Sufjan Stevens : Cygne angélique
Musique

Sufjan Stevens : Cygne angélique

Sufjan Stevens fait de la belle musique. La nuance entre "belle" et "bonne" musique? La première est celle qu’on écoute les yeux fermés et qui doucement nous fait dresser le poil sur les bras.

En octobre dernier, lors du festival musical new-yorkais CMJ, Sufjan Stevens livrait une prestation quasi biblique au Mercury Lounge (imaginez un petit Main Hall aux murs noirs). Biblique à cause de cette foule silencieuse qui accordait toute son attention aux notes projetées par le banjo de Sufjan et à sa voix réconfortante; à cause également des costumes blancs dont étaient habillés le chanteur et ses musiciens qui maniaient leur basse, xylophone, trompette et guitares avec méthode et réserve. Uniformes, les chandails en question étaient décorés de plumes blanches aux épaules, faisant ainsi allusion au cygne qui orne la pochette du dernier compact de l’artiste originaire de Détroit, le magnifique Seven Swans.

Porteurs de pureté, les morceaux de l’album s’enchaînaient, respectant la simplicité de l’artiste folk évoquant Elliott Smith ou Eric Matthews. "Je ne crois pas qu’on puisse dissocier la tendresse et la mélancolie de ma musique, mais mon concert à Montréal sera un peu plus mouvementé puisque je jouerai en formule basse, batterie et guitare", annonce au bout du fil Sufjan (prononcez Souffianne) Stevens, né le premier juillet 1975, originaire d’Arménie. Son prénom désigne un être muni d’une épée. Ce ne sont pas ses parents qui ont choisi le nom, mais bien Bapak, gourou de la secte que fréquentaient maman et papa Stevens à l’époque. "Ils ont quitté la secte peu de temps après ma naissance. Je ne me souviens pas vraiment de cette époque", précise celui qui voulait devenir écrivain.

Aujourd’hui installé à New York, Sufjan incarne le nouveau rejeton de la pop sentimentale. Si ses premiers disques, plus brouillons, laissaient transparaître une imagination bouillonnante (paru en 2001, Enjoy Your Rabbit propose des pièces instrumentales basées sur les signes du zodiaque chinois), le multi instrumentiste a poursuivi sur sa lancée, projetant de signer 50 albums pour les 50 états américains… Un objectif démesuré? "Disons que je ne sais pas si je vivrai assez longtemps pour le réaliser", surtout si l’on considère que Seven Swans ne représente aucun état contrairement à son prédécesseur, Michigan, une galette plus mouvementée souvent comparée au travail de Jim O’Rourke. "J’ai écrit Seven Swans en même temps que Michigan. Ce disque ne s’inscrit donc pas dans le projet. Je travaille par contre sur celui consacré à l’Illinois." Et pour l’Ohio et la Floride, aura-t-on droit à quelques pointes politiques? "Je ne suis pas un chanteur politisé contrairement à ce que certains pensent", de répondre Sufjan qui apprit le banjo simplement parce que le type qui devait lui prêter une guitare lui refila finalement l’ instrument.

"On me considère aussi comme un chanteur chrétien, mais je réfute tout autant le qualificatif." Un peu comme The Danielson Famile qui a participé à Seven Swans, Stevens affiche un penchant religieux. Citant quelques passages bibliques, ses pièces prêchent certaines valeurs chrétiennes qui, il l’espère, aideraient la planète à tourner plus rond. "Tout le monde me parle de ma spiritualité. Ça devient lassant…"

Le 15 novembre
à la Sala Rossa
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