les aléas de la célébrité ne lui manquent guère. "Il ne faut pas se prendre trop au sérieux, non? Surtout lorsqu’on remarque certains des pantalons que nous portions alors."
Led Zeppelin
Led Zeppelin
(Atlantic)
How The West Was Won
Led Zeppelin
(Atlantic)