La Nef : Danse macabre
Musique

La Nef : Danse macabre

La compagnie musicale La Nef ouvre sa 13e saison en faisant appel aux esprits du passé pour conjurer le mauvais sort attaché à ce chiffre. Elle se transforme donc en vaisseau fantôme pour célébrer le jour des Morts. Entretien avec le codirecteur musical du concert, SYLVAIN BERGERON.

On est presque surpris que le thème de la Toussaint, le jour des Morts, n’ait jamais été abordé directement par La Nef, tant le sujet semble naturel pour cet ensemble de musique médiévale et de la Renaissance qui a déjà célébré Jeanne la Folle et traversé Le Jardin des délices. Le luthiste Sylvain Bergeron, qui partage la direction artistique de La Nef avec Claire Gignac (secteur musiques nouvelles) et Viviane LeBlanc (secteur jeunesse), acquiesce: "Ça faisait partie depuis un bout de temps des projets que je garde en filière et pour lesquels je ramasse de la documentation. J’aime bien travailler un thème qui, bien que nous fassions des musiques anciennes, conserve un lien avec l’actualité. J’ai moi-même vécu un deuil il y a deux ans et c’est peut-être ce qui a servi de déclencheur pour faire passer le projet de la filière à la table de travail. Notre civilisation n’est pas très proche de la mort, on cherche au contraire à l’éloigner le plus longtemps possible et, bien sûr, c’est aussi mon parti. Mais j’avais envie de fouiller ce thème et de voir un peu ce que les autres traditions pouvaient en faire, autant aujourd’hui que par le passé, et surtout du côté de l’écriture musicale."

Évidemment, La Nef est voyageuse, et ce, tant à travers les époques qu’outre-frontières. Du chant mystique des Cantigas de Santa Maria composées par Alphonse le Sage, roi de Castille au XIIIe siècle, jusqu’aux rythmes endiablés des Cancioneros de Palacio du XVIe, le regard est large. Bergeron explique: "La réflexion sur la mort est universelle et passe autant par le chant médiéval du chrétien qui pleure la mort du Christ et souffre autant que sa mère, que par des préoccupations plus terre-à-terre comme on en trouve dans des pièces assez amusantes écrites après le décès du cardinal de Richelieu, qui ne récolte pas des éloges mais plutôt des sarcasmes. D’autres civilisations ont carrément une approche festive et ce sont alors de grandes fêtes qui saluent les défunts et montrent que la mort fait partie de la vie."

La Nef a accueilli l’ensemble italien Micrologus au cours de sa dernière saison, mais celui-ci avait dû venir sans la soliste Patrizia Bovi, soprano, harpiste et codirectrice musicale de ce programme, qui sera présente cette fois-ci avec son comparse Gabriele Russo à la vièle. "Chaque groupe a une philosophie, commente Bergeron, et ce sera intéressant de voir comment tout cela va se mêler; on espère que ça se passera bien, mais il y a toujours un élément de risque, parce que les approches de la musique ancienne peuvent être très variées et les ensembles européens ont tendance à rechercher une certaine "authenticité", ce qui nous préoccupe moins à La Nef." L’ensemble sera complété par Robert Huard (baryton), Betsy MacMillan (viole de gambe), Élise Guay (instruments à vent), Patrick Graham (percussions), Claire Gignac (contralto et flûte) et, bien sûr, Sylvain Bergeron (luth).

Le 1er novembre à 20 h
À la Salle Pierre-Mercure
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