Gwen Stefani : Gwen au pays des merveilles
Musique

Gwen Stefani : Gwen au pays des merveilles

Gwen Stefani présente Love. Angel. Music. Baby., son premier album solo après 17 années passées au sein de No Doubt. Rencontre avec la pin up moderne, qui prend un virage à saveur  dance.

"Ç’a été un projet destructeur d’ego", avoue en riant une Gwen Stefani soulagée, à propos de la difficile période de création de L.A.M.B., survenue immédiatement après la tournée de No Doubt rattachée à l’album Rock Steady. Écoulé à plus de trois millions d’exemplaires et couronné de deux Grammies, ce dernier fut perçu comme le comeback obligatoire qui épargna à la formation d’être condamnée à jamais aux annales des saveurs du mois ska-punk, après le flop relatif de leur précédent Return of Saturn. C’est aussi l’album qui propulsa Stefani au rang des méga-stars. Avec le lancement en 2003 de sa propre ligne de vêtements (L.A.M.B., comme l’album qui allait suivre), un rôle au cinéma dans The Aviator de Scorsese et un mariage avec le chanteur Gavin Rossdale, dont les détails avaient fait le tour des journaux à potins du monde entier, Gwen Stefani était prête à accéder au rang des J.Lo, Beyoncé et autres princesses pop multi-plateformes dont la chevelure de rêve ou le décolleté pouvaient vendre à peu près n’importe quoi. Si, en lançant à la légère l’idée d’un album plus dance et new wave, Stefani n’avait pas encore saisi ce concept, Jimmy Lovine, coprésident d’Interscope Records, avait, lui, tout à fait pigé.

Perchée dans un sofa du Sunset Marquis de Los Angeles, l’air d’une Alice au pays des merveilles version John Galliano, Stefani, 34 ans, relate avec son accent typiquement californien ponctué de "dude", "like" et "whatever", la genèse de cet album solo. "En entendant une vieille chanson de Club Nouveau, j’ai lancé à Tony (Kanal, bassiste de No Doubt et ex-copain de Stefani) l’idée de faire un album dance. Au secondaire, je tripais sur le ska de Madness et de Fishbone, au point de m’habiller uniquement en noir et blanc. Tony, lui, se prenait pour Prince! Il m’a fait découvrir à cette époque Lisa Lisa and Cult Jam, Club Nouveau, New Order. J’ai eu envie d’enregistrer un album dans la veine de toutes ces chansons sur lesquelles nous dansions au secondaire, un petit projet parallèle à temps perdu. Ce n’était pas un "album solo" qui révélerait finalement la vraie Gwen après toutes ces années de compromis au sein du groupe!" précise-t-elle avec un roulement d’yeux en réaction à la rumeur que No Doubt serait désormais chose du passé.

Mais si, pour L.A.M.B., Gwen avait des idées de minuscule projet parallèle, Lovine et les dirigeants d’Interscope voyaient les choses autrement. "Je venais à peine de terminer la tournée Rock Steady quand Jimmy m’a téléphoné en me disant: "Linda Perry est prête à te voir en studio, elle n’a que cinq jours de libres cette année; ensuite, tu es ‘bookée’ avec Pharell!" Aussitôt que j’ai parlé de la possibilité de faire cet album en solo, les gens de mon étiquette ont sauté sur le téléphone, prêts à faire décoller le projet, les signes de piastres dans les yeux. J’étais totalement brûlée et en manque d’inspiration, surtout pas prête à enligner les heures de studio avec les producteurs de l’heure", explique la chanteuse, qui a pourtant fini par faire exactement cela. "Au sein du groupe, on savait qu’après le succès de Rock Steady, on devait prendre une pause, le temps de vivre un peu et de se ressourcer, poursuit-elle. Personnellement, j’avais un tic-tac incessant dans les oreilles, qui m’indiquait à la fois de faire un bébé, un film et un album solo! Quand Jimmy m’a appelée pour me proposer d’aller en studio avec Linda, ma première réaction fut de lui dire: "Dude, je dors!" Mais le tic-tac est revenu me hanter. J’ai donc décidé, après une crise de larmes, de faire face à la musique, au fait que je n’avais jamais travaillé avec une femme, à ma peur d’écrire des chansons merdiques sans le groupe, tout ça pour éviter d’entendre le tic-tac."

Perry, l’ex-Four Non Blondes, devenue réalisatrice-vedette depuis ses collaborations avec Pink, Courtney Love et Christina Aguilera, fut donc le catalyseur du projet, provoquant Stefani en lui lançant un "What the fuck are you waiting for?", une phrase qui allait devenir le mantra de l’album, sa première pièce, et son premier extrait, tic-tac incessant en fond de piste compris. De Londres à Los Angeles en passant par New York, Stefani enfila donc les heures en studio avec Pharell des Neptunes, Dr. Dre, Nellee Hooper, Bernard Sumner de New Order et Andre 3000 de Outkast, pour ne nommer que ceux-là. "J’avais la prétention de vouloir travailler avec tous ces artistes, mais une fois en studio, en me dénudant littéralement, j’ai dû lutter contre le côté totalement fan en moi, qui m’empêchait de croire que je pouvais accoter le talent de ces génies", avoue-t-elle. Pour contrer ses insécurités, elle a donc amorcé un retour aux sources. "Je souffrais d’un SPM grave, et j’ai appelé Tony en pleurant. Il travaillait chez lui en studio avec un ami, et m’a invitée à écouter ce qu’ils faisaient. C’était super bon, et je suis immédiatement devenue verte de jalousie! Il m’a alors confié qu’il avait composé pour moi des pistes plus dance. Les gens vont vouloir croire que cet album a causé des tensions dans le groupe, mais au contraire, les gars sont tous très encourageants, et Tony et moi avons fini par composer trois des pièces de l’album ensemble."

L’album désormais terminé (résolument pop, rappelant plus le funk de Let Me Blow Your Mind, sa collaboration avec Eve et Dr. Dre, que la punk-pop de Just a Girl), son caméo dans The Aviator de Scorsese tourné (à Montréal, l’été dernier), le tic-tac s’est-il finalement tu? "Jamais! J’ai récemment revu les gars du band au mariage de Tom (Dumont, le guitariste de No Doubt), et comme des vieux amants, on a déjà commencé à se "cruiser" en parlant d’un nouvel album…"

Gwen Stefani
Love. Angel. Music. Baby.
(Interscope)