Ily Morgane : Marchands de mystère
Musique

Ily Morgane : Marchands de mystère

Ily Morgane n’a rien d’un groupe habituel. Avec une voix des plus particulières pour enrober ses déroutants songes sonores, il s’assure une place à part dans le paysage musical québécois.

La formation Ily Morgane présentait le mois dernier un second recueil (éponyme, Audiogram), digne héritier de M. Larue, lancé indépendamment il y a trois ans. "Pour le premier, on a fait un disque avant de faire des spectacles", relate d’emblée Martin Cormier, chanteur, guitariste, auteur et compositeur de la formation complétée par son frère Éric (basse, accordéon, guitares), Barry Russel (guitares, lap steel, effets), Gabriel Tremblay (batterie, percussions) et Muhammad Abdul Al-Khabyyr (piano, trombone, Rhodes). "Pour le deuxième album, cela faisait déjà deux ans qu’on jouait les chansons en concert, alors on avait eu le temps de bien les roder, ce qui a donné une production plus honnête, avec moins d’artifices…" Sur fond de chanson française mâtinée de folk-rock psychédélique, Cormier y dépeint de sa voix chevrotante et haut perchée un étrange univers "onirique-ironique", livré en 13 plages aériennes ciselées aux guitares grisantes et Rhodes velouté.

"Quant aux textes, ils sont le fruit de ce que j’ai pu écrire dans le passé, lorsque j’étais plus jeune, enchaîne Martin. C’était ma période sombre, j’avais entre 12 et 16 ans et j’étais très productif. Des fois, je ne comprends pas mon écriture; je ne sais pas trop ce que j’avais, mais il y a des points intéressants à reprendre et à retravailler…" Voyages au pays de l’inconscient, regards sagaces sur l’individualisme, l’ineptie et l’apathie, revendication du droit à la différence dans un contexte de sévère uniformisation: autant d’observations que partage l’auteur sur un monde étourdissant, dominé par une société de consommation sans merci. "J’ai acheté mon sourire à rabais chez un marchand de malheur / C’était écrit, mais moi je voulais faire des économies / Rembourse-le-moi, je t’en supplie / Ce sourire qui me fait mal à mon visage / Il me tire et je ne peux même pas l’enlever / Allez, s’il te plaît, redonne-moi le vrai…" (Marchand de malheur)

Pour habiller cette prose intrigante et colorée, les membres d’Ily Morgane participent à une vaste chaîne de montage musical. "En général, Martin amène d’abord les idées de chansons et Éric travaille ensuite sur les grooves. Et moi, après, j’essaie d’amener différentes couleurs", explique Barry, ami de longue date des frères Cormier. "Puis une fois qu’on est contents à trois, on présente le résultat au batteur puis au tromboniste, poursuit Éric. Et eux, tout ce qu’ils ont à faire, c’est de jouer autour de ça…" "Sans briser le mood", insiste Barry. "Parce que des fois, c’est difficile quand tu amènes quelque chose puis qu’il y a d’autre monde qui ajoute son grain de sel, confie Éric. Ça peut être dur à la fin si tu ne te reconnais plus. Alors on recommence jusqu’à ce qu’on soit tous satisfaits, tout en essayant de garder les chansons le plus personnelles possible…"

Le 12 novembre
Au Lion d’Or
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