Mary Gauthier : Ange vagabonde
Musique

Mary Gauthier : Ange vagabonde

Première québécoise pour cette chanteuse folk louisianaise, que le récent Filth and Fire montrait au sommet de sa  créativité.

Avec son troisième album indépendant Filth and Fire (Signature Sounds/D7), il s’est imposé que Mary Gauthier ne s’adressait pas qu’au public country. Les traits distinctifs du genre sont toujours présents, de la voix légèrement nasillarde aux bottes de cow-girl en passant par la peinture de la misère humaine mais, tout comme chez Johnny Cash dans ses meilleurs moments, l’investissement humain hausse l’exercice au delà des genres, malgré l’étiquette bien commode de "country alternatif".

Adoptée par une famille de Thibodaux, en Louisiane, Mary Gauthier, aujourd’hui âgée de 41 ans, a traversé un singulier purgatoire avant d’épouser la carrière artistique. Entre 15 et 18 ans, elle fait deux fugues avec la voiture familiale, montant puis dévalant la colline des drogues jusqu’à une prison du Kansas, puis jusqu’à la désintoxication. Elle étudie ensuite la philosophie pendant quelques années, bifurque vers la restauration et ouvre un établissement de fine cuisine. C’est avant qu’elle ne balance tout le reste en faveur de la musique, une vocation qui perdure depuis 1997.

Jointe à Nashville, Mary Gauthier se trouve entre une série de concerts européens et la mini-tournée canadienne qui la fera passer par le Festival d’été, une première québécoise. "Je joue constamment en Europe, dit-elle, c’est-à-dire au moins deux grosses tournées par an. Il m’est difficile de dire où j’aime le mieux aller: j’aime aller ailleurs, tout simplement, rencontrer des gens partout, jouer de la musique…"

"I just like to go!": digne héritière de Kerouac, la Louisianaise semble trouver sa seule patrie dans la musique, se souciant peu de la complexité de ses origines: "Je me vois comme un être flottant, sans véritables racines", avouera-t-elle avec l’assurance des grands nomades. Pas question non plus de se cantonner dans une spécialité, sinon celle d’auteure: "Je ne me conçois pas tant comme une artiste country que comme une chanteuse folk. C’est probablement mon accent du sud qui fait que ça sonne country."

Jeunisme à Nashville
Après Dixie Kitchen et Drag Queens in Limousines, Mary Gauthier a su élargir son spectre de fidèles en affinant une écriture aucunement banale, témoin des cités et campagnes d’Amérique. De la fabuleuse entrée en matière Walk through the Fire à l’évocation des vapeurs de champs incendiés dans Sugar Cane, des secrets du Camelot Motel à la désillusion assumée dans The Sun Fades the Colour of Everything, ce troisième album éblouit par sa cohérence et sa diversité. La collaboration avec Gurf Morlix, qui a produit Filth and Fire en plus d’y jouer d’une douzaine d’instruments, n’est certes pas étrangère au cachet de cet album. Bonne nouvelle, d’ailleurs: les services de Morlix sont déjà réservés pour l’automne, alors que le quatrième opus sera amorcé.

Malgré le succès critique qu’elle a remporté, la philosophe lyrique n’entretient pas d’espoirs démesurés en ce qui concerne l’industrie musicale. "Je ne crois pas que les grosses compagnies voudraient de moi. J’ai dépassé l’âge, je crois. Ce qu’on veut, ce sont des enfants; à Nashville, ce sont les filles de 16 ans qui sont en demande. Je ne crois pas, de toute façon, que mes chansons puissent avoir un succès de masse; elles ne sont pas assez pop pour les radios américaines en tout cas. Les gens, en général, ne veulent pas être remis en question par des chansons."

Par rapport à la profusion instrumentale de Filth and Fire, la tournée s’avère beaucoup plus sobre, ce que la qualité des textes et de l’interprétation de Gauthier permet d’envisager sans crainte. "C’est un spectacle solo intime, où je me présente comme une conteuse près d’un feu de camp. C’est basé sur les mots." Il s’agit certainement d’une des belles découvertes à s’offrir.

Le 3 juillet

Au Pub Saint-Alexandre
Le 4 juillet

À Place D’Youville
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