

Festival Musique Émergente : Foudroyant marathon émergent
Le Festival de musique émergente (FME) en Abitibi-Témiscamingue en a étonné plus d’un lors du dévoilement de sa programmation. Vivre l’événement des berges du lac Osisko fut tout aussi déconcertant.
Olivier Robillard Laveaux
Photo : Olivier Robillard Laveaux
Comment l’événement a-t-il pu, dès sa deuxième édition, attirer les Ariane Moffatt, Grimskunk et autres Stephen Faulkner à plus de 600 km au nord de Montréal?
La réponse s’est profilée au fur et à mesure que le week-end avançait. Des 18 concerts auxquels j’ai assisté en quatre soirées, aucun artiste ou presque n’est sorti de scène sans remercier chaleureusement les membres de l’organisation, qui ne comptaient plus les heures de boulot investies lors des semaines précédentes. De Bog Log III au rappeur Vaï, tous ont salué l’accueil dont ils bénéficiaient, et il y a fort à parier qu’ils répandront la bonne nouvelle chez leurs collègues.
Les musiciens expérimentent à Rouyn-Noranda la colonie de vacances rêvée. Hébergés cette année dans une pourvoirie, les artistes ont vécu en communauté où chaque soirée se terminait aux aurores devant un feu de camp (plus souvent qu’autrement allumé devant le chalet des Breastfeeders).
Grand Prix de karting et parties de pêche ont comblé les journées ponctuées de repas cinq étoiles concoctés par le chef Paul Doucet, cuisinier dans un grand restaurant montréalais. Un menu, au hasard: filets de porc farcis de champignons sauvages servis avec des pommes de terre basilic, légumes de jardin sautés et une brochette d’abricots et de figues séchées marinés dans le vin blanc! Quant au déjeuner, il fut même question d’un steak’n’egg, histoire de récupérer de la veille et de se bâtir un estomac de béton capable d’ingurgiter les litres de houblon à venir. Avec de telles conditions inspirées des Français – qui reçoivent fréquemment nos artistes de la sorte -, ne soyez pas surpris si aucun troubadour ne refuse l’invitation lors de la troisième édition.
Les défonces sur scène s’en trouvent également bonifiées. Le Festival débutait jeudi soir par un concert quasi mythique pour tous ceux qui ont suivi la scène alterno québécoise des années 90. Figure de proue de cette époque, Grimskunk a soulevé l’Atrium de l’UQAT, flanqué d’un bassiste remplaçant non moins légendaire, Vincent Peake, leader de Groovy Aardvark. La scène avait de quoi réjouir les Abitibiens, extrêmement nombreux à chaque spectacle orchestré par le FME qui, dans la grande majorité des cas, se tenait à guichet fermé.
Des festivaliers ont été refoulés à la porte lors des deux 5 à 7 intimes de Pierre Lapointe à l’Abstracto. Toujours pédant sur scène, mais nettement moins qu’à son habitude, Lapointe a profité de l’occasion pour balancer quelques nouvelles compositions que l’on entendra lors de sa rentrée montréalaise au Corona le 20 octobre. Il m’avouait préparer pour l’occasion un tout nouveau concert où il s’aventurera vers de nouvelles sonorités.
Si le FME a aussi permis aux gens de la région d’entrer en contact avec l’énergie brute des Chiens, de Mononc’ Serge, des Ghoulunatics, de Large ensemble, de Comme un homme libre et de Marc Déry (entouré d’un ex-Zébulon, son frère Yves, et Alain Quirion), la surprise pour un Montréalais qui a vu et revu la majorité de ces prestations est arrivée par X-Makeena, jeune formation drum’n’bass française qui a transformé l’enceinte du Petit Théâtre en piste de danse techno. L’énergie sur scène mêlée aux lourds échantillonnages et aux influences hip-hop ont suscité l’enthousiasme de la foule.
Puis finalement, à l’exception des increvables métaleux qui avaient rendez-vous à minuit dimanche soir avec l’Académie du Massacre, le tout s’est terminé dans une tranquillité apaisante émanant du sentiment d’épuisement qui affligeait les troupes lors du concert de clôture. Taïma puis Ariane Moffatt, accompagnée de Marc Déry et de Stephen Faulkner, se sont succédé devant une foule très attentive quoique exténuée. Vous connaissez l’effet de vide euphorisant causé par la pression qui tombe d’un coup? Ce soir-là, l’intense pression du tourbillon FME s’est effondrée en même temps pour plus de 5 800 festivaliers, 30 bénévoles, une centaine de musiciens et un noyau de sept organisateurs… Une excellente raison de festoyer une dernière fois avant l’année prochaine.